AVIS AU LECTEUR.

Je vous propose cette petite étude prospective qui, sur le plan technique, intéressera surtout les apprentis astrologues, car l’énigme annoncée en titre concerne son heure de naissance et les moyens que j’ai mis en œuvre pour la « corriger ». Heure de naissance qui, à mon avis, n’est pas du tout celle indiquée par les différentes plateformes que j’aie pu consulter.
Mais cet aspect technique ne nuira en rien – je l’espère – à une lecture purement étrangère à toute préoccupation technique, tant ce personnage et l’existence qui a été la sienne, sont proprement extraordinaires et passionnantes.
Ce qui me permet – pour ceux qui voudraient aller plus loin dans la découverte de ce torero flamboyant – de conseiller la lecture de l’ouvrage dont j’ai tiré toutes mes références : « Ou tu porteras mon deuil… » de Dominique Lapierre et Larry Colins. Ils ne seront pas déçus.

J’en arrive maintenant au fait.

DES CIRCONSTANCES FORTUITES
Ce jour-là je me promenai avec mon fidèle « Filochard » dans le parc qui jouxte La Poste où je venais d’accomplir quelques formalités. Ce » parc est situé vers le bas de la petite ville où j’habite et qui fut, pendant plus d’un  siècle, la capitale mondiale du délainage. Gloire désormais effacée depuis que les grands industriels du délainage ont compris que la qualité du délainage local était dû aux propriétés de l’eau de la rivière qui borde la ville et dans laquelle, paraît-il, résidait autrefois une merveilleuse fée. Cette fée possédait des cheveux d’un tel éclat que lorsqu’elle les coiffait, elle faisait scintiller la rivière jusqu’à éblouir les hommes. Bref.

Voilà un Saint Martin bien poétique, vous direz-vous. Mais où est l’astrologie là-dedans ? Patience, vous ne serez peut-être  pas déçus.
Lors donc que je me promenais, mon Jack-Russel m’entraîna vers une sorte de bibliothèque installée en plein vent où chacun peut librement emprunter les livres déposés là et les y ramener – avec d’autres – quand on s’en est lassé.
Et je tombais sur l’ouvrage dont j’avais cent fois entendu parler mais que je n’avais jamais lu : Ou tu porteras mon deuil… écrit par Dominique Lapierre et Larry Collins (Robert Laffont 1967 – 398 p.)
Il y a une quarantaine d’années, me passionnant pour le cas du Mahatma Gandhi, j’avais lu, des deux mêmes auteurs, la biographie qu’ils lui avaient consacrée dans le cadre d’une grande étude sur la période qui conduisit à l’indépendance de l’Inde et qui s’intitulait « Cette nuit la liberté… » (1975).
J’avais été convaincu tant par la qualité de la documentation mise en œuvre que par la vivacité et la clarté du style des deux auteurs.
Si bien que, me fiant à cette expérience, je n’hésitai pas à emprunter cette biographie consacrée à El Cordobes et dont le titre est emprunté à une déclaration que le torero fit à sa sœur aînée (qui l’avait élevé) avant un combat décisif pour la suite de sa carrière : Ne pleure pas Angelita, ce soir, ou je t’achèterai une maison, ou tu porteras mon deuil.
Délaissant mes autres lectures (toujours « trop » sérieuses me dit mon épouse qui préférerait que je lise un peu plus de romans et un peu moins d’essais ou d’ouvrages philosophiques) je dévorai donc cet opus des deux complices reporters/écrivains. Et je dois dire que je n’ai pas été déçu.

LE GOÛT DE L’INVESTIGATION
Vous avez patiemment attendu de voir où je voulais en venir et vous vous dites déjà : il va nous infliger une étude astrologique du thème d’El Cordobes à partir de ce qu’il aura découvert dans sa biographie, car que pourrait-il bien nous proposer d’autre ?
Pas tout à fait.
Si je vais effectivement, devoir me référer à la biographie de l’illustre torero, ce n’est pas pour en tracer un portrait quelconque où se mêleraient emprunts à la psychologie (freudienne, junguienne, adlérienne, franklienne et j’en passe) ou à d’autres courants de pensée plus ou moins inspirés des philosophies extra-européennes (indienne surtout) évoquant karma, dharma, samsara, brahman, atman et j’en passe. Je n’ai aucun goût pour le bazar oriental dans lequel l’astrologie occidentale a cru devoir s’installer depuis l’arrivée du New-Âge.

Si j’étais amené à me référer à l’un de ces courants de pensée, ce serait tout simplement pour exercer notre sensus astrologicus (celui du lecteur et le mien) comme il existe un sensus fidelium censé qualifier « l’appréciation surnaturelle de la foi de la part de tout le peuple, lorsque, des évêques au dernier des fidèles, ils manifestent un consentement universel aux questions de foi et de morale » et pour mettre en lumière que la Psychologie, dans le domaine astrologique, est seconde car elle n’explique pas tout et doit toujours rester sous la dépendance du paradigme astrologique – symbolique, analogique, iconique et sémantique – qui est absolument premier par rapport à elle.

Venons en donc au fait.
Tout au long de ma lecture j’ai découvert un personnage dont quelques éléments tirés du livre en question devraient vous donner une certaine vision. Je précise que les faits concrets et avérés tels que les présentent les deux auteurs, sont tous tirés des conversations qu’ils ont eues avec l’intéressé lui-même[1], et avec ses proches : sa sœur, ses amis et amies d’enfance, son ex-impresario, ses managers, bref tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont été les témoins privilégiés de sa vie.

UNE DESTINÉE LUMINEUSE, TRAGIQUE ET QUASI MIRACULEUSE.
Voici ces extraits significatifs préalables à la réflexion elle-même :

Le 31 mars 1939, la grande aventure commencée à bord du Dragon Rapide[2] prenait fin. Alméria, Murcie et Carthagène, les 3 dernières villes tenues par les Républicains venaient de tomber. Comme l’avaient prévu Franco dans la petite chambre humide de son hôtel marocain, « les dernières olives étaient cueillies ». Ce soir-là, un aide de camp se glissa sans bruit dans le bureau du général pour annoncer que son armée avait atteint tous ses objectifs. « Très bien », répondit calmement le petit homme, sans lever les yeux des papiers étalés sur son bureau, « merci beaucoup ». La guerre d’Espagne était finie.

Et voilà le plus important :

Le prix de cette victoire était exorbitant. Environ 600.000 Espagnols étaient morts et plus de 2.000.000 blessés ou mutilés, un demi-million de maisons étaient détruites où endommagées, 183 villes dévastées, 2000 églises brûlées, 1/3 du cheptel massacré, presque la moitié du réseau ferroviaire détruit…. L’heure de la réconciliation serait encore retardée par l’absence de miséricorde des vainqueurs envers les vaincus. Dans les semaines à venir, 100.000 Espagnols allaient être fusillés et 2.000.000 emprisonnés pour de longues années. (P. 140). Dont le père de Manuel Benitez, dit El Cordobes, qui mourut de phtisie au sortir de prison alors qu’il était en chemin pour rentrer chez lui.

En dépit des privations qui avaient torturé sa courte vie, [Manuel]était un garçon plutôt grand pour son âge, souple et musclé, il avait hérité le surnom de son père et de son grand-père. On l’appelait El Renco « le boiteux ». Silencieux, secret, endurci à toutes les formes de souffrance, il portait en lui, dès l’âge de 10 ans, tous les traits de cette âme andalouse faite de fatalisme, d’orgueil et de courage. Parfois, son visage osseux se plissait et d’une bouche ouverte jusqu’aux oreilles, jaillissait un rire éclatant. Traduisant le plus souvent des pensées secrètes, ces explosions étaient imprévisibles ; elles exprimaient déjà ce qui deviendrait un trait essentiel du caractère de Manuel Benitez, un appétit enthousiaste pour la vie. (p. 175)

Au délire des foules, au pluies de fleurs qui tombaient des gradins, aux sorties triomphales des plazzas sur les épaules des aficionados, le garçon du taudis de la calle Belen préférait quelques images simples, merveilleuses, celle « d’un grand lit avec des oreillers moelleux comme une herbe de printemps », celle d’une  « baignoire aussi large que le Guadalquivir et pleine d’eau chaude, celle d’une « table éternellement couverte de victuailles », comme chez don Felix, les jours de fête. (p. 180)

Les nuits d’hiver étaient les plus pénibles. Paralysés par l’eau glacée du Guadalquivir, ils[3] manquaient fréquemment se noyer. Les pieds enveloppés de chiffons ou le plus souvent nus, ils couraient dans l’obscurité à travers les buissons épineux, les chardons, les ronces, les pierres. Le corps lacéré, leur chemise en lambeaux, ils atteignaient les pâturages après plusieurs heures de course et s’endormaient tapis dans un fourré jusqu’au lever de la de la Lune. Engourdis par le froid, ils se levaient et repartaient. Ils séparaient une bête du troupeau et la poursuivaient jusqu’à ce qu’elle s’arrête et accepte le combat. C’étaient des duels violents, rapides, dangereux. Bousculés, renversés, piétinés, Manuel et Aurelio payaient leur audace de terribles châtiments. Les cornes, les attrapaient au ventre, à la poitrine, aux cuisses, aux testicules. Sous la douleur de certains coups, ils s’écroulaient en hurlant, la respiration coupée et vomissaient leurs entrailles. Manuel Benitez se souvient de l’horreur de certaines nuits où des animaux vicieux les obligeaient à prendre la fuite après avoir failli les tuer. « Ces nuits là » rappelle-t-il « chaque centimètre carré de notre corps n’était qu’une plaie douloureuse ». (p. 188/89)

Angélica, sa sœur, nous dit : « Tout a commencé quand j’ai découvert qu’il avait volé un morceau de la couverture de notre lit. De ce jour, il a cessé tout à fait d’aller à l’école. Il rentrait le soir avec ses vêtements tout sales et les gosses dans la rue criaient qu’il était encore allé voir les taureaux. Je le battais. Aussi fort que je pouvais, je le battais. Mais il se laissait faire. Il était beaucoup plus fort que moi, il ne pleurait jamais. Il ne demandait jamais pardon, il s’en allait bouder dans un coin comme un chien puni. Je crois que mon désespoir devait l’émouvoir un peu puisqu’il me promettait de ne plus aller voir ses taureaux. Il tenait parole pendant 3 ou 4 jours, et puis il recommençait. C’était toujours pareil, les vêtements déchirés qui sentaient la bouse de vache. Il fallait que je les lave, que je les raccommode, je le battais à nouveau, mais cela ne servait à rien.

