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et Psychogénéalogie
De l'Astrologie à la Psycho-Généalogie...et
Vice-Versa
(Article paru dans "La Lettre des Astrologues" - Revue
de la Fédération des Astrologues Francophones - 41/43, rue de
Cronstadt - 75015 Paris)
Je vis avec la psychogénéalogie
comme avec une vieille amie que je découvre depuis quelque temps sur
le podium des prix de fin d'année, revêtue d'oripeaux (para) universitaires
! Notre liaison est lointaine car elle date des origines mêmes de mes
recherches sérieuses en astrologie (sa grande sœur) c'est à
dire en 1974.
Jusqu'à cette date - malgré la fascination qu'elle exerçait
sur moi - j'étais resté réservé sur le compte de
l'astrologie pour deux raisons que je ne ferai qu'effleurer ici.
Conceptuelle d'abord. La démarche la plus courante consistait à
saucissonner le thème : planètes en signes, planètes en
maisons, etc, avec conclusions parcellaires et contradictoires, véritable
fatras qui méconnaissait l'insécable vérité globale
du thème : hommage soit ici rendu à Claire Santagostini qui, la
première, a satisfait mon appétit de synthèse par la mise
en valeur d'un sens conducteur.
Sur le plan métaphysique, je ne pouvais me résoudre à accepter
l'idée de porter un thème astral - comme un ordinateur obéit
à des logiciels - organisant toute la richesse et la complexité
de ma vie, de mes orientations les plus personnelles et de mes choix les plus
intimes, par le jeu aveugle et hasardeux de soit-disant influences planétaires
à ma naissance. Je ne pouvais pas me considérer comme un taureau
subissant une ferrade céleste et marqué à jamais par le
fer rouge de la manade solaire (c'est la feria en ce moment à Nîmes
!) .
Avec le sens de la globalité et le rejet d'un conditionnement astrophysique,
deux autres idées me guidaient :
1. Je ne portais pas un thème en moi, mais c'est lui qui me portait,
je ne le possédais pas, mais je lui appartenais et j'étais chargé
de le « jouer » dans toutes ses dimensions humaines ; liberté
m'était donnée de m'exprimer de manière aussi originale
et créative possible, en intégrant l'ensemble de mes conditionnements
terrestres. J'étais donc orienté archétypalement certes,
mais libre des choix personnels impliqués par cette orientation.
2. Conséquemment, ce thème ne m'indiquait un itinéraire
individuel à découvrir que par rapport à un itinéraire
plus vaste. Il ne se contentait pas de dessiner les contours symboliques d'une
histoire personnelle fermée sur elle même, mais il liait cette
histoire à un plan d'ensemble qui me dépassait : histoire de ma
culture, de ma foi, de mon pays, de ma lignée...? En fait j'étais
persuadé que mon aventure ici bas ne constituait qu'un chapitre d'une
histoire venue du fond des âges faisant de moi le nouveau personnage chargé
d'inventer la suite, de faire progresser le drame. Pas n'importe comment mais
suivant une intention qui me dépassait moi-même tout en me laissant
libre d'inventer des répliques originales....
Cependant comment se distribuait cet héritage ?
Je ne dis pas « d'où me venait-il » car cela pour moi était
clair : je suis intimement persuadé que toute l'Histoire et nos destinées
sont - au plus profond - ordonnées par un plan d'ensemble conçu
par cette intelligence organisatrice que j'appelle - pour de nombreuses raisons
philosophiques - « la Providence » (d'où le nom de mon école
: « Pronoïa »).
Mais comment cette « Pronoia » m'animait-elle ?
Deux formes de pensée ont marqué mon itinéraire vers ce
que j'appelle l'astrogénéalogie ou la « cosmogénéalogie
» ; adoptées puis rejetées toutes les deux. Succinctement,
je veux parler de la théorie « réincarnationiste »
qui nous vient de l'Indouisme (et de toutes ses dérives) - et de la théorie
« gnostique » qui est celle de Jean Charon dont les ouvrages «
J'ai vécu quinze milliards d'années » ou « Le monde
éternel des éons » et cinq ou six autres encore firent mes
délices à l'époque et me parurent donner la solution de
cet enveloppement de notre histoire par une histoire plus vaste qui se révéle
dans le thème et éclaire une destinée.
