J’aimerais tenter ici un petit exercice que le « hasard » qui fait si bien les choses, m’a inspiré  tout récemment.

D’un côté je travaillais sur l’interprétation du thème de la petite fille (3 ans) d’un de mes consultants et ami, directeur du conservatoire d’une grande ville étrangère extra-européenne, et, de l’autre, j’avais entrepris la lecture d’une série d’articles que  le bimensuel « L’Homme Nouveau » auquel je suis abonné depuis plus de dix ans, consacrait à la figure d’un de nos très grands écrivains, fort mal connu : Joseph Malègue.

Auteur que la critique, toujours avec un train de retard, semble redécouvrir. Surtout depuis que M. François Bergoglio (qui a quelques bonnes lectures) l’ait cité à plusieurs reprises dans ses interventions publiques et que l’écrivain José Fontaine lui ait récemment consacré une étude « La Gloire secrète de Joseph Malègue » publiée chez L’Harmattan.

L’Homme Nouveau désigne Joseph Malègue comme un « Proust catholique » et souligne combien Jacques Chevalier et Paul Claudel, entre autres, le tenaient en grande estime. C’est un auteur qui n’a écrit que deux ouvrages, très denses, dont le 2ème est resté inachevé à sa mort. Mais il s’agit de deux chefs d’œuvre. Le premier (réédité en 2014 par les Éditions du Cerf, 832 p., 30 €) intitulé « Augustin ou le Maître est là » et, le second, « Pierre noires : les Classes moyennes du Salut » (Éd. Ad Solem, 816 p., 26 €).

Pour les chercheurs, Joseph Malègue est né le 08.12.1876 à La Tour d’Auvergne (63) et est mort le 30.12.1940. La Mairie de cette ville avec laquelle je suis entré en contact, va m’envoyer son Extrait d’Acte de Naissance pour que nous puissions disposer de son heure natale. En attendant il faut faire avec, ou plutôt sans…. [Bien entendu je publierai sa Carte du Ciel, dès que cette information me sera parvenue]

Quant à la petite fille de mon consultant, née au Moyen-Orient, elle présente entre autres éléments remarquables : une conjonction Soleil/Jupiter en Vierge, carré Asc Gémeaux, carré Saturne toute fin du Scorpion, et opposée à Neptune en Poissons. Un panorama qui me paraissait susceptible de n’apporter une réalisation qu’au travers des valeurs Vierge-Poissons : l’axe même des épreuves et limitations de l’existence comme il est celui du service, voire du sacrifice (pour faire très court).

  • Pourquoi mon esprit établit-il un rapport entre ces deux personnages ?

Il ne semblait y avait aucune raison à première vue. Mais peut-être pas à la seconde. C’est pourquoi je fus immédiatement conduit à vérifier le lien dont j’avais l’intuition entre ces deux êtres si éloignés l’un de l’autre dans l’espace et le temps et m’intéressai de très près au thème de Joseph Malègue. Or celui-ci présente – Ô surprise – une Lune en Vierge au carré d’un trio – Soleil-Jupiter-Mercure –  en Sagittaire et un Saturne en Poissons. Soleil en Vierge, Neptune en Poissons d’un côté – Lune en Vierge, Saturne en Poissons (donc en « opposition ») de l’autre.

Par conséquent, quoique subtiles, les affinités que j’avais perçues entre ces deux thèmes, en travaillant sur l’un et en lisant la biographie de l’autre au même moment, m’orientaient irrésistiblement vers la mise en valeur de cet axe Vierge/Poissons.

Vous allez très rapidement mieux comprendre.

Je cite l’article de « L’Homme Nouveau » signé  de Alain Lanavère (Agrégé des Universités, docteur ès Lettres)

Je ne m’intéresserai pour le moment qu’à ce qui caractérise la destinée de cet homme dont le maître-mot semble avoir été : l’échec.