Il me disait «  Laisse moi faire Angelita. Je vais devenir torero et j’achèterai une voiture », ou bien « Je deviendrai très riche. Vous aurez tous de quoi manger » ou bien encore « Ne t’en fais pas quand je serai torero, je serai quelqu’un et ta fille épousera un marquis ». Il me disait beaucoup de phrases comme celles-là.

Rien ne pouvait le changer. Il jurait toujours que c’était la dernière fois et qu’il allait retourner à l’école pour me faire plaisir ». (p. 190)

Un jour, je l’ai trouvé allongé avec un trou horrible dans la jambe. Il y avait du sang partout. J’ai pris ce que j’avais, une bouteille d’alcool et je l’ai versé sur sa blessure. Cela a dû lui faire terriblement mal, mais il n’a rien dit, pas un mot. C’est moi qui pleurais. Je pleurais parce que je ne pouvais pas supporter de voir mon petit frère blessé comme cela. J’aurais voulu que l’alcool lui fasse tellement mal qu’il ne retourne plus jamais aux taureaux. (p. 191)

Parfois, ils restaient [le deuxième était Juan Horillo, inséparable ami d’enfance et partenaire de tous les quatre cents coups] 3 jours entiers dans la campagne, se cachant le jour dans les buissons épineux et combattant la nuit les animaux. Se nourrissant de glands, d’herbe et d’oranges volées. Ils menaient une existence aussi sauvage que celle des taureaux qu’ils poursuivaient. (p 197)

Miguel Castro, son compagnon de cellule, lors d’une arrestation, raconte : « Tout de suite, je le trouvais sympathique, mais les premiers jours, il ne parlait pas beaucoup. Je lui ai demandé d’où il était : « De Palma », il m’a dit seulement, il n’en disait pas plus. Une nuit, 2 ou 3 jours plus tard, je me souviens que je n’arrivais pas à m’endormir. À un certain moment, j’ai entendu du bruit, comme si quelqu’un frottait le sol avec ses pieds. Il y avait aussi des chuchotements. Intrigué, je me suis redressé et j’ai regardé dans le long couloir. C’était le gosse de Palma qui, tout seul sous la lumière jaune de l’ampoule, jouait au torero avec sa couverture » – p. 200

Juan Horillo raconte :  Quand nous étions loin de tout village et de toute maison habitée, nous devions vivre avec ce que nous pouvions trouver dans les pâturages. Nous mangions des asperges et de l’oseille sauvages, la pulpe des chardons, et nous sussions une plante qui avait goût de chou fleur. Il nous arriva même de manger tout simplement l’herbe des taureaux. Nous apprîmes de vieux bergers rencontrés au hasard de nos randonnées, à reconnaître les plantes qui avaient le pouvoir d’arrêter le sang de couler et de cicatriser les plaies, ce qui nous était précieux quand les taureaux et les vaches nous malmenaient. L’hiver, quand venait le mauvais temps et que nous attrapions froid, nous brûlions des feuilles d’eucalyptus pour en respirer la fumée, et ça nous guérissait – p. 203

Anita Sanchez (le premier amour d’El Cordobes) raconte : Je me suis mise à nettoyer les plaies avec de l’alcool et il s’efforçait de ne pas crier afin que les gens ne sachent pas que nous étions là ensemble. Mon père m’aurait battu aussi fort qu’il l’avait battu s’il m’avait trouvée là avec lui. Après, nous avons parlé pendant un moment. Il n’était pas très bavard. Je me souviens qu’il m’a dit seulement : « Voy a ser torero ». Il a répété cela plusieurs fois. J’ai hoché la tête et lui ai répondu qu’il ne pourrait jamais devenir torero sans l’aide d’un bon « apoderado », sans l’aide de quelqu’un qui s’occuperait de faire de lui un torero. Il m’a écoutée en silence, puis avec un grand sourire, il m’a pris la main et il m’a dit : « Je n’ai besoin de personne, Anita, je serai un grand torero, tu verras. Tout peut arriver. Les avions se posent bien sur la mer ! – p. 208

Dans un même après après-midi, il peut tout à tour être Manolete, Dominguin, El Viti ; il peut offrir à l’« aficion » tout ce que les belluaires d’hier et d’aujourd’hui lui ont donné, mais il est le seul à être El Cordobes, ce démon échevelé qui balaie les canons de la corrida en tordant de crampes le ventre des spectateurs. Jusqu’à sa venue, la seule émotion que le public décelait chez un matador était la peur. Aujourd’hui, ce même public va partager la colère, l’amour, la haine et l’instinct d’un être encore plus primitif que le taureau qu’il combat, un être dont les folles excentricité sont un défi permanent aux lois de l’équilibre et de la vie – p. 312

El Pipo raconte : Manuel Benitez, lui, voulait tellement s’acheter sa Mercedes, il voulait tellement devenir comme il disait, « un Monsieur à Panama et gros cigare » qu’il était prêt à toutes les folies. Et ces folies, il pouvait les réaliser quand il voulait parce que lui, il ne connaissait pas la peur. Cette maladie qui prend les tripes des plus grands matadors et qui les paralyse.

A Palma, j’ai vu la façon dont les gens réagissaient aux excentricités de Manuel. Tout y était, l’angoisse, la joie, la stupéfaction, l’effroi. Ah l’effroi ! C’était ça surtout. Ce môme leur donnait la frousse. Avec son courage insensé, il leur donnait la chair de poule – p. 327

Pour l’instant, El Cordobes répétait les folles excentricités qui avaient eu tant de succès à Palma. Il se jetait à genoux, faisait passer le taureau par la droite, par la gauche, à hauteur de sa poitrine ou de sa tête, il présentait sa muleta de toutes les manières, devant, derrière, de côté, de loin, de près. De si près que les spectateurs poussaient des cris, se levaient, applaudissaient – p. 320/21

Pour parachever l’œuvre d’El Pipo[4] un élément était indispensable : le courage du matador. Ce courage démentiel qu’un jeune garçon affamé de gloire révéla à profusion ce dangereux été, prenant des risques toujours plus insensés jusqu’à bouleverser son cynique manager lui-même jour après jour.

El Cordobes planta ses minuscules banderilles[5] à genoux. Face au taureau, il les planta adossé à la barrera. Refusant de bouger de cette position incroyablement dangereuse jusqu’au moment où le taureau était sur lui, il n’avait qu’une fraction de seconde pour écharper à une horrible blessure. Il les planta à genoux, le dos tourné vers le taureau – p. 349

La plupart du temps, les démonstrations qu’offrait El Cordobes n’avaient aucun rapport avec le noble art tauromachique tel que l’enseignait les maîtres de Séville et de Ronda. Ces « faenas » étaient des évolutions grossières et brutales, très éloignées des rythmes et des formes de la tauromachie classique. Une atmosphère de sauvagerie habitait l’arène chaque fois qu’il combattait. Mais que ses cheveux fussent trop longs, qu’il donnât un coup d’épée au taureau pour le faire démarrer, qu’il tînt improprement sa cape ou gardât à ses pieds joints alors qu’ils auraient dû être écartés, une chose dominait : sa témérité immense et son empressement à affronter des risques que personne n’osait prendre – p. 351

Partout, admirateurs et détracteurs, s’opposaient furieusement. Les fantaisies de son art, la brutalité de ses gestes, son mépris total pour les formes et les traditions lui gagnaient autant d’ennemis que d’amis et bien souvent les foules qui hurlaient dans l’arène étaient plus hostiles que bienveillantes – p. 353


J’arrête là mes citations indispensables à comprendre l’analyse, sans doute un tantinet iconoclaste, qui va suivre et qui est destinée, en fait, à situer aussi précisément que possible les possibilités et les limites de la « rectification » de l’heure de naissance.

Je m’explique.

Comme vous vous en doutez, je n’ai pas attendu la fin de ma lecture pour me précipiter sur Astrothème et Astrodatabank – ces indispensables et précieux auxiliaires du chercheur en Astrologie – pour monter le thème natal d’El Cordobes et en tirer quelques précieuses observations. Les deux sites nous indiquent : 04/05/1936 – 07.00 – Palma Del Rio (Andalousie).