En bref, ce fut la pratique elle même qui me conduisit à ce qui
- pour le moment - constitue pour moi une base solide de recherche : les liens
transgénérationnels - la transgénéalogie. D'autant
que je découvris que plusieurs psychologues pensaient comme moi et avaient
consacré des travaux au sujet. Je me mis donc à étudier
tout ce que je pouvais trouver à lire (je dois dire que cela se répète
beaucoup). Puis je fis la connaissance d'Anne Ancelin-Schutzenberger qui avait
été professeur de psychologie à l'Université de
Nice où moi-même je préparais ma thèse de philo,
je travaillai et me formai avec elle. Et de la psychogénéalogie
en consultation individuelle que je pratiquais comme Jourdain faisait de la
prose, je passai progressivement à une pratique plus élaborée
et je pus organiser des séminaires de groupe.
Je ne peux donc pas pointer le moment précis d'une « intégration
» de la psychogénéalogie à ma vision astrologique
car cette « intégration » a toujours existé. Mais
simplement le versant « psychogénéalogique » s'est
précisé, différencié, éclairé et théorisé
au fur et à mesure que j'avançais dans ma recherche et ma pratique,
et, bien sûr, au gré de mes rencontres et de mes perfectionnements
dans ce domaine propre. Ce qui était implicite devint explicite, ce qui
était empirique, expérimental.
La pratique astrologique s'est alors considérablement modifiée
et élargie elle même. Du fait même que l'histoire personnelle
se présente désormais clairement comme péripétie
d'une histoire transgénérationnelle et collective, la vision individualiste
étriquée d'un thème peut s'ouvrir à une dimension
plus-que-personnelle vraie, c'est à dire de nature vérifiable
et rationnelle échappant aux fantasmes incontrôlables d'un réincarnationisme
débridé (au sens propre du mot) et quelquefois dévastateur.
Mon principe absolu étant de ne rien dire, rien interpréter, rien
proposer à mon consultant qui ne soit accessible à son intelligence
et à ses possibilités, même relatives, de vérification
et de contrôle. C'est ma façon de respecter son intelligence, son
bon sens et sa confiance en moi.
C'est alors que j'ai pris conscience de l'importance de mon goût et de
mes connaissances en Histoire pour pratiquer la « psychogénéalogie
». Certes la chaîne familiale induit beaucoup de nos comportements
à travers les types, les modèles et les situations récurrents
mis en évidence par Anne Ancelin et tous les psy qui ont écrit
sur le sujet. Mais l'Histoire même qui enveloppe nos destinées
familiales et individuelles, ouvre des perspectives d'interprétation
et d'explication plus profonde qui seules peuvent souvent et vraiment expliquer
le nœud du problème.
Je ne peux vous donner qu'un seul exemple historique (mais de taille) à
méditer dans le cadre de cet article. Il s'agit de remarquer que dans
toute l'Histoire de l'Europe Occidentale, seuls trois souverains régnants
ont péri la tête sur le billot : Marie Stuart - Charles 1er d'Angleterre
et Louis XVI. Ce n'est pas courant un roi à qui on coupe la tête,
même chez les « barbares ». Or, Louis XVI, par le hasard des
mariages et des alliances, est le seul de nos souverains à avoir à
la fois du sang polonais dans les veines par Marie Leckzinska sa grand-mère
(on connaît l'histoire très agitée des dynasties polonaises,
associée à leurs tendances religieuses et mystique) le sang des
Bourbon et ... le sang des Stuart ce qui n'est pas rien !
Je me cantonnerai aux généalogies récentes des Bourbon
et des Stuart au moment de la naissance de Louis XVI
Amusez-vous donc à observer d'abord les thèmes des quatre souverains
Bourbon qui précèdent Louis XVI en vous concentrant sur les M
4 - M 12 - M8 - éventuellement la M 10, et surtout leurs maîtres
planétaires. Cette étude sera un peu fastidieuse, mais si vous
avez le regard « cosmo-psychogénéalogique » elle deviendra
sans doute très passionnante.