Je cite :  Malègue, fils d’un notaire du Cantal, aîné de cinq enfants d’une famille catholique, n’eut pas de chance lors de ses études : doué en Lettres, il prépare au Collège Stanislas, outre sa licence de philosophie, le concours de Normale Sup, mais, malade, il ne peut passer ses examens. Il affronte derechef le concours au Lycée Henri IV en 1899–1901, en vain. En 1902–1903, il prépare à la Sorbonne l’agrégation de philosophie, et c’est encore l’échec. Après avoir été précepteur, il se rabat sur le Droit, obtient son doctorat en 1913, prête serment d’avocat au barreau de Paris, mais sa voix, faible et confuse, ne lui permet guère de briller. La guerre éclate [….]. En 1919, il prépare l’agrégation de Droit, section Sciences Économiques, c’est toujours l’échec. De 1922 à 1927, il se résigne à exercer tristement le métier de professeur à l’École Normale d’Instituteurs de la Loire-Atlantique, à Savenay […]. Il entreprend vers 1924, encouragé par son épouse, la rédaction, rêvée bien plus tôt, de son roman Augustin ; une typhoïde en retarde l’achèvement ; vers 1929, le livre est prêt ; des retouches, conseillées à l’auteur par son ami le philosophe Jacques Chevalier, en retarde la parution ; la maison Plon refuse le manuscrit en 1931. Un petit éditeur, SPES, tire en 1933, à 3000 exemplaires seulement (et à compte d’auteur), Augustin ou le Maître est là.

Malencontreusement, un petit prix, celui de « La littérature spiritualiste »… couronna le livre, l’empêchant d’obtenir de plus importantes distinctions (ce fut « La Condition Humaine » qui reçut le concours de 1933) ;…Malègue reçut des encouragements flatteurs de Claudel, de Léon Brunschvicg, de Paul Desjardins. « Augustin » finit par se vendre, lentement, à 10 000 exemplaires.

Malègue donna, sans nul talent oratoire, des conférences sur Augustin, quelques articles, des essais spirituels, des nouvelles, et se mit au travail pour un second roman, « Pierres noires : les Classes moyennes du Salut », mais se déclara un cancer de l’estomac, qu’une opération en 1940 ne jugula pas ; le 30 septembre 1940, il mourut. »

Signalons, pour compléter ce tableau, qu’alors qu’il était étudiant Malègue avait failli se marier dans les milieux aristocratiques d’Auvergne, mais que l’intervention de la tuberculose dans sa vie et son départ en sanatorium avaient brisé cet heureux projet naissant. Or la tuberculose est une maladie relevant typiquement de l’axe Vierge/Poissons.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais lorsque je lis quelque chose d’intrigant ou de passionnant sur un personnage, quel qu’il soit, j’ai tendance à me précipiter sur son thème pour découvrir les corrélations éventuelles qui justifient tel ou tel comportement, tel ou tel trait de caractère, telle ou telle donnée existentielle.

Ici, s’imposa à mon esprit la présence de ce que André Barbault appellerait un « complexe d’échec » et qu’il attribuerait à une importante dissonance saturnienne (et qu’il expliquerait par toutes sortes de difficultés dans les relations avec le père, à une enfance malheureuse, etc…)

Or, a priori, et sous réserve de la prise en compte de l’heure de naissance qui pourrait mettre en relief une valorisation particulière et dissonante du rôle de Saturne, on n’aperçoit rien des oppositions, carrés, conjonctions de Saturne à quelque élément essentiel du thème (les luminaires notamment), qui viendraient immédiatement allumer des étincelles dans l’œil de l’astrologue-psychanalysant qui pourrait s’exclamer : « complexe d’échec », « complexe de sevrage », etc…

  • Reste que Saturne est en Poissons.

Saturne, le symbole de la structure, donc de la capacité à se tenir droit, à résister aux épreuves de l’existence, à actualiser toutes ses virtualités et à s’accomplir, se trouve dans un signe de dissolution, de communion, voire de sacrifice, très marqué par le rapport aux épreuves, notamment de santé, mais pas seulement.

L’astrologie conditionaliste expliquerait sans doute que Saturne, la grande planète métaphysique, celle qui part du niveau des données existentielles et s’aventure à en rechercher l’origine et l’essence (par la réflexion, la philosophie, la théologie, par exemple) ne peut rencontrer dans les Poissons qu’abîme, ténèbres, infini, mystère, souffrance et désespoir. Une sorte de « noyade psychique » comme diraient quelques uns. Et, puisque je citais André Barbault, on peut alors sa traduction d’un tel aspect : la solitude, la prison obscure d’où l’âme voudrait s’échapper ; la complaisance morbide au masochisme, la prédisposition au sacrifice.