Ce qui nous donne le thème ci-dessous :

CE QUI SE CACHE DERRIÈRE LE MIROIR.
Je ne ferai pas l’injure à mes lecteurs de souligner combien une triple conjonction Soleil – Mars – Uranus placés sous la maîtrise d’une Vénus en Bélier (réception réciproque entre Vénus et Mars) exacerbent de façon prométhéenne le conflit entre l’amour et la mort, la séduction et la violence, la sensualité et la cruauté. Entre Éros et Thanatos dirait papa Freud et ses innombrables rejetons.

Le tout associé à un Jupiter placé chez lui en Sagittaire (ambition, démesure, vanité, exaltation du « moi »[6]) en Maison 7 et en trigone à Vénus s’il vous plaît, maîtresse de l’amas Taureau comme on l’a vu, est tout à fait en accord avec le côté flamboyant, histrionique du personnage, adorant se donner en spectacle, être applaudi, étourdi de « Olè ! », couvert de fleurs (mais aussi de sacs, de chaussures, de pièces de monnaie, de bouteilles, je me demande s’il n’y avait pas aussi des « petites culottes » à la Madona ?…) et porté en triomphe par les rues de la ville.

Tout cela, le thème l’exprime certes à satiété. Mais il y avait quelque chose qui, à mon avis, « ne collait pas » comme disent les inspecteurs intuitifs dans les séries policières. Et, ce qui ne collait pas – à mon avis – c’était l’Asc Gémeaux.

Que le Soleil, dans toutes les interrelations, que j’ai décrites plus haut, exprimât l’ensemble des qualités exprimées dans les petits extraits que j’ai choisis d’offrir à votre sagacité, je n’en disconviens pas.

Mais ce courage frisant à la totale inconscience, ce mépris du danger, pire, cette sollicitation constante du pire, ce défi permanent qu’El Cordobes lançait à la mort comme si, au plus profond de lui-même, il cherchait à se détruire[7], cet engagement total, cette ténacité dans la détermination, me paraissaient fort peu correspondre à un Asc. Gémeaux.

Or, l’Asc et son maître, sont des dimensions essentielles de la personnalité d’un sujet. Si l’homme s’accomplit à travers les objets, les activités, les centres d’intérêt éclairés par sa conscience solaire, il le fait néanmoins en y exprimant les orientations foncières déterminées par son Asc (et son maître) qu’il n’a toujours pris soin d’interroger.

Certes l’Asc Gémeaux pouvait expliquer, la fantaisie foncière  d’ El Cordobes, son mépris des règles de la tauromachie « classique », son côté facétieux (ne s’est-il pas, un jour, assis en tailleur, quasiment sous les pattes du taureau, puis a enlevé ses chaussures, s’est lentement relevé, retourné et tapoté les cornes effilées dudit taureau avec ses deux chaussures ??? Et autres inimaginables pitreries du même ordre), mobile, souple, rapide… Mais point n’était besoin d’un tel Asc. puisqu’ El Cordobes disposait (et dispose toujours d’ailleurs, puisqu’il est toujours en vie) d’un Mercure en Gémeaux : cela pouvant donc expliquer ceci.

Mais posons nous la question : l’orientation foncière d’El Cordobes – sa motivation profonde dirait Paul Diel – était-elle de s’amuser, de faire le pitre et des farces, d’épater le bourgeois tel une sorte de Till l’Espiègle espagnol ? Certainement pas. On devine bien autre chose qui mobilise l’énergie d’El Cordobes. Mercure en Gémeaux a pu enrichir sa personnalité d’une certain dimension ludique cherchant à s’exprimer dans sa façon de toréer, mais non constituer sa motivation fondamentale.

QU’EST-CE-QUI PERMET DE L’AFFIRMER ?

Deux choses (que j’ai d’ailleurs surlignées dans les citations) :

1/ Son mutisme, son introversion, sa pudeur à s’exprimer et se confier, d’une part (pour ma part je n’ai jamais connu de Gémeaux qui ne fussent pas bavards ou, tout au moins, assez extravertis). On peut, sans doute, y associer son impassibilité devant la douleur : ni cris, ni grimaces, ni plaintes. Choses rares chez les Gémeaux souffrants.

2/ Sa volonté farouche, inébranlable, obsessionnelle non seulement de devenir torero, mais le meilleur de tous, et de gagner assez d’argent pour acheter une maison à cette sœur qui l’avait élevé, lui le dernier des cinq enfants, que le couple parental, usé par le travail, miné par la misère, séparé par la guerre et la maladie, avait laissés derrière lui sans aucune ressource et en très bas âge. Volonté pleinement accomplie au-delà même des objectifs premiers : El Cordobes est devenu le plus extraordinaire torero de l’histoire de la tauromachie, et, fort bon gestionnaire et investisseur, il a amassé une fortune considérable estimé à 74 millions d’euros (équivalent en pesetas : 550 millions !) en cent corridas et se trouve à la tête d’un véritable empire immobilier tant ses investissement furent judicieux … et sans y perdre la vie, à défaut d’avoir évité quelques cuisantes blessures.

VOIT-ON UN ASC. GEMEAUX REPONDRE A DE TELLES DISPOSITIONS ,

A mon avis : non (et j’en ai beaucoup connus) car une telle détermination est à l’opposé des qualités « Gémeaux » toutes de curiosité, d’ouverture, d’adaptabilité, d’amour de la diversité, du changement voire de futilité et d’instabilité s’exprimant souvent à travers des choix contradictoires dont on ne résout la problématique que par l’échec dans une de ces voies, plus fantasmées, que réellement
« choisies ».
Le « Gémeaux » est, avant tout, un cérébral qui vit à travers ses idées, ses échanges, son indétermination foncière. A la limite il ne prend rien au sérieux.
Nous avons affaire ici à un être qui, au contraire, vit au plus prés de ses déterminations les plus instinctives : animales, sensorielles, matérielles, sexuelles. Manuel prend tout très à cœur, comme si sa vie en dépendait (ce qui était d’ailleurs le cas, au propre comme au figuré).

Mais, par-dessus tout, je n’ai jamais connu de Gémeaux aussi radicalement voués à s’accomplir dans une voie qui privilégiait tellement la mort : donnée ou reçue en toute lucidité. A l’exception peut-être de JFK (la lucidité en moins), président par défaut (de par la mort du frère aîné [8]) qui avait hérité d’une histoire familiale tellement sordide (sympathies nazies du père et alliance avec la mafia pour faire élire son fils devant Nixon) qu’il ne pouvait que récolter le produit des charges explosives que son histoire familiale avait semées sous ses pas (sans d’ailleurs, qu’il s’en soit plaint) : un Soleil en Gémeaux et en M. VIII, sous la maîtrise d’un Mercure M. XII (les ennemis secrets) étroitement conjoint à une redoutable conjonction MARS (M VII : les ennemis déclarés) – JUPITER (M III : les alter ego, les proches, les collaborateurs) qui, en M. VII symbolisaient des ennemis redoutables (mafia + CIA avec la bénédiction d’un FBI aveugle et sourd aux « signes » annonciateurs de la tragédie à venir). Je ne m’étends pas plus sur cet aspect des choses mais plus j’y réfléchissais, plus ma perplexité était grande.

LE TEMPS DU DOUTE
Il m’apparut alors clairement que j’avais laissé passer quelque chose dans le fil de ma lecture qui pouvait me fournir une précieuses indications quant à cette heure de naissance et à cet Asc. qui me paraissaient plus ou moins (plutôt plus que moins d’ailleurs) contestable.

Je repris donc ma lecture. Et la lumière se fit.
Car je lus – p. 45 – ce témoignage d’Angelita (sœur aînée de Manuel Benitez, je le rappelle) :
Depuis le jour de sa naissance, je n’ai jamais cessé de pleurer à cause de mon frère Manuel. Et je sais qu’à cause de lui je pleurerai encore [9]. J’avais huit ans quand il est né. C’était, je m’en souvient un chaud soir de mai, juste avant la guerre. Tout l’après-midi j’ai entendu les gémissements de ma mère à l’étage au-dessus. Et puis j’ai entendu les cris du bébé. Et je me suis mise à pleurer moi aussi… etc…

Deuxième partie de ce témoignage, p. 51.

[…] Sans doute est-ce parce que j’ai accueilli si méchamment Manuel le jour où il est né. Je savais qu’il allait venir. Mais, pour moi, il n’était qu’un intrus dont je devrais m’occuper parce que j’étais l’aînée. Vers midi, mon père m’avait envoyé chercher dona Coza la sage-femme. Manuel est né là-haut, dans le lit de mes parents comme chacun de nous… etc…

Comment concevoir qu’on ait pu envoyer chercher une sage-femme vers midi pour aider à un accouchement qui ne s’accomplira que le soir … alors que l’enfant est né depuis 7 h du matin ? Mystère.

UNE RÈGLE INDISPENSABLE
Une première leçon s’impose : vérifier par tous les moyens à notre disposition les données de naissance fournies par ces plateformes, pleines de bonne volonté, mais se trouvant dans l’incapacité de les vérifier toutes.
C’est ainsi que, par exemple, j’ai relevé une erreur d’année dans la naissance de la duchesse de Windsor (elle est née en 1895 et non 1896 comme l’affirme Astrothème) après la lecture d’une biographie extrêmement précise sur les circonstances de cette naissance. Je l’ai signalée à Astrothème (qui reprend d’ailleurs souvent les infos d’Astrodatabank… à moins que ce ne soit l’inverse). La plateforme a aimablement accusé réception de l’information que je lui ai communiquée, … mais n’a pas jugé bon de corriger la date de naissance de la duchesse. Passons.