Henri IV - 24/12/1553-01.30-Pau - Louis XIII - 27/09/1601-22.40-Fontainebleau
(il existe une version pour 10.40 ?) - Louis XIV - 05/09/1636-11.11-St Germain
en Laye - Louis XV - 15/02/1710-08.03-Versailles - Louis XVI - 23/08/1754-06.24-Versailles.
Etudiez bien ces thèmes et vous y trouverez certainement une extraordinaire
faisceau convergent qui relie chez tous ces souverains les valeurs M4/M8/M12/M1/Asc
ou, analogiquement, 4ème/12ème/8ème Signes et Jupiter/Soleil
(autorité) Lune (famille, origine) Mars/Saturne/Pluton...et leurs significations
les plus sombres. Et singulièrement chez Louis XVI, point de cristallisation
ultime de tous ces rapports fortement connotés sur le plan transgénérationnel
: extraordinaire accumulation de liens entre l'héritage du pouvoir, la
lignée, les crises, les deuils, les épreuves, la foi, la vie spirituelle
et la mort chez tous ces souverains.
De ce point de vue, le thème et la vie de Louis XVI sont un saisissant
raccourci ( !) car il y a dans sa M12 et les planètes qu'elle emprisonne
toutes les références réunies d'un très lourd héritage
généalogique et de son affrontement à une crise révolutionnaire
majeure (Uranus opposé à l'amas) avec tout le sens du service
(Asc Vierge) le courage et la noblesse voulus certes (Mercure s'identifiant
aux valeurs Soleil/Jupiter à l'intersection Lion/Vierge). Mais il y a
avant toute chose les effroyables significations traditionnelles de «
Carcer » comme disaient les Anciens : l'épreuve par extrême
limitation - l'incarcération - la déchéance, l'humiliation,
le désespoir pour Louis, sa famille (Mercure et Jupiter sont M 10/M4
(la lignée) M7 (l'épouse et les aïeux) et ses enfants (K
est le symbole des «enfants » dans l'astrologie classique - Mercure
celui des adolescents, à quoi il faut ajouter Saturne M5 à la
cusp. de 5 carré DBalance (l'amour et le couple). Et il y a enfin l'otage
de gens puissants (la Convention symbolisée par l'opposition Soleil/Jupiter/Uranus).
Mais surtout le résigné, le martyre, le condamné à
mort resté fidèle à ses principes. Quels sont-ils ? Un
intense sentiment chrétien, la sublimation spirituelle... la recherche
de la libération ultime (Soleil/Jupiter en M12 - Vénus (M9) sext.
Neptune (la foi) sext Pluton (les préoccupations dernières liées
à la mort) - Saturne en Capricorne (rigueur, devoir, sens des responsabilités)
M5 et cusp. de 5 (une des 3 Maisons de l'Identité) trig. Asc. Louis XVI
a un thème de martyr chrétien, pas de roi.
On lui reproche souvent sa faible résistance et sa résignation.
Il va jusqu'à s'arranger à se faire rattraper à Varennes,
sur le chemin qui le conduit vers Montmédy pour se mettre, lui et sa
famille, sous la protection du Marquis de Bouillé ? Regrettable (ou inexcusable)
« acte manqué » ? La réponse apparaît sans doute
au détour d'une phrase de son admirable Testament : « s'il arrivait
à mon fils le malheur de régner..... ».
« Régner » est donc perçu comme un malheur dans l'esprit
de Louis XVI. Pourquoi ? A cause de l'état dans lequel il se trouve en
cette journée du 25 Décembre 1792, enfermé dans la prison
du Temple, arraché à sa femme et à ses enfants et angoissé
pour eux, attendant l'issue de son procès qui ne fait aucun doute dans
son esprit, à 27 jours d'une mort - au mieux d'un exil - qu'il pressent
toute proche ?