Resterait alors à expliquer comment une telle attitude peut se conjuguer avec une triple conjonction Soleil/Jupiter/Mercure en Sagittaire, le signe le plus optimiste, le plus confiant en la vie, le plus expansionniste – pour ne pas dire le plus inflationniste – qui soit (voir Bergoglio, déjà cité, et Macron, quadruple Sagittaire, sans oublier Chirac d’illustre mémoire) ?

Sans encore répondre à cette question, revenons à cette partie de la réflexion d’Alain Lanavère où il écrit : Malègue approfondit ainsi les relations de ces personnages les uns avec les autres […] Et à chaque fois est suggérée une qualité exceptionnelle d’amour, d’un amour aussi désintéressé que pouvait l’être le « pur amour » des féneloniens. Les plus grandes doctrines de la théologie catholique se trouvent ici en jeu, la réversibilité des mérites, l’humilité poussée au dépouillement de soi, l’acceptation de la souffrance, l’accord de la raison et de la foi, la communion des saints.

Cette contradiction pourrait s’expliquer ainsi : ce principe de détachement de soi, quasi sacrificiel, constitué par un Saturne en Poissons, serait à même de détourner un si puissant désir d’affirmation et d’expansion personnelle (triple conjonction en Sagittaire) vers une réalisation où l’on brille d’autant plus qu’on est capable de renoncer à soi-même et aux satisfactions de l’existence, et ce serait la voie qu’aurait choisie, bon gré mal gré, Joseph Malègue, travaillé par une vocation sacrificielle ?

  • Peut-être. Mais il n’est pas le seul.

N’oublions pas qu’on trouve un Saturne en Poissons chez Huysmans, l’explorateur des obscurités  de l’âme humaine, flirtant avec le satanisme avant de se convertir au catholicisme le plus lumineux. On le trouve à l’inverse chez Leconte de l’Isle, mystique à l’envers puisqu’il hait le christianisme mais fait du culte grec de la beauté sa religion à lui ; qui prône une poésie impersonnelle (antidote au romantisme) fermée aux satisfactions de l’égo ; un travail sur la forme au service de la seule beauté ; le mépris de la science ; la non-implication du poète dans la vie moderne.

On avouera que l’artiste et surtout le poète chez Leconte ressemblent furieusement à un moine trappiste. La foi chrétienne en moins.

On trouve encore Saturne en Poissons chez Newton, son caractère rugueux et asocial, sa vie austère consacrée à la science, mais aussi à la recherche sur l’astrologie et de l’alchimie; chez Schopenhauer et son profond scepticisme qui lui faisait chanter l’éloge du suicide devant une table bien garnie ; chez ce monstre froid perdu dans et par une idéologie suicidaire  celle de la révolution sous toutes ses formes et ses époques –  et qui le conduit à l’échafaud après qu’il y eut envoyé des milliers de ses semblables : je veux parler de Robespierre qui n’eut jamais la curiosité d’assister à un des supplices qu’il avait ordonnés.

On le trouve aussi et enfin chez François 1er qui l’a vécu sous la forme d’une grave défaite venue briser un rêve de conquête, et d’une captivité dans les geôles espagnoles imposée par Charles Quint après le désastre de Pavie et dont il ne put s’affranchir qu’en consentant à laisser son propre fils, futur  Henri II, en captivité à sa place. On le trouve encore chez le Dalaï Lama, éternel exilé, peut-être dans le thème du Christ, modèle paradigmatique de la vocation sacrificielle……

Bref, Saturne en Poissons n’incite pas à la fantaisie et au « divertissement » pascalien et, s’il conduit, à un grand accomplissement, c’est toujours par la voie de l’épreuve et du détachement absolu de soi et du sacrifice.

Nous pouvons peut-être nous consoler en évoquant un personnage célèbre qui appartient à notre famille astrologique, marqué par un Saturne-Poissons au MC, et qui a su donner à ces vertus d’oubli de soi, de retrait, voire de négation personnelle, le sens d’une quête exigeante en faveur de la connaissance et  y réussir, je crois. Il s’agit d’Armand Barbault, frère aîné d’André, qui a écrit une oeuvre très passionnante – Les Bases naturelles de l’Astrologie – et qui consacra de très longues années (et de très longues nuits) à une activité de spagirite qui lui permit de mettre au point l’Or Végétal pour le compte des laboratoires Welleda, comme il l’explique dans son ouvrage très connu : L’Or du Millième matin ».