Une autre idée me vint alors à l’esprit.
Et si Manuel était bien né à 07.00 : pas « du matin »  mais « du soir » : c’est à dire « p.m » et non « a.m » comme indiqué sur les deux sites qui utilisent la terminaison anglo-saxonne (on se demande pourquoi d’ailleurs).
Je montai donc aussitôt un nouveau thème en prenant 19.00 comme heure de naissance.

Voici le résultat :

Mais « bon sang, c’est bien sûr » !
Ce qui donne un Asc Scorpion avec la présence de l’amas Taureau en M.VII !
Pour ma part je trouve cette solution très convaincante.

  • Du point de vue biologique j’y reconnais la bivalence du Scorpion avec sa rage de vivre, ou plutôt de survivre et de se pérenniser, face aux forces de désagrégation à l’œuvre dès la première seconde de notre conception (processus que nous appelons sommairement de destruction/régénération) qui nous conduit à faire du vivant avec du mort (mort de l’ovule + mort du spermatozoïde = embryon bien vivant) ; à nous nourrir de ce qui conditionne notre existence (la mère nourrit son bébé de son propre corps – l’enfant, plus tard, se « nourrira » de tous les sacrifices que ses parents sont prêts à consentir, gratuitement, pour lui – l’amant établit un lien si fort, émotionnel et charnel, avec sa partenaire qu’il est souvent prêt à la (ou le dans le cas inverse) détruire ou à se détruire lui-même plutôt que de renoncer au lien qui le nourrit émotionnellement et qu’il éprouve comme indissoluble : pensez à Tristan et Yseut et à leur fin tragique quand chacun croit que l’autre l’a abandonné, à Juliette qui avale son poison quand elle croit Roméo mort, à Médée qui égorge ses enfants pour se venger de l’abandon de Thésée, à Ophélie qui se noie parce qu’elle croit avoir causé la mort de son père tué par Hamlet son amant ; au jeune Werther qui se révolvérise parce que Charlotte est fiancée à son ami, à Jan qui, faute de posséder cette Arlésienne trop volage qui embrase ses sens, s’écrase du haut du grenier dans la cour du mas provençal où Rose Mamaï, toute nue,  étreint son corps et renoue avec les lamentations les plus déchirantes du chœur antique grec.

Toutes ces morts sont causées par une passion déçue, trahie ou devenue impossible, et déclenchent le déchainement des forces les plus archaïques et les plus puissantes qui nous rattachent à la vie biologique, en conflit permanent avec les forces de la mort, en analogie avec la  fameux second principe – dit entropique – de la thermodynamique. Que l’équilibre se rompe en faveur de la seconde de telle sorte qu’une issue apparaisse impossible, et c’est le renoncement à s’accrocher à la première. Ce que manifeste bien la métaphore (car ce n’est qu’une métaphore) du scorpion qui « se suicide » quand il est entouré par un cercle de feu dont il perçoit qu’il ne pourra sortir.

  • Du point de vue social, le Scorpion évoque la farouche détermination de l’individu face aux pressions que le collectif exerce sur lui ; sa force de défi, de résistance, voire de révolte[10] à toutes les formes d’oppression. Le Scorpion est le contrepoids indispensable aux forces associatives (horizontales) de la Balance et normatives et hiérarchisantes (verticales) du Sagittaire. Il se manifeste donc, le plus souvent, par un individualisme viscéral, le goût de la confrontation et de la contestation, une appétence certaines pour les émotions fortes, les passions exclusives, que seul le conflit, le danger, le combat, la victoire et la possession, peuvent – un temps – satisfaire.

Tout cela, me semble-t-il et bien d’autres choses encore que je ne peux trop développer dans le cadre d’un article, justifie pleinement la présence du Scorpion à l’Asc d’un Torero qui s’est fait un nom, non seulement par son courage, sa folle témérité, mais par sa sollicitation permanente d’un danger mortel et par son extraordinaire réussite sociale et matérielle.

AMBIGUÏTÉ DE LA MAISON VII.
Avec cette position, on constate que tout l’amas « Taureau » se retrouve au Dsc.
Tout corps céleste en Maison VII, pose une difficulté d’intégration au sujet – présent à l’Asc – et, par conséquent, colorera les difficultés qu’il rencontrer avec « les autres »… jusqu’à ce qu’il ait compris, résolu et intégré le problème que posent les dispositions des dits corps célestes, sans les exagérer ou les projeter suivant les cas.
Ici, outre la valorisation extrême de l’axe Taureau/Scorpion – celui des rapports au corps, à la sexualité, à l’individualité, aux possessions matérielles, bref à la vie organique, charnelle, matérielle  – la Maison VII nous donne une illustration aveuglante des forces auxquelles le moi de Manuel doit s’affronter à la fois parce qu’elles le fascinent et le défient.

Les « autres », généralement, ce sont d’abord les partenaires de l’existence, les associés, les conjoints, les alliés. Ils sont peu nombreux dans la vie de Manuel : malgré sa chaleur et sa générosité naturelles, son orgueil, son égocentrisme, son indépendance foncière, son intransigeance et sa quête de la première place en toute chose, sans oublier les blessures que « les autres » lui ont infligées, le rendant indisponible aux concessions qu’exigent l’amour, l’amitié, la sociabilité vraie.
Mais « les autres » décrits pas la M.VII en Astrologie, ce sont aussi les ennemis : dans le cas présent ce sont d’abord les grands propriétaires taurins et les représentants de l’autorité (la Guardia Civil), – fort bien représentés par la conjonction SOLEIL-URANUS – que Manuel devra défier et affronter en permanence,  sans jamais faire de concession tout au long d’une enfance et d’une jeunesse des plus éprouvantes et destructrices pour tout autre que lui.
Du moins jusqu’à que ce son génie et son courage insensé, amènent les uns et les autres à venir l’encenser, s’incliner devant lui et à lui faire la cour. Y compris cet éleveur qui, à la fin de la guerre d’Espagne, avait condamné à mort 300 habitants de la petite ville natale de Manuel, pour venger les 30 taureaux que les troupes républicaines avaient abattus pour les manger.

D’ailleurs, ces « autres », ce sont aussi les taureaux que Manuel doit combattre.
Taureaux qu’il choisit soigneusement parmi les plus puissants, les plus courageux, les plus violents. Des ennemis qui ont tous pour caractéristique de représenter les éminentes qualités physiques, viriles, morales, sociales, autoritaires, violentes que Manuel cherche désespérément – et victorieusement – à s’assimiler pour pallier l’effroyable dévalorisation qu’il a subie dans tous les secteurs de l’existence, durant toute son enfance, son adolescence et même sa jeunesse d’homme puisqu’il n’arrivera à se distinguer vraiment et à entamer une carrière authentique qu’aux alentours de 24 ans, ce qui est très tard pour un torero.
Pauvreté extrême, déréliction, faim, froid, manque : opposition Saturne/Neptune en Poissons/Vierge et dans l’axe social et parental par excellence : l’axe IV/X.
Ostracisme, « stigmatisation », dévalorisation, humiliations, agressions morales et physiques, mépris : PLUTON au double carré d’une opposition Lune-Vénus dans l’axe VI/XII – Bélier-Balance : encore le moi face aux autres – celui-là même des infériorisations, souffrances et misères diverses.
Remarquons que PLUTON forme néanmoins un trigone à SATURNE : c’est, je crois, la marque de cette profonde détermination qui permettra à Manuel de s’appuyer sur toutes les souffrances subies à l’âge le plus vulnérable, pour dépasser ses handicaps de départ et s’accomplir.
A quoi s’ajoute, au-delà de la quête de la gloire, celle, aussi lancinante, de la richesse : Jupiter dans son signe en M. II, au trigone de Vénus (l’argent) à l’orée du Taureau, signe d’argent d’avidité, de cupidité. Dispositions qui ne s’adressent pas seulement à l’argent d’ailleurs, mais au sexe puisque Manuel est un séducteur invétéré qui ferait honte à Don Juan lui-même. Mais, en revanche, Manuel a toujours su éviter l’avarice : il gagnait beaucoup mais, ayant « bon cœur » (Jupiter très bien disposé, Lune en Balance ?) en faisait largement bénéficier les autres. En commençant par les siens bien sûr.

Bref, je pourrais poursuivre encore longtemps l’énumération des corrélations significatives qui me semblent justifier un Asc Scorpion. Mais il faut savoir toujours raison garder. Démontrer n’est pas toujours prouver et cette aporie constitue l’obstacle majeur mais aussi la richesse de notre art.
L’Astrologie est un art ou une sagesse destinée à nous faire comprendre le sens de la vie en général, le sens de notre existence en particulier. Or la vie est d’une souplesse et d’une adaptabilité infinies ; au sens propre du mot. Si bien que nous ne pourrons jamais enfermer quelqu’un disposant de toutes les déterminations qui en font un être humain, dans le carcan d’une interprétation astrologique définitive. Le sujet débordera toujours le reflet que nous cherchons laborieusement à en capter. L’Astrologie cerne assez bien ce qui, dans l’être humain, est stable et constant, mais elle est incapable d’accéder au centre de sa vie spirituelle – celle qui échappe à toute détermination et  où  il conquiert autonomie, liberté et donc pleine responsabilité de lui-même. D’autant que le bois dont l’homme est fait est si noueux que l’on ne peut y tailler des poutres bien droites, écrivait Emmanuel Kant.