Que nenni : cette réflexion qui résume son destin lui est inspirée
(je propose cette hypothèse) par le poids d'une histoire familiale très
lourde à porter, faite d'échecs, de revers, de drames, d'exils,
de deuils mais aussi de trahison aux engagements religieux de Clovis, (cf. le
fameux Testament de St Rémy) à laquelle la monarchie française
n'a pas su rester fidèle et singulièrement ses ancêtres
Bourbon, déshonorant par leur « libertinage » la figure de
St Louis. Et pour inconsciemment « expier les fautes de ses ancêtres
» il se configure à la figure du Christ dont il vivra la passion.
Il pourra du même coup racheter la trahison d'une France apostate qui
a trahi l'alliance de ses origines, sa foi chrétienne puisqu'elle persécute
les prêtres et les religieu(ses)x et veut effacer tout ce qui fait référence
au christianisme, dont le roi « l'oint du Seigneur ».
Je sais que de multiples autres niveaux d'interprétation peuvent et doivent
être donnés à ces configurations, tant sur le plan personnel,
caractériel, comportemental et pratique, mais je me contente de les observer
avec vous d'un point de vue purement « généalogique »
ne l'oubliez pas, point de vue qui demande d'autres dispositions d'esprit et
d'autres informations que celles de l'astrologue pur ou du psychanalyste freudien.
Nous avons pu observer le lourd héritage astrologique venu des Bourbon
qui montent sur le trône de France après une guerre religieuse
atroce qui a déchiré le pays entre Catholiques et Protestants.
On peut penser que les ferments récurrents de ces déchirures qui
plaisent tant à notre patrie (cf l'Histoire récente) survivent
à tout, et qu'ils retrouvent toute leur virulence sous une autre forme
(politique et idéologique) en cette fin de XVIIIème Siècle.
Observons maintenant la généalogie des Stuart d'Ecosse, souverains
Catholiques et Celtes. En nous cantonnant au seul moment où leur destin
s'associe étroitement à celui de l'Angleterre, passée au
Protestantime et anglo-saxo-normande. Je n'ai pas la date de naissance de ses
souverains, aussi je me contenterai de résumer lapidairement leur destinée
individuelle quand ils vont essayer le mariage de la carpe celto-catholo-écossaise
avec le lapin anglo-saxo-prostestant.
Marie STUART : Reine d'Ecosse puis de France, veuve au bout d'un an de mariage
avec François II. Reveuvage de son 2ème mari (homo qu'elle a sans
doute fait assassiner) ; remariée une 3ème fois à un véritable
chef de bande, un rustre et un baroudeur. Pendant des années, guerres
incessantes soit contre les Anglais soit contre les Ecossais protestants qui
l'amènent à se réfugier...en Angleterre ! Capturée
par Elisabeth et décapitée après 18 ans d'enfermement (M12).
Jacques Ier, son fils, roi d'Ecosse et d'Angleterre. Le seul qui s'en sorte
à peu près bien, même s'il a à affronter la fameuse
conspiration dite « des poudres ». On souffle un peu des deux «
côtés ».
Charles Ier, fils du précédent, roi d'Ecosse et d'Angleterre aussi
bien sûr. Guerres, soulèvements, défaites, échecs,
emprisonnement (analogie M12) par le Parlement, décapité comme
sa grand-mère (ana. (M8 - M4).
Charles II, fils du sus-dit, né en plein drame, exil (ana. M12) essaye
de reconquérir son royaume, est battu par Cromwell, retourne en exil
- réussit à revenir et à s'imposer - guerres malheureuses
contre la Hollande. Doit affronter l'épidémie (ana. M12° de
peste de 1665 et la grand incendie (ana. M8) de Londres de 1666. Meurt dans
son lit, je crois. Mais dans quel état ?
Jacques II, succède à son frère Charles II. Subit la puissante
rébellion (ana Uranus et la M7/M12) des « whigs » (ancêtres
des travaillistes) - épouse une catholique (ana. M7/M9/M12) et redéclenche
une véritable révolution (id.) à la naissance de son fils
( baptisé catholique). Son propre gendre, l'enragé Guillaume d'Orange,
l'oblige à fuir en France où il meurt en exil ( ana. M12 - M4
- M8).