Bref. Nonobstant toutes ces évocations et la vision pessimiste à laquelle ce Saturne-Poissons inclinait, je restais quand même dubitatif devant l’accumulation d’échecs répétitifs en contradiction avec une puissante personnalité Sagittaire. Saturne-Poissons ne me suffisait pas.

  • La Lune en Vierge et ses aspects.

Et c’est alors même que je me posais ces questions, que je fus amené à entreprendre l’étude du thème de cette petite fille dont je vous ai parlé. Petite fille fortement marquée par la Vierge (voir plus haut) mais dont je ne vous fournirai pas la carte du ciel, par discrétion pour elle et ses parents.

Cette étude me donna alors l’idée de reprendre les études que Claire Santagostini avait consacrées à l’éducation des enfants en s’appuyant sur leur signe solaire.

Bien entendu je ne vais pas reprendre l’étude complète du signe de la Vierge qui mobiliserait plusieurs pages. Je me contenterai de citer celles des observations de l’auteur qui peuvent nous aider à comprendre la destinée de Joseph Malègue, non plus seulement à travers Saturne-Poissons et Soleil-Sagittaire, mais en accordant une plus grande importance à sa Lune en Vierge.

Le thème de Joseph Malègue, je crois l’avoir précisé, présente une Lune en Vierge forme un triple carré aux trois corps célestes en Sagittaire. Elle constitue ainsi une sorte de contre-proposition absolue aux valeurs qu’ils représentent : à la force et au rayonnement d’un soleil en Sagittaire, à la puissance d’expansion et de confiance en soi qu’on peut attendre d’un Jupiter dans son propre signe et conjoint au Soleil, répondent l’humilité, la simplicité, la timidité et l’insécurité d’une Lune en Vierge plus portée à la répression qu’à l’expansion.

Une vaste ambition mais une âme humble ? Les yeux plus grands que le ventre ? Grand genre et petits moyens ? Un athlète aux pieds d’argile ? Dieu seul sait toutes les formules dévalorisantes qui peuvent venir à l’esprit dans la perception négative et malveillante d’un tel aspect…

Elles ne sont pas les nôtres.

Dans une approche « globale » qui est celle que je pratique, on peut considérer que chacun des membres du trio est « valorisé » par son aspect la Lune (valorisation par aspect aux « luminaires »). Mais on doit tout aussi bien considérer que la Lune, dans le contexte, est triplement valorisée par son aspect au Soleil (premier « luminaire) et même à Jupiter (à cause de sa conjonction étroite au Soleil) et par sa présence en domicile. Et peut-être même à Mercure (je reviendrai sur ce dernier) si l’heure de naissance devait lui attribuer un rôle particulier dans l’économie du thème : Maître d’un Ascendant Vierge par exemple (auquel cas nous aurions, de plus, une Lune à l’Ascendant), on d’un Asc Gémeaux (improbable) ou du MC, ou pour toute autre valorisation.

Nous serons fixés quand nous aurons connaissance de l’heure natale du sujet.

  • Revenons à Claire Santagostini.

Après qu’on lise sous sa plume (n’oublions que ce fut une grande enseignante) que l’enfant Vierge raisonne de façon précoce et montre un sens de l’observation très aigu. [Qu’] il a des aptitudes pour le calcul, la grammaire, les sciences naturelles. [Que] c’est un bon élève qui travaille avec méthode, et organisation nous sommes bien obligés de reconnaître que ces dispositions se vérifient parfaitement dans le parcours intellectuel de notre sujet : doué en Lettres, en Philosophie, en Théologie (Institut catholique de Paris) puis étudiant le Droit, les Sciences économiques.

On pourrait s’étonner au passage de cette diversité de centres d’intérêt qui ressortit peut-être au carré Lune-Mercure qui provoque souvent une tendance à la dispersion et une attention « buissonnante » au négatif, mais une grande souplesse d’esprit au positif. Ici ce « défaut » semble corrigé par la tension unificatrice du Sagittaire et par la permanence obstinée et dans le projet premier de Malègue : écrire et décrire la vie de ses contemporains. Les aspects Lune/Mercure ne favorisent-ils pas les écrivains ?