DE L’UN DE CES FANTASMES RÉCURRENTS DU MONDE ASTROLOGIQUE.
Cela m’amène à une petite conclusion consacrée au fantasme de la « rectification de l’heure de naissance ».
Beaucoup d’astrologues, mécanistes et déterministes sans le savoir peut-être, prétendent se caler sur un certain nombre d’expériences ou d’événements pour « rectifier » l’heure de naissance d’un sujet. Cela m’a toujours laissé très perplexe.
Je me suis amusé un jour à proposer de deviner l’heure de naissance de mon fils que je connaissais à la minute près bien sûr, sur un important « forum » d’astrologues amateurs et professionnels.
J’ai donc fourni le maximum de dates précises concernant les moments importants de son existence : décès familiaux, communion, succès au bac, rencontre avec sa future femme, réussite au concours du CAPET, stage de formation en Suède, stage de formation en Turquie (dans le cadre de l’Ambassade de France), mariage, premier enfant… et j’en oublie.

Personne n’a été en mesure d’approcher, même de très loin, l’heure de naissance de mon fils.
Et c’est normal : je n’y aurais réussi moi-même si j’avais eu la sottise de tenter l’expérience.

La vie intégrale, celle qui se reflète dans le prisme astrologique, est constituée de processus et non de moments précis s’additionnant les  uns aux autres. De même que nous ne pourrons jamais déterminer où la Terre commence et où elle finit, de même ne pourrons-nous jamais non plus (quelles que soient les théories qu’on nous ait proposées, dont celle du « big-bang ») déterminer quand le temps a commencé (ni même s’il a commencé en un peut-être précis) et quand il finira ; car ce sont là des processus justement caractérisés par l’impossibilité où nous nous trouvons de leur imposer nos méthodes de mesure. De même ainsi, les expériences qui marquent notre vie et que nous tentons de comprendre après coup, ne sont que les bulles qui apparaissent en surface à partir de courants profonds dont nous ne pouvons, là non plus, déterminer quand et où ils commencent et quand et où ils disparaîtront.
Ce qui veut dire, pour revenir au cas que nous venons d’examiner, que lorsque l’heure de naissance nous fait défaut, ce qu’il est seulement possible et indispensable de faire, consiste à bien contempler un thème de l’intérieur, à s’y identifier du mieux possible, à discuter avec celui qui l’incarne si cela nous est possible, pour en essayer d’en déduire quel Ascendant – c’est à dire quelle orientation première de la conscience – cherche à s’exprimer, au lieu de plaquer sur lui des méthodes ou des « recettes » qui, la plupart du temps, ne satisfont que l’égo de ceux ou celles qui les proposent, sans pouvoir les justifier autrement qu’en faisant appel à notre bonne volonté, voire à notre crédulité.
D’ailleurs un long travail consacré à fréquenter l’Astrologie, ses richesses et ses pièges (cinquante ans l’an prochain) ne fait que confirmer cette approche par le sens et non par la mesure et ses points de repères ponctuels, celle que nous fournissent fallacieusement les événements. On peut simplement se dire que celui-ci, s’il est en accord avec la dynamique générale du thème, doit se produire, – s’il doit se produire, ce dont nous ne sommes absolument pas certains  -, au moment qui paraît le plus favorable à actualiser un ou des processus et inter-processus engagés ; notamment par les mouvements planétaires et leurs interrelations dynamiques, en sachant que ces processus se développent sur des durées que nous ne mesurons que de façon très superficielle. Quels sont les processus historiques et politiques considérés d’un point de vue astrologique, qui ont amené Napoléon à se couronner empereur, précisément le 2 décembre 1804 ? Bien malin qui pourrait le dire …

C’est ma façon de voir les choses, mais je ne demande qu’à en changer si on me démontre  non qu’elle est fausse, – ce qui ne ferait pas avancer grand-chose car, en la matière il n’y a pas de vrai et de faux -, mais qu’il existe une meilleure méthode d’approche et qu’on me le démontre.
Et, si on me le démontre en théorie, je reproposerai alors de découvrir l’Asc de mon fils en refournissant tous les repères temporels nécessaires.
Mais la bonne question à se poser me paraîtrait se résumer à celle-ci : pourquoi un événement ou une expérience quelconque devrait-il conditionner la position de l’Asc ? A la réflexion cela paraîtrait même absurde si on considère que ce ne sont pas les circonstances de la vie qui conditionnent notre thème natal, mais c’est l’inverse ; si bien qu’un tas de choses peuvent se passer au cours d’une vie humaine et dans le cadre de la structure  générale du thème, sans que celle-ci en soit affectée du point de vue précis de l’Ascendant.
De même que la bataille de Trafalgar – décisive pour la chute à venir de la construction napoléonienne – n’a jamais modifié le tracé des côtes espagnoles qui l’ont vu se dérouler … pour mettre un peu d’humour dans mon propos.

Bien cordialement à toutes et à tous.

LSM

  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

 

 

 

 

[1] Je rappelle que El Cordobes est toujours vivant en 2023 – il a eu 87 ans en mai – et qu’il a toute sa tête. De toute façon au moment de la sortie du livre il n’avait que 31 ans, et s’il avait dû s’inscrire en faux dans ce qui est rapporté ici, il n’aurait pas manqué de le faire, sa franchise brutale étant proverbiale.

[2] Le nom de l’avion qui avait ramené Franco au Maroc pour y prendre la tête de l’insurrection.

[3] Ce « ils », que nous retrouverons plus bas, désignent Manuel et son ami d’enfance Aurelio avec lequel il a sillonné, loin de chez lui, pendant des mois et de longues nuits d’affilée, tous les élevages environnants pour aller « toréer » des taureaux qui n’en revenaient pas. Et à la grande colère des éleveurs et de la Guardia civile. Pourquoi cette colère ? Les auteurs nous l’expliquer : parce qu’en provoquant la charge des bêtes avant le jour de la mise à mort, ces garçons violent le principe même de la corrida, ce principe sacré qui veut que l’arène soit le premier et unique décor de la confrontation du taureau et de l’homme à pied. Comme une vierge, un taureau ne perd qu’une fois son innocence. S’il a une seule fois connu l’homme, des mois, des années plus tard, ses cornes esquiveront le leurre pour chercher derrière l’étoffe de la muleta le corps de son adversaire. Spectacle hideux et meurtrier dont la responsabilité retombe sur l’éleveur en une pluie de sifflets et d’insultes. (p. 183)

 

 

[4] Grand matador du passé qui avait inspiré la vocation d’El Cordobes.

[5] Il faut comprendre qu’El Cordobes coupait ses banderilles en deux pour les raccourcir, ce qui l’obligeait à approcher le taureau de manière très dangereuse pour pouvoir les planter correctement.

[6] On raconte que la première fois où El Cordobes ayant péniblement appris à écrire son nom, voulut signer un chèque, il s’aperçut que sa signature était si ample et large que ledit chèque ne pouvait la contenir.

[7] Ce qu’on peut comprendre lorsqu’on découvre la charge de malheurs, de mépris et de culpabilité qui pesaient sur lui et que je peux développer ici, mais que l’on devine à travers le carré Lune-Pluton.

[8] Dans le thème de JFK, le frère aîné est figuré par JUPITER, Maître de III, conjoint à MARS (M. VII) et à MERCURE (M. XII) au carré d’URANUS (M. IV en IV). Décryptage : Jupiter et le Sagittaire évoquent le voyage : Joseph-Patrick était à bord d’un bombardier au-dessus de la Manche ; il affrontait ses ennemis : MARS 5 (la guerre) et la M. VII (les ennemis déclarés) et il a trouvé la mort : MERCURE M. XII, à la suite de l’explosion de son appareil : carré URANUS/MARS. Quant à la M. IV elle trouve ici une de ses significations traditionnelles : «  la fin des choses ». CQFD. Il est stupéfiant de constater que ces mêmes dispositions planétaires qualifient la mort de JFK lui-même à travers pratiquement les mêmes significations.

[9] Ne pas oublier que ce témoignage a été fourni aux auteurs alors qu’El Cordobes était arrivé au sommet de sa carrière et qu’il devait continuer à toréer encore de nombreuses années. Ce que savait Angelita. D’où ses inquiétudes pour l’avenir.

[10] Ce n’est pas pour rien que Saint Augustin, Luther, Goebbels, Gandhi, De Gaulle et quelques autres de moindre envergure, sont fortement marqués par les valeurs « scorpion » et/ou plutoniennes.