Jacques, Francis, Edouard (reconnu par Louis XIV comme Jacques III). Né
en exil, vit l'exil. Série d'échecs pour reprendre le trône
- reexilé - meurt en Italie. Festival M12
Charles, Edouard Stuart, fils de JIII, né en exil, prétendant
tout aussi malheureux car désormais le Parlement a décidé
que seul un « protestant » peut accéder au trône d'Angleterre
(1701). Essaye pourtant de s'imposer par les armes face à Georges II
(de Hanovre) : échecs répétés. Réexilé
en France, puis chassé de France, meurt en exil en Italie. Mêmes
observations. « Remake » festival M12.
Fermez le ban.
Par quel biais cette série de luttes, de guerres et surtout de revers,
d'échecs, d'emprisonnement, d'exil et de mort, liée essentiellement
à des questions culturelles, ethniques et religieuses (M9/M12) et à
deux conceptions antagonistes de la nature du pouvoir royal (axe 4/10)) est-elle
transmise, après fusion avec la transgénéalogie Bourbon,
dans l'approche inconsciente, dramatique, suicidaire et rédemptrice que
Louis XVI a de sa mission et de sa destinée de Roi ?
Comme le précise plusieurs fois Anne Ancelin dans ses ouvrages : on n'en
sait rien.
Mais on peut penser - hors toutes autres explications historiques, politiques
ou psychologiques - qu'il y a chez lui une sorte de loyauté familiale
à une généalogie historique marquée d'abord par
la division intérieure, le sentiment de rejet et de dévalorisation
(songez à tous ces rois exilés) le malheur, l'échec et
l'impuissance à faire valoir des droits divins liés à l'exercice
du pouvoir, le tout associé au sentiment aigu des fautes de lignée
envers Dieu, de l'apostasie victorieuse de son peuple, qui le conduiront, dans
le fond, à se conformer irrésistiblement au modèle Stuart
lors de la révolution française, et, plus intensément encore,
au modèle christique dont il épouse toute les dimensions jusque
dans ses ultimes conséquences. Et à entraîner dans le massacre,
son peuple, sa propre famille, qu'il eût pu sauver s'il avait su montrer
les dents en des circonstances précises.
Aurait-on pu le détourner de ce rôle de victime expiatoire ? Nul
ne pourra le dire, mais peut-être, la prise de conscience du poins écrasant
des « liens transgénérationnels » à des lignées
dont il assumait les fautes par « loyauté familiale » aurait
pu débloquer sa culpabilité et son comportement suicidaire...grâce
à quelques séances d'astro-psychogénéalogie. Qui
sait ? Et, de chèvre de M. Seguin, il aurait pu devenir une sorte de
Richard-Cœur-de-Lion (vous avez tous vu jouer « Robin des Bois »)
sûr de lui, sûr de sa légitimité, assumant les réformes
nécessaires dans la paix et la concorde, car Louis XVI avait toutes les
qualités morales, psychologiques et physiques nécessaires pour
mener à bien cette tâche de rénovation.
Que n'ai-je été astrologue et psychothérapeute du roi !
« La face du monde en eût été changée »
sans aucun doute (je précise que je plaisante pour les lecteur amoureux
du premier degré).
De mon point de vue, les liens transgénérationnels sont une des
clés pour comprendre les soubassements mystérieux d'une attitude
royale souvent critiquée pour sa faiblesse, ses atermoiements et ses
renoncements successifs. Or, Pierrette et Paul Girault de Cousac qui sont allés
aux sources et qui ont pris la peine d'étudier Louis XVI, ses actes,
ses écrits, ses lettres, de très près pendant cinquante
ans, nous présentent au contraire un homme courageux et ferme et sont
d'un avis - scientifiquement motivé et justifié par leurs travaux
- totalement contraire. Dont acte.