  • Une  remarque peut être faite ici me semble-t-il.

Malègue échoue systématiquement à ses  Concours, certes. Mais il réussit parfaitement dans ses études de fond : la Philosophie,  le Droit où il obtient son Doctorat et même  l’Économie.

J’y vois là la maque d’une profonde introversion, la manifestation d’une âme inquiète, timide, probablement complexée, perdant facilement ses moyens quand il s’agit de défendre un point de vue ou de faire un exposé convaincant en public. Pourquoi ? Sans doute parce-que le pôle Sagittaire vous incitant à briller, à réussir, à « être à la hauteur » crée un écart trop difficile à combler qui sépare l’image qu’on veut donner de soi (Soleil) de ce qu’on se sent être (Lune).

Or un jury d’Agrégation est particulièrement  intimidant. J’ai personnellement suivi – pour le « fun » comme diraient mes enfants – une année de préparation au concours d’agrégation en Philosophie, j’ai assisté aux épreuves passées par certains de mes jeunes condisciples et j’ai pu me rendre compte combien il est intimidant de s’adresser à six personnes fermées, silencieuses, figées, qui semblent totalement insensibles à tout ce que vous pouvez leur dire et ne vous adressent aucun signe d’encouragement. Surtout si vous connaissez mal votre sujet, que vous bafouillez, hésitez… et que vous sentez la présence du public derrière vous. Bref. Je comprends que Malègue, compte tenu des éléments évoqués ci-dessus, ait pu avoir un esprit brillant apte à l’étude, mais qu’il fût incapable de réussir un concours…. où ce ne sont pas toujours les plus profonds, voire les plus géniaux, qui réussissent, mais les plus brillants. Ce qui est tout autre chose. Albert Camus ne réussit jamais le concours d’Agrégation (Saturne en Maison IX au carré de l’Asc Vierge) mais il est un de nos grands penseurs du vingtième siècle. Qui se souvient du nom de ceux qui réussirent  le concours à son époque ?

Retour à Santagostini : Disons plus simplement qu’il a plus que tout autre le besoin d’être parfait, pur, irréprochable, soigné et qu’il ne faut en rajouter par une éducation trop tatillonne et transformer des prédispositions heureuses en un véritable handicap, pour lui d’abord, et pour ceux qui auront à vivre avec lui ensuite ».

N’en faites pas une « Mademoiselle Le-long-bec » – ajouterai-je pour ma part – c’est à dire un « pisse-vinaigre » ou un « constipé »…. si vous vous souvenez du personnage inventé par Fernand Reynaud il y a quelque décades. Pour un homme, c’est le type « vieux garçon maniaque et irritable » qu’il faudra éviter.

À ce propos je signale que Malègue, après la malheureuse tentative de sa jeunesse conduite à l’échec par sa tuberculose,  ne s’est marié qu’en 1923 (à 47 ans) et, comme par hasard, avec une femme médecin ! (ça ne s’invente pas) la première d’ailleurs à occuper le poste de médecin des hôpitaux, phtisiologue à Nantes. Donc un personnage « hors normes » pour l’époque,  bien en affinité avec le pôle Sagittaire qui ne s’intéresse souvent qu’au grandiose, vous ne pensez pas ?

Ainsi les affinités entre la Vierge, les Poissons et les questions de santé, outre les différents retards par lesquelles elles se sont manifestées dans l’existence du sujet, compromettant ses études, son mariage et ses succès, et qui finiront par l’emporter à travers un Cancer, l’ont-elle amené à se choisir une épouse (Lune) médecin (Vierge) d’envergure (Sagittaire) !    

Mais trois traits de caractère semblent dominer une personnalité Vierge affirme Claire Santagostini. Trois traits qu’il faut surveiller de près….et que vous ne trouverez rarement chez une personnalité Sagittaire :

1/ L’introversion et le sentiment d’infériorité

L’introversion et la timidité de cet enfant ne sont pas ceux de l’enfant Cancer, plongé dans son rêve et atteignant difficilement la réalité. Elles marquent une tendance de l’enfant à se replier sur lui-même, à rechercher la paix avant tout, à demeurer « craintif devant l’appel de la vie ».