8 réponses à to “L’ÉNIGME « EL CORDOBES » ET LE MYSTÈRE DE SA NAISSANCE”

  • TARTARIN Jocelyne:

    Bonjour Mr Louis Saint-Martin,

    Je m’empresse de vous répondre car, comme vous, je me méfie des dates d’astrothème et astrodatabank, qui ne font que reprendre les dates de naissance « officielles » ou de wikipédia, et comme vous, la façon qu’on certains astrologues de corriger l’heure de naissance d’un consultant, me laisse perplexe. Du pipeau.
    Comme vous exprimiez d’emblée vos doutes quant à l’Ascendant Gémeaux d’El Cordobès, avant même de lire la suite de votre article et les propos de sa soeur, l’hypothèse d’un Ascendant Scorpion m’a sautée aux yeux et paraissait la plus vraisemblable.
    Si votre article m’a interpellée et m’a plu, c’est que j’ai moi-même la fâcheuse manie de lire (!), y compris des biographies, etc. et sans jamais oublier que je suis astrologue… Impossible de lire tranquillement : il me faut afficher les Cartes du ciel des protagonistes ; c’est ainsi que j’ai détecté nombre d’erreurs dans les dates de naissances officielles de personnages connus.
    Je n’en prendrai qu’un ici : Louise Colet, la « muse » de Gustave Flaubert. Sur wikipédia, ainsi que dans une biographie de Jean-Paul Clébert, on la fait naître le 15 septembre 1810 à 8 heures du soir; Vierge donc.
    Or, son audace, la façon dont elle se bat pour s’imposer dans le milieu littéraires, ses écrits, sa fierté, son allure, ne me paraissent guère en accord avec un Soleil en Vierge.
    Si je regarde ce qu’il en est de sa vie privée : elle a épousé Hyppolyte, un musicien, né sous le signe du Sagittaire ; elle a été la muse de Gustave Flaubert, Sagittaire, avec qui elle a eu une passion tumultueuse ; une liaison avec Victor Cousin, Sagittaire également. Avec Alfred de Vigny, Bélier. La plupart de ses amants (car je ne les connais pas tous !) sont des signes de Feu.
    Tout cela suffit à me faire douter de la date de naissance officielle, le 15 septembre ; je me dis qu’à l’époque, on ne déclarait pas forcément les naissances tout de suite, et que…
    Je fais des recherches sur internet, si toutefois je pouvais trouver les dates de naissance de ses parents : Antoine et Henriette ; et je finis par trouver copie de la déclaration de naissance : qui a été faite le 15 septembre en effet, mais la naissance a eu lieu le 15 août. Victoire ; je ne suis pas peu fière ; et
    Enfin, quand elle a été enceinte de sa fille Henriette, les mauvaises langues ont dit que c’était « une piqûre de Cousin », allusion pleine de délicatesse à sa liaison avec Victor Cousin, ministre de l’éducation et académicien…
    Comme on fêtait en 2021 les 200 ans de la naissance de Flaubert, je me dis que l’occasion de contacter des spécialistes de Flaubert : Yvan Leclerc, directeur du Cetre Flaubert à Rouen ; Pierre Marc De Biasi ; ou encore Joëlle Robert, présidente de l’Association des amis de Flaubert et Maupassant, qui a rédigé la notice consacrée à Louise Colet, dans le Dictionnaire Gustave Flaubert… Et je renonce, de toute façon ces gens-là ne vous répondent jamais ; on ne fait pas partie du sérail.
    Enfin, à propos de la rumeur qui dit qu’Henriette serait la fille de Victor Cousin : lui-même n’y croyait pas, qui a très vite cessé de verser une pension à Louise Colet. Je cherche à me faire une opinion, même si je n’ai pas l’heure de naissance.
    Henriette est née le 16 juillet 1840, avec un amas planétaire en Cancer ; or Hyppolyte a la Lune en Cancer ; par ailleurs, quand son père (officiel) Hyppolyte meurt, en avril 1851, elle a onze ans, et les transits planétaires sont révélateurs d’un deuil et d’une perte affective. Pour moi, le père d’Henriette est bien Hyppolyte, et non pas Victor Cousin comme le rumeur se plaît à le faire croire.

    Pour terminer, à propos de l’anecdote personnelle que vous rapportez ; vous avez proposé, dites-vous, à des astrologues de trouver l’Ascendant de votre fils, que vous connaissiez fort bien, en donnant des dates d’évènements de sa vie. Mais vous ne dites pas si vous avez donné les dates de naissances des parents (la vôtre, celle de la mère, etc.)? car cela aide à retrouver l’hérédité, pour rectifier ou préciser parfois l’heure de naissance (Ascendant, Maisons).

    Bref, je suis contente de voir que je ne suis pas seule à aller chercher la petite bête, et à ne pas m’en tenir à ce qui est écrit, que ce soit dans wikipédia ou des ouvrages d’auteurs… Même si, quand on repère une erreur, qu’on corrige, c’est juste une satisfaction personnelle ; tout le monde s’en fout…

    Bien cordialement,
    J.T

    • Tout le monde est loin de s’en foutre … La preuve : je vous félicite et pour votre ténacité dans la recherche et pour votre perspicacité. Jamais l’Astrologie ne sera prise au sérieux tant que nous en resterons aux à-peu-près ou aux approximations.
      Une seule petit erreur, si je vous ai bien lue et si j’ai bien compris : vous appelez le père de votre héroïne tantôt Antoine, tantôt Hippolyte ! Lequel est le bon ?
      Quant au rapport entre l’heure de naissance et le thème des parents, bien qu’insuffisant, il me paraît tout à fait éclairant car je l’ai souvent constaté : ainsi mon fils (en fait, mon beau-fils car il a perdu son papa très très jeune) dont le thème est Asc Scorpion avait un papa biologique avec un Asc Scorpion. Son frère aîné (mon autre beau-fils) a, lui aussi, un Asc Scorpion; quant à ma (belle) fille, l’aînée de la fratrie, elle a un Asc Balance, mais à la fin du signe et la quasi totalité de la 1ère Maison est interceptée en Scorpion.
      Bravo à vous.
      M’autorisez-vous à publier votre « commentaire » sous forme d’article sur mon « blog » ? En tout anonymat bien entendu ?
      Bien cordialement à vous
      LSM

  • TARTARIN Jocelyne:

    Rebonjour,

    Ce que je voulais dire, c’est qu’il n’y a bien que des universitaires -non astrologues- pour n’avoir pas remarqué ce qui saute aux yeux, quand on connaît un peu la vie de Louise Colet : ses amours, ses écrits, puis ses soucis de santé : c’est que c’est une vraie Lionne !
    Comme d’ailleurs la plupart des femmes qui ont compté dans la vie de Gustave Flaubert : Elisa Schlesinger était Vierge avec Mars en Lion ; Mathilde, Princesse Bonaparte, pour qui il en a « pincé », était Gémeaux, avec Mars en Lion ; Jeanne de Tourbey, Mars-Jupiter en Lion ; ainsi que Madame Sabatier : Bélier, avec Mars en Lion. Et sa mère enfin, Vierge, avec Vénus-Mars en Lion.

    J.T

    • Effectivement notre cher Gustave aimait les femmes quelque peu viriles ou phalliques (comme dirait tonton Freud !) : lui-même Asc Scorpion avec une Lune en Lion. Mélange détonant qui peut expliquer ses incursions (discrètes) du côté de l’homosexualité, d’après ce que j’ai pu lire chez certains auteurs.
      Bien à vous
      LSM

  • Jocelyne TARTARIN:

    Bonjour,
    Merci de votre réponse et de vos compliments…
    « Une seule petite erreur si je vous ai bien lue » : eh bien non, vous ne m’avez pas bien lue, car il n’y a pas d’erreur…
    Louise Colet est la fille d’Antoine REVOL et d’Henriette.
    Elle a épousé Hyppolyte COLET, musicien, avec qui elle a eu une fille, qu’elle a prénommée Henriette (comme sa mère).
    En résumé : le père de Louise Colet est Antoine REVOL ; le père de sa fille Henriette, c’est son mari Hyppolyte COLET.
    Libre à vous de faire l’usage que vous voulez de mes commentaires.

    Puisque le sujet était l’exactitude des heures de naissance, un autre cas : Edgar MORIN.
    Sur Astrothème, etc. il est né le 8 juillet 1921 à 4h du matin, ce qui donne un Ascendant en Cancer. Déjà, quand l’heure est ainsi arrondie, il y a lieu de s’interroger. Et quand on le voit ou l’entend, l’Ascendant Gémeaux saute aux yeux comme aux oreilles ! Je vais donc y voir de plus près : après un premier mariage avec Violette Chappellaubeau, la mère de ses filles, notre cher Edgar a eu pas moins de trois épouses ou compagnes étrangères : Johanne Harelle (Jupiter en Gémeaux) artiste plasticienne canadienne, Edwige Lannegrace (Vénus en Sagittaire) et la dernière Sabah Abouessalam (Bélier, Lune en Gémeaux, Mars en Cancer), marocaine.
    La mobilité de sa vie affective, la récurrence de l’étranger et de l’exotisme dans le choix de ses partenaires, tout cela allait dans le sens d’un Axe I-VII en Gémeaux-Sagittaire et j’avais depuis longtemps corrigé son heure de naissance (pour ma gouverne), le faisant naître vers 3h45 au plus tard, ou avant.