Un exemple personnel maintenant. Tout récent. Consultation avec un jeune
homme de vingt-sept ans passés, qui me téléphonera quatre
fois (après m'avoir entendu en conférence) pour enfin prendre
rendez-vous ; utilisant tous les prétextes pour reculer le moment «
fatal ». Appelons-le David né pour la Saint Martin ( !) c'est à
dire le 11/11/1974 - 06.55 - Paris.
Son thème présente un amas de cinq planètes en Scorpion
de part et d'autre de l'Asc Scorpion dont Mars sur l'Asc, et Soleil/Vénus
étroitement conjoints en M1. La Lune - M12 à la cusp. de M12 -
est conjointe à Pluton (MI) et carré à Saturne en 9ème
Maison...en Cancer. Il est aussi le 2ème M4 (ana. Cancer) avec Uranus
en M12 lui aussi.
Enfin ce même Uranus est étroitement conjoint à Mercure
(en 12 je le rappelle) M de 8 par les Gémeaux. Quel étonnant enchevêtrement
des valeurs cancer/M4 - scorpion/M8 sur fond de M1/M12 omniprésente !
Toute la panoplie classique des interprétations possibles me vient à
l'esprit en étudiant le thème avant sa visite : sentiment de perte
et d'abandon, fixation à une épreuve douloureuse de l'enfant à
laquelle il reste « accroché » et qui l'empêche de
devenir adulte, idées fixes, ruminations permanentes et sombres, auto-dévalorisation,
violence et auto-agressivité extraordinaires, attachement profond à
des personnes ou des situations aimées et haïes à la fois
; vision pessimiste et douloureuse de la vie et de la famille. Et quelques autres
considérations annexes qui n'ont pas leur place ici.
Quand je lui ouvre la porte, je vois paraître devant moi un jeune homme
aux traits fins et aigus, au regard perçant, tantôt brillant, tantôt
fixe...mais qui paraît tout droit sorti d'un camp de concentration, tant
sa maigreur est inimaginable. Effectivement il ne mange pas (« pour être
moins tendu » explique-t-il). Il vit du RMI car il n'a aucun travail depuis
au moins deux ans. Il est quinze heures, il est venu à pied du centre
ville, il est épuisé. Avant toute chose je lui propose un café
au lait, des biscuits et des fruits qu'il accepte et qu'il grignotera, très
modérément, durant la consultation.
Je résume. Sa mère, institutrice très rigide, a quitté
son père quand il avait 4 ans ½ , « vous vous rendez compte,
en plein stade oedipien » me dit-il (il a vécu pendant quelques
mois dans un centre de psychanalyse de la région, puis il s'est installé
à Nîmes il y a deux ans - sous un carré uranus/soleil-vénus-
et a repris une analyse en consultation individuelle avec un nouveau psy. Ce
qui explique ses références permanentes au freudisme).
Donc sa mère est partie. « Mais pourquoi as-tu quitté papa
» lui demandera-t-il à de nombreuses reprises durant son enfance.
Elle ne répond jamais, puis un jour lui lance « parce-qu'il n'était
pas très actif ». Soit. Mais pour autant elle n'a pas reporté
son amour sur lui. Je lui fait remarquer que l'image de ses relations avec sa
mère semble ambiguë. Il finira par approuver l'idée qu'il
avait toujours senti chez elle une sorte de surprotection de devoir, camouflant
une hostilité réelle à son égard. Sa présence
physique provoque quelque chose de douloureux et de négatif chez elle,
pense-t-il. Il faut dire aussi qu'elle a fait une fausse-couche un an avant
sa naissance et cela peut justifier les angoisses de mort qui s'attachent à
la figure maternelle (Lune/Pluton - Saturne/Cancer) et peut-être une angoisse
de mort marquant et la gestation et la naissance (de le perdre lui aussi) associée,
pour David qui s'imprègne des émotions maternelles, au ressentiment
qu'il ne soit pas « l'autre » conçu sans doute dans une meilleure
atmosphère et dont il a pris la place. Après tout, tout cela est
parfaitement valable compte tenu de ce qu'on observe dans le thème.