Pourquoi l’enfant de type Vierge  est-il ainsi craintif devant la vie ? Parce que la moindre émotion qu’il éprouve le domine, le « prend au ventre » (il en fait souvent des coliques d’ailleurs car les intestins sont le point sensible de la Vierge). Aussi, pour ne pas éprouver de bouleversements pénibles, cet enfant demeure sage, tranquille et raisonnable. À ce prix, il se fait une petite vie sans complications dans laquelle il se sent à l’abri « comme dans un calme enclos ».

Plus ou moins consciemment, par ses réactions pénibles aux émotions, il devine le tragique de la vie, et il cherche à s’en faire une, bien petite mais bien rassurante, quitte pour cela, à fuir les responsabilités les plus naturelles.

Il faut lutter énergiquement contre cette inconsciente « peur de vivre » de l’enfant Vierge. Il faut au contraire donner à cet enfant une éducation qui lui fasse accepter les risques, les fantaisies, les intempéries de la vie. Comment ? Vous l’habituerez dès son jeune âge, à sacrifier de temps en temps quelque chose de sa petite vie douillette et tranquille.

Visiblement l’éducation que notre Joseph a reçue de son notaire de père dans son milieu petit-bourgeois n’allait pas dans ce sens. Ce qui semble assez logique.

Quant à sa mère, si elle est bien évoquée par une Lune en Vierge, on la devine particulièrement  inquiète et soucieuse d’hygiène, de propreté, de devoirs de toutes sortes, de règles astreignantes, de politesse et de probité (tout en rêvant sans doute d’une forme de reconnaissance bourgeoise, donc conformiste et soucieuse du qu’en dira-t-on) et certainement  pas de « fantaisies et de risques ». À chacun sa façon d’affronter la vie, n’est-il pas ?

2/ Une pureté desséchante couvrant le manque de chaleur affective

Encore une fois, manque de chaleur affective ne veut pas dire manque de coeur ni manque de sentiments.

Mais chez ce type « Pensée » naturellement rationnel ou cérébral, les sentiments ne sont pas naturellement différenciés, élaborés, adaptés. Aussi apparaissent-ils à l’enfant – souvent inconsciemment – comme inquiétants. C’est pourquoi il les craint, les réprime. Il préfère aimer par devoir qu’aimer par élan. Pour éveiller ou libérer en lui la chaleur de coeur, il faut donc avant tout le rassurer sur le plan sentimental.

La répression naturelle de l’émotivité de l’enfant de type Vierge paraît avoir un bon côté : à la puberté, l’enfant se maîtrisera facilement. À l’âge du flirt, il est souvent aimable, sans plus, avec l’autre sexe. Ceci n’est un gain qu’en apparence. En fait, s’il est si réservé avec les jeunes de l’autre sexe, c’est qu’il a « une peur terrible de tomber amoureux ». Il sent que n’étant pas naturellement maître de ses sentiments, il risquerait alors des folies ou pour le moins des bêtises. C’est pourquoi il y en a qui préfèrent rester « vieille fille » ou « vieux garçon » 

On peut accepter sans difficulté de ranger Malègue dans cette catégorie.

Mais les qualités de cœur, chez lui, parce qu’elles ne peuvent s’exprimer sur le mode naturel et spontané vont alimenter des dispositions autrement plus rares et précieuses : l’amour des humbles, la charité, la compassion, l’humilité, l’acceptation de la souffrance, la communion des saints  écrit son biographe.

Ce qui nous permet de mieux comprendre le rôle du carré de cette Lune en Vierge au trio Soleil-Jupiter-Mercure, en Sagittaire, les dispositions naturelles de Malègue à ressentir vivement les misères et les limites humaines, trouvent dans cet aspect un moyen d’élévation et de sublimation permettant de  mieux les supporter en faisant d’elles, le terreau de la sainteté. Ce que Malègue évoquera dans son deuxième ouvrage, « les classes moyennes du salut ». On peut songer à Thérèse de Lisieux, Lune en Poissons opposée à Jupiter en Vierge

 3/  Une forme d’esprit trop exclusivement analytique et critique.

Observateur minutieux des choses, il voit juste puisqu’il réprime ses émotions avant de porter un jugement. De ce fait, il ne manque pas de sens critique, au contraire. Il voit et comprend par analyse : les détails (surtout les détails concrets) le frappent, il les note et en tire des conclusions pratiques.