    Vous me direz que cela ne suffit pas pour me donner raison… En 2021 (l’année de ses 100 ans) je tombe sur une interview d’Edgar Morin par Frédéric LENOIR, pour l’Express, du 22/05/1997, « Un langage qui nous parle de la psyché »
    A F.L qui l’interroge : « Avez-vous déjà fait faire votre thème astral ?
    E.M répond : »Je n’en ai pas ressenti spontanément le besoin. Mais deux amis m’ont déjà proposé, sans que je leur demande, d’interpréter ma Carte du ciel, ce que j’ai accepté bien volontiers.
    F.L : Et alors ?
    E.M : Cela m’a beaucoup intéressé ! Bien que me connaissant peu de manière intime, ces personnes ont exprimé avec beaucoup de justesse des tendances contradictoires que j’ai en moi, comme une introversion et une paresse exprimée par mon signe et mon Ascendant en Cancer, et en même temps un côté énergique, actif, exprimé par la présence de Mars, du Soleil et de Mercure dans mon signe ascendant. cela dit, on a découvert récemment que mon heure de naissance était inexacte, ce qui ferait passer mon ascendant en Gémeaux. Or je m’y retrouve tout à fait ! »

    Eh bien voilà, la boucle est bouclée. Mais je remarque que ce ne sont pas les deux amis en question qui, interprétant sa Carte du ciel, ont corrigé son heure de naissance, puisqu’ils lui ont attribué un Ascendant Cancer ; mais les deux amis n’étaient peut-être que des astrologues amateurs ? Il faut l’espérer…

    Cordialement,
    J.T

    • Vous avez raison, j’ai confondu le père et le mari. Où avais-je la tête ?
      Je me demande ce que Freud aurait pensé de « mon cas ». Passons.
      Pour ce qui est d’Edgar Morin, des titres comme « Introduction à la pensée complexe » ou « Dialogue sur notre nature humaine – L’unité dans la diversité » (avec Boris Cyrulnik) peuvent effectivement nous mettre sur la voie d’un Asc. Gémeaux. Sans oublier l’extrême prolixité de cet auteur qui écrit des livres comme « le pommier fait des pommes » (expression attribuée à Charles Trénet parlant de ses chansons). Je ne le connais pas vraiment, je n’ai lu de lui que son « Autocritique » qui ne m’a guère emballé : comment un homme qu’on dit – et qui se pense – si intelligent, a-t-il pu se tromper si longtemps et même s’obstiner dans son erreur ? Bref. Je suis heureux, en revanche, qu’il se soit intéressé à l’Astrologie et je vais peut-être me payer le luxe de lui envoyer mon dernier ouvrage. Pour distraire ses quasi cent trois ans !
      Bien cordialement à vous
      LSM

  • Jocelyne TARTARIN:

    Vous êtes sévère avec Edgar Morin. Qui ne s’est jamais trompé ?
    Vous n’ignorez pas, je suppose, qu’il avait dirigé une enquête sociologique sur l’astrologie ?

    En ce qui me concerne, je connaissais Edgar Morin, sociologue, mais ne l’avais pas lu. En 2004 (je suis installée en profession libérale depuis deux ans), je reste interdite en l’entendant sur une radio à l’occasion de la publication d’ETHIQUE, le 6ième et dernier volume de son oeuvre, La Méthode : il emploie les mêmes mots que moi : il parle comme un astrologue !
    A ce moment-là, une amie m’appelle et je fais part de mon enthousiasme. Quelques jours après j’ai l’agréable surprise de recevoir ETHIQUE, qu’elle m’envoie en cadeau.
    Dans cet ouvrage, Edgar Morin donne les clés pour sortir de notre crise contemporaine. Il commence par rappeler le précepte de Pascal : « Travailler à bien-penser », car notre rationalité, notre discernement, sont menacés par la « disjonction » : l’incapacité à voir les interactions entre les phénomènes, du fait de la compartimentation des savoirs.
    Puis il propose les voies régénératrices pour sortir de notre barbarie civilisée (réforme de l’esprit, réforme de l’éducation, régénération morale, réforme de la science), pour une Grande réforme de civilisation, qui passe par une métamorphose, pour sauver l’humanité du risque d’anéantissement.

    Après avoir lu ETHIQUE, je lui ai écrit ; il m’a répondu par mail, précisant qu’il avait dirigé une enquête sociologique, publiée sous le titre : « La croyance astrologique moderne », en me disant : « Vous devriez le lire ; si voulez je vous l’envoie. » J’accepte en le remerciant. Puis je reçois un mail : il n’a plus d’exemplaires chez lui, il en demande un à son éditeur Suisse et me l’envoie…Je ne l’ai jamais reçu (le Cancer est étourdi, quant au Gémeaux).

    En 2005, à l’occasion d’un échange avec Ferdinand David, j’évoque Edgar Morin – en lui envoyant des extraits d’ETHIQUE, avec son programme pour « sortir de notre barbarie civilisée », et m’étonne qu’on ait pas cherché son soutien, puisqu’il s’est intéressé à l’astrologie et que nous parlons le même langage. Voici sa réponse :
    « En effet, Edgar Morin a dirigé et publié une enquête sociologique sur l’astrologie sous le titre « La croyance astrologique moderne » en 1982. C’était la réédition de 1971 qui portait alors le titre évocateur « Le retour des astrologues ». Il s’agissait d’un groupe de sociologues qui enquêtait sur tout évènement susceptible d' »être révélateur de flux souterrains, déclencheur de courants insoupçonnés ou inédits du changement social, porteur d’avenir ». C’était le temps des grandes remises en question dans notre société. L’évènement qui conduisit cette équipe à enquêter sur l’astrologie fut le succès monstre de Madame Soleil et les réactions violentes qu’il suscita chez les scientifiques. L’astrologue ne fascine pas ainsi sans raison, pensa sans doute, et à juste titre, l’équipe d’Edgar Morin.

    Je vous cite un passage de l’article que rédigea Philippe Defrance. Il témoigne de la finesse de cette enquête astrologique. Ces non-astrologues me semblent, en effet, avoir saisi la véritable dimension de l’astrologie, que bon nombre d’astrologues aujourd’hui ne manifestent pas : « Contrairement à ma voyance, l’astrologie est un système fortement structuré, qui possède sa symbolique propre. Ce système propose, au moins implicitement, une représentation du monde qui fonde et justifie la prédiction : pour l’astrologie, le microcosme humain exprime analogiquement le macrocosme cosmique. Ce postulat rend vraisemblable l’interprétation des configurations astrales. Ainsi cosmogonie et pratique divinatoire se valident l’une l’autre. Le thème individuel renvoie au monde, la vision du monde éclaire le thème individuel. L’individu, fragement ou réplique du Grand Tout, obéit aux mêmes lois, est traversé par les mêmes forces que l’univers lui-même ».
    Presque tout est dit, et bien dit, sur le fondement de notre astrologie… que n’importe quel honnête chercheur peut donc retrouver facilement, à l’égal des trois enquêteurs d’Edgar Morin. Connaissance de la structure de l’astrologie et représentation du monde sont indissociables pour « faire de l’astrologie ». Autrement dit : l’astrologie conduit à la représentation du monde, à la vérité du monde.

    « Pourquoi les astrologues n’ont-ils pas cherché le soutien d’un homme comme lui ? » me demandez-vous. Sans doute parce que les astrologues n’ont pas su -ou pas voulu, ou pas désiré – sortir de leur ghetto pour frayer avec les grands problèmes de notre société en donnant le point de vue de l’astrologie quand les lois universelles sont en jeu. J’ai essayé, il y a peu encore, d’alerter la Fédération sur cette question… en vain. Nous ne pouvons nous rencontrer utilement avec d’autres chercheurs – et redorer l’image de l’astrologie – que sur des problèmes communs de civilisation, et non point en continuant à admirer notre nombril d’astrologues. Il faut dire également que les médias, qui pourraient provoquer de telles rencontres, sont aujourd’hui plutôt orientés vers des sources d’émotions faciles que vers un tel objectif. Aujourd’hui cependant, pour être écouté, mieux vaut être un groupe représentatif d’une vision du monde qu’un individu isolé. Je vous enverrai l’Argumentaire-presse par un prochain mail. »

    Il m’adresse donc l’argumentaire-presse de l’ouvrage qu’il cherche à faire paraître : L’ASTROLOGIE, UN CHEMIN VERS LA VERITE DU MONDE
    Après lecture, je lui dit que ce serait bien d’avoir une préface d’Edgar Morin, et comme je lui dis avoir eu l’occasion de communiquer avec lui, il me répond :
    « Bien entendu, je serais très honoré qu’Edgar Morin signe une préface à mon livre, et je crois, comme vous, que ce serait bon pour l’astrologie.
    Mais préfacer un livre traitant d’astrologie, c’est, en quelque sorte, lui paraître favorable, et la plupart des scientifiques refusent ainsi de s’afficher. D’autre part, M. Morin n’est pas astrologue, et on hésite à préfacer un ouvrage dont on ne peut être certain de la justesse des propos… A moins que M. Morin, dans sa préface éventuelle, ne retienne que la thèse de mon livre : l’astrologie, un chemin vers la vérité du monde, puisque sa fondation révèle une civilisation tout autre que la nôtre et qui pourrait nous aider grandement à trouver une alternative à la nôtre qui atteint son seuil ultime de contradiction avec la véritable nature humaine.
    Je vous laisse toute liberté pour questionner M. Morin sur le principe d’une préface. S’il est d’accord, je lui adresserai volontiers mon manuscrit et, par la suite, je l’informerai des décisions de l’éditeur dès que je les connaîtrai. »

    J’ai donc adressé un mail à E. Morin, qui m’a répondu qu’il ne faisait plus de préfaces (je n’en crois rien). Quelques mois plus tard, j’entends un écrivain – écrivain voyageur – parler de son livre… préfacé par Edgar Morin !
    Ferdinand David a raison : il faut du courage de s’afficher ainsi. Il en parle dans ses ouvrages (La Voie, 2011) ; mais il y un pas qu’il n’a pas eu le courage de franchir.