Et son père ? Son père, malgré tout le besoin que David
en avait (soleil/vénus trig. Saturne), ne s'est plus vraiment occupé
de lui. Il n'habitait pourtant pas très loin, mais il avait fondé
une autre famille et avait autre chose à faire. En retrait, irresponsable
(saturne/cancer)
Les mots sortent difficilement. Il rêve et fixe quelque chose dans le
vide avant de répondre, il hésite, se reprend, et se nie lui-même
en permanence en dévalorisant ses propos, ses intuitions, ses idées.
Sa mère l'aime sans doute par devoir, mais le déteste aussi par
inclination naturelle, son père l'a délaissé : oui, en
fait, il ne vaut rien, il « est une merde », il n'a pas le droit
de réussir, d'avoir un travail, d'être heureux, d'avoir de l'argent,
et même de manger. D'où son extrême maigreur. (Je résume
au maximum son ressenti).
Toute cette approche classiquement psychanalytique (son analyse freudienne commence
d'ailleurs à le raser sérieusement me dit-il) me laisse personnellement
très perplexe. Des enfants mal aimés par une mère rigide,
autoritaire, très directive, peu affectueuse et peu démonstrative
(comme l'était d'ailleurs la propre grand-mère maternelle de David,
dont la mère a reproduit le schéma) - des pères fuyants
et absents - des « complexes d'oedipe » (grande tarte à la
crème du freudisme) mal résolus, des frères ou sœurs
morts qui prennent beaucoup trop de place dans la mémoire maternelle,
c'est - pour qui fait de la consultation - extrêmement banal. On y laisse
des plumes, on s'en sort plus ou moins bien affectivement et émotionnellement,
mais on réussit certaines choses quand même. Lui rien : et il s'arrange
parfaitement pour échouer là où il pourrait réussir,
il en est conscient mais il ne peut rien y faire. Et de plus il se laisse mourir
de faim...tout en affirmant qu'il n'est aucunement suicidaire. Pourquoi ?
Je vous propose alors une clé de déchiffrage que je crois avoir
trouvée après l'avoir fait remonter un peu dans son passé
(qu'il abordera avec beaucoup de réserves, sinon de réticences).
Surtout lorsque je lui parle des valeurs religieuses familiales que je relie
à son jupiter/poissons/M4. J'ai touché juste. Il s'anime. «
Il n'en a aucune et on ne lui en a pas transmis » affirme-t-il avec un
sourire (crispé) de désinvolture.
Mais pourtant, il évoque alors le père de son père (il
ne dit « mon grand-père » et ceci est à retenir) qui
était Juif d'AFN mais « pas très pratiquant ». Ni
pour, ni contre.
Durant la dernière guerre « il s'est arrangé car il était
un peu filou » à échapper à la déportation
« en se réfugiant dans une île de l'Atlantique ». Il
avait aussi pris un nom d'emprunt.
Après la guerre il a eu un fils, le père de David. Mais, quelques
années plus tard David sait que son père s'est violemment opposé
à son père « parce-que celui-ci voulait renoncer à
tout son passé, à sa judaïté et tout le reste, et
il voulait même changer de nom, et tout et tout ; tout abandonner, tout
laisser tomber.... » (c'est David qui s'exprime comme vous vous en doutez).
Il ne m'en dira pas plus, évoquant tout cela de manière presque
évasive, comme si cela le concernait très peu. Par contre il admet
que son père en a été très affecté... «
même s'il ne pratiquait pas lui non plus ». OK.
J'ai lui ai demandé, avant de le quitter, de réfléchir
à ce qu'il venait de m'apprendre, et de décider s'il voulait que
nous travaillions ensemble sur son arbre généalogique. Il a accepté,
mais je ne sais s'il ira au bout de cette démarche. Peut-être tient-il
trop à son statut de dévalorisation et de victime expiatoire.
(Comme Louis XVI ?)