Voilà encore de quoi alimenter le conflit Vierge/Sagittaire chez notre auteur, et, plus particulièrement, le conflit entre l’analyse et la synthèse (je ne peux pas m’étendre ici sur la classification entre signes « contraires » et signes « contradictoires » suivant la logique aristotélicienne qui peut s’avérer fort  stimulante ici).

Écoutons son biographe en quelques extraits :… deux volumes d’abord, touffu, et comme la critique l’avait remarqué, avec quelque chose de proustien aussi bien dans la longueur et la complexité des phrases que dans d’abondantes et subtiles correspondances entre le psychique et le sensoriel.

Notons ici que si le thème de Proust – avec qui une comparaison est établie ici – ne nous offre pas une Lune en Vierge, il dispose par ailleurs d’une puissante Vénus dans ce signe, au trigone de l’Ascendant et de la Lune en Taureau d’une part, de Saturne en Capricorne d’autre part formant ainsi avec eux un magnifique triangle dans l’élément Terre, soucieux de rendre compte des éléments sensoriels et charnels de la vie avec raffinement et  précision.

Augustin peint aussi, avec une admirable finesse, la vieille France provinciale et chrétienne (le Cantal, Clermont-Ferrand où Augustin fait son lycée avec en classe de philo un professeur qui est un double de Bergson), la vie étudiante à Paris,[.…] les manières et les toilettes de l’aristocratie en vacances en Auvergne (Augustin se fiance en effet dans ce milieu, mais la maladie l’empêche de se marier), le sanatorium et, au loin, les Alpes [….] bien qu’on l’eût rapproché de Proust, il ne doit pas grand-chose à son esthétisme maniéré – la description, chez lui, tantôt objective tantôt subjective [.…] toujours extraordinairement fine, fait surgir sous le naturel le surnaturel, à savoir de mystérieux signes, réitérés dans le temps, que le héros et le lecteur interprète lentement, et qui leur font peu à peu comprendre que la grâce de Dieu n’abandonne pas ses créatures ; Malègue approfondit ainsi les relations de ces personnages les uns avec les autres… Etc.

  • Un exemple de son style à travers un passage où son personnage Augustin, enfant, décrit celle dont il tombera amoureux plus tard :

Un éclat de rire d’une grâce mordante, significatif comme un visage, éclata dans l’immensité compassée et la somnolente distinction de l’escalier, en total désaccord avec elle, d’une telle franchise impérieuse et personnelle qu’elle l’intimidait presque, en même temps qu’elle donnait pour une seconde l’irrépressible vision d’un jet de perles heurtées sur un frais courant d’eau, entre deux rives de cristal.

Ces deux extraits évoquent clairement et les dispositions descriptives, fines et détaillées, de la Lune en Vierge, et la profondeur spirituelle et compassionnelle de Saturne en Poissons, et la vertu d’espérance qui, à travers la valorisation du Sagittaire, permet à l’être humain de s’élever au-dessus et au-delà de ses souffrances et d’encourager les autres à prendre courage et à les dépasser.

J’arrête là cette réflexion qui vous aura intéressés peut-être dans la mesure où elle permet de saisir l’unité insécable d’un thème natal, son orientation fondamentale à travers et malgré les éléments contradictoires qu’on peut y déceler.

En conclusion et si on considère à la fois le côté monumental de l’œuvre (plus de 800 pages pour chacun des deux ouvrages, dont l’un inachevé) son extrême profondeur du point de vue moral et spirituel, sa richesse en tant que témoignage vivant et détaillé de la société française de la première moitié du XXe siècle, des grands débats philosophiques et religieux qui l’agitaient, mais aussi de l’élévation du point de vue adopté, entièrement dévolu au service de la Vérité, on finit par comprendre que la grandeur du Sagittaire, si elle veut éviter les solutions faciles de l’esbroufe et des satisfactions mondaines auxquelles il est trop souvent prédisposé, ne peut se construire autrement que sur les sacrifices librement consentis évoqués par l’axe Vierge-Poissons.

Joseph Malègue en est une magnifique illustration.

C’est en m’inspirant qu’il peut nous apprendre, aussi bien par sa vie que par son thème, que j’ai essayé d’interpréter le thème de cette petite fille et d’orienter mes conseils à ses parents dans la limite de mes lumières propres.

Merci de m’avoir lu jusque-là.

Louis Saint-Martin.

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