    Quelques années plus tard, j’évoque le sujet avec une voisine (son compagnon pratique l’astrologie en amateur) ; elle m’offre « La croyance astrologique moderne », qu’elle a trouvé d’occasion sur internet.
    La conclusion d’Edgar Morin montre bien qu’il a compris les fondements et le principe de l’astrologie :
    « La base anthropologique de l’astrologie est constituée d’une part par un principe organisateur selon lequel le ciel astral dirige, voire programme, l’homme (individu ou société), d’autre part par l’idée d’une parenté profonde entre l’astre et l’homme.
    Cette parenté est devenue aujourd’hui implicite, à demi consciente ; mais elle a atteint son empan maximal : en effet, la psycho-astrologie moderne, présuppose une relation fondamentale entre, d’une part, ce qu’il y a de plus intime et de plus subjectif – la psyché individuelle – et, d’autre part, ce qu’il y a de plus éloigné, de plus extérieur, de plus objectif : la configuration du ciel de naissance (…)
    Mais le vrai terrain de l’astrologie moderne, c’est le sujet (…) De fait, l’astro-psychologie prend la place d’une science de la personnalité qui n’existe pas encore, ou du moins que la psychanalyse ne fait que griffonner. Du reste, comme la psychanalyse, l’astrologie plonge dans les profondeurs de la psyché, y apporte son code symbolique, ses modèles systémiques et structuraux. Plus encore que la psychanalyse, elle offre au sujet, pour qu’il se reconnaisse, un discours métaphorique qui parle à la fois le langage d’un savoir et son propre langage subjectif. Elle apporte au sujet une réponse à l’obscurité mystérieuse de sa propre identité. Et, continuant là où la psychanalyse s’arrête, elle lui reconnaît et lui définit sa propre singularité en l’initiant à l’information générative – son A.D.N astral – qui détient les potentialités et les ferments de son destin. »

    Dans La Voie, 2011, il reprend les propositions d’ETHIQUE pour une Grande réforme de civilisation, mais de façon plus concrète, avec notamment un chapitre sur la situation de la médecine occidentale, qui ne pouvait que m’enthousiasmer par sa lucidité (j’ai travaillé dans une Clinique médicale infantile, un laboratoires d’analyses médicale et pharmacie, puis un CHR, et enfin dans l’industrie pharmaceutique, comme vous).
    Une médecine dont il dit les limites, les insuffisances, les ambivalences : de même que les progrès accomplis dans les connaissances scientifiques produisent de nouvelles ignorances dues à la disjonction et aux compartimentations entre disciplines spécialisées qui empêchent de concevoir les problèmes globaux et fondamentaux, paradoxalement les progrès de la médecine provoquent des régressions de connaissance et de nouvelles ignorances.
    L’individu traité est perçu comme patient, mais ignoré comme personne. La médecine traite un organe, soigne un organisme, rarement la personne, laquelle est insérée dans un contexte, d’abord familial. Il y a la famille, mais il faut aussi compter avec le milieu. Des malades errent de médecin en médecin, se plaignent de fatigue, etc. Médecins et malades ignorent que ces affections sont des maladies de civilisation qui résultent de la vie urbaine.
    L’individu vit au sein de plusieurs cercles. Il n’y a pas seulement le milieu urbain et le milieu social. Nous sommes sur une planète dotée d’une biosphère, et nous-mêmes en faisons partie. Nous sommes constitués principalement d’eau ; et d’éléments et de molécules qui se trouvent sur la Terre. Nous respirons l’air. Nous retrouvons là une idée des anciennes médecines traditionnelles pour qui l’eau, le ciel, la terre, l’air étaient des présences actives en l’être humain lui-même.
    Il est avéré que certaines personnes sont perturbées au moment de la pleine lune. Nous savons que nous sommes quelque part dans un système solaire dont l’astre central est en éruption permanente. Les interactions entre les planètes pourraient avoir un certain rôle sur nous, même si ce n’est pas celui que prétend avancer l’astrologie classique (???) Nous sommes des enfants du Cosmos : nos particules sont nées lors de ses premières secondes, nos atomes de carbone se sont créés dans un soleil antérieur au nôtre. Tout en étant évidemment différents par la culture, par la connaissance et la science, nous portons en nous tout l’héritage de la Vie, nous sommes une minuscule fraction intérieure du Cosmos qui lui-même est à l’intérieur de chacun de nous.
    Notre science et notre médecine nous ont isolés de notre monde comme si nous y étions étrangers. Nous devons rappeler la totalité complexe à l’intérieur de laquelle nous existons, vivons, souffrons, sommes heureux, malheureux, malades ou bien portants.
    Ajoutons que le médecin doit posséder une vertu enseignée nulle part : le flair, ce « je ne sais quoi » dont Jankélévitch a montré toute l’importance, c’est-à-dire l’art du diagnostic, du pronostic et de la prescription. Le bon médecin, en quelque sorte, anticipe la crisis, et peut ainsi intervenir au plus tôt, vu que l’on soigne plus aisément les maux à l’état naissant que losqu’ils s’enracinent. Ce type de médecin-là tend à disparaître ; il est remplacé par le médecin généraliste urbain, lui-même réduit au plus bas rang, qui reçoit les patients très rapidement sans même prendre le temps de connaître leur biographie.
    Nul enseignement de la médecine, nul enseignement universitaire ne montre que l’être humain est multidimentionnel : qu’Homo sapiens est aussi Homo demens, que son cerveau est, selon l’expression de Paul MacLean, triunique. Nul enseignement médical ne montre que l’être humain n’est pas une machine triviale dont on peut prédire le comportement quand on connaît ses input, mais qu’il recèle en soi une potentialité d’inattendu, d’hors-normes. Nul enseignement de la médecine ne nous montre la nécessité de la sympathie pour comprendre autrui, pas plus que celle du vouloir-vivre (Nietzsche), du « conatus » (Spinoza) (…)

    Il propose des voies réformatrices :

    La réforme des études de médecine
    Celles-ci devraient comporter :
    – un enseignement de sciences humaines intégrant psychosociologie des médecins et sociologie des médecins,
    – un enseignement de civilisation (voir le chapitre « Réforme de l’éducation »),
    – un enseignement sur la complexité humaine situant l’humain dans la nature vivante et dans le Cosmos,
    – un enseignement de connaissance et de pensée complexe qui permette d’affronter les relations entre le local et le global, la partie et le Tout, ainsi que de surmonter les disjonctions et compartimentation liées à la spécialisation.

    La réforme de la relation médecin/patient
    La réforme de la relation généraliste/spécialiste

    De multiples voies de guérison
    La médecine occidentale privilégie les médicaments de l’industrie pharmaceutique et l’usage de la chirurgie. Elle pourrait élargir son éventail thérapeutique en utilisant les médecines douces pour les affections qui ne requièrent pas un traitement de choc.

    La voie des symbioses entre médecines

    Edgar Morin propose de réhabiliter les autres médecines, notamment par les plantes (la médecine de nos grand-mères), ainsi que les médecines traditionnelles : dans les pays occidentaux, il n’y a que la médecine dite « normale », conventionnelle. Mais ailleurs existent encore des médecines traditionnelles propres aux autres civilisations. On a une vaste pluralité de médecines qui pourtant sont ignorées ou méprisées. Nous devons prendre conscience que la pluralité et la diversité des médecines constituent une extraordinaire richesse pour l’espèce humaine. Mais il y a non-communication entre elles à cause du mode de pensée de la médecine occidentale qui se considère comme la seule vraie médecine et exclut de qui lui est étranger. Du reste, la carence communicationnelle est l’un des traits majeurs de cette médecine où les différents compartiments spécialisés ne communiquent pas les uns avec les autres. »

    Pardon pour la longueur, mais au cas où vous ne l’auriez pas lu, et comme nous avons un casier commun (non pas judiciaire, mais professionnel) dans l’industrie pharmaceutique, j’ai cru bon de rapporter encore ces propos d’Edgar Morin.
    J.T

    • Merci, chère madame, pour ce long et passionnant exposé concernant la pensée d’Edgar Morin pour laquelle et telle que vous la présentez, je me sens beaucoup d’affinités.
      Mais il me faut remarquer que l’obstination dans l’erreur qu’il a manifestée pendant de si nombreuses années en faveur du marxisme soviétique, l’a complètement déserté lorsqu’il s’agit de témoigner en faveur de l’Astrologie. D’où son refus d’accorder une préface à un livre qui traite du sujet.
      Je voudrais évoquer, en contre-exemple, le cas de mon défunt ami Jean-Marie PELT, absolument convaincu de la validité de notre discipline et qui n’a pas hésité à témoigner de son engagement dans son ouvrage « Le tour du monde d’un écologiste », dont la préface consiste en un dialogue plein d’humour entre les planètes lentes, avec – et j’en suis très honoré – une petite note de bas de page pour signaler ma contribution personnelle dans ses prises de position.
      Néanmoins j’ai beaucoup apprécié votre témoignage: aussi bien la richesse du propos que la clarté de l’exposé et je vous en remercie bien vivement.
      Très cordialement.
      LSM

Laisser un commentaire

Archives
Visiteurs total: 654 424 👥
Moyenne de visiteurs par jour: 149 👥
Visiteurs en direct: 1 👤