Pour ma part je propose l'hypothèse que David a hérité
à la fois du sentiment de dévalorisation extrême et de l'angoisse
de son propre grand-père qui se sentait menacé et déjà
« marqué » négativement par sa judaïté
dans le milieu qui était le sien, donc par sa généalogie
(certains mots utilisés étant très explicites) avant même
que l'Histoire ne justifie ses angoisses. David n'évoque aucunement sa
propre judaïté, sinon pour me dire que le seul cadeau que son père
lui ait fait dans sa vie, c'est « l'Etoile de David en or qu'il portait
autour du cou ». David l'a mis « dans une petite boîte et
ne l'a plus jamais touchée ». Exit la judaïté pour
lui. En fait : une judaïté conservée mais enfermée
à double-tour car ressentie sûrement comme fascinante et dévalorisante
pour lui.
David porte sans doute la colère, la honte et la douleur du fils (son
père) blessé et humilié par l'attitude du grand-père
qui a « trahi » les siens pendant la guerre » et qui a même
continué de « trahir » lorsqu'il n'y avait plus aucun danger
après la guerre puisqu'il voulait abandonner et oublier son nom. Attitude
qui ne pouvait que le conduire à devenir un père absent et rejetant
puisqu'il n'avait pas de nom ; ce qui est à peu près la même
chose: que d'être issu d'un père qui a honte de son nom, qui a
honte d'assumer son histoire, sa généalogie spirituelle et génétique.
Ce père - sans père parce que sans nom - ne pouvait transmettre
à son enfant qu'un sentiment de souillure qui le marquerait dès
les origines pour le reste de sa vie, sauf à prendre conscience que ce
qu'il portait ne lui appartenait pas.
Il faut avoir assisté à la scène pendant laquelle, lors
de la prise de RV au téléphone, David a dû me donner et
m'épeler son nom, pour deviner l'abcès purulent et douloureux
qui se cachait derrière les rires, les hésitations (tantôt
me le faisant écrire, en un mot, puis en deux mots, puis revenant en
un mot : le père était pour un seul mot, le grand-père
pour deux mots...mais il voulait le changer), les erreurs que je ne pouvais
comprendre qu'après avoir vu son thème et l'avoir entendu (dans
le thème le nom est à la fois revendiqué : Soleil/M10 en
Lion, orgueil et fierté, et ressenti comme objet de souillure et de mort
: présence en Scorpion carré MC dans son signe, et cette revendication/dévalorisation-rejet,
touche profondément le « moi » puisque nous sommes en M1).
Mais, le plus grave, c'est que je crois que David, essaye désespérément
de racheter « la faute » du grand-père en partageant le sort
de ceux - ses frères - dont celui-ci s'était désolidarisé
: il s'enferme à double tour dans la prison de l'échec, de la
dévalorisation et de la négation de lui-même (« je
ne suis qu'une merde », se répète-t-il sans cesse) situation
insupportable que les Juifs durent subir (avec quel admirable courage la plupart
du temps) de la part des nazis. Et, tout naturellement, il se laisse mourir
de faim pour réparer ce qu'il pense être la forfaiture et l'apostasie
de grand-papa et pour partager jusqu'au bout, à la place de celui-ci,
le sort de ces millions d'innocents (son peuple à qui le rattachent tant
de liens transgénérationnels refoulés) qui moururent de
faim dans les camps pour la seule raison qu'ils étaient nés Juifs.
La mort par la faim étant considérée chez certains, comme
l'acte de purification extrême. Voyez la mort de l'ignoble « papé
» dans « Manon des Sources ».
Ce sera ma tâche de l'aider à prendre conscience de cette terrible
et inutile loyauté à une destinée collective et historique
qui a affecté l'histoire de sa propre famille, l'a détruite, et
le détruit lui-même, au-delà d'une persécution qu'il
contribue à perpétuer en parachevant par son auto-destruction
le travail des persécuteurs de ses ascendants. S'il le veut bien.
Vous voyez qu'on est loin du « complexe d'oedipe » dont on lui a
rebattu les oreilles. Même si les relations directes à ses propres
parents et entre eux, n'ont pas peu contribué à accentuer la blessure
originelle de nature transgénérationnelle qui met ce pauvre garçon
au bord du gouffre.
Qu'en pensez-vous ?
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