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Libre-Arbitre et Astrologie : un « couple » impossible ?

(Article paru en 3 parties dans les N° 51 - 52 - 53 de la revue "URANIA-magazine" 3, square de Terre-Neuve 35200 RENNES)

Introduction.

On ne peut aborder une question aussi essentielle, non seulement à la pensée astrologique, mais à la pensée tout court, sans commencer par faire référence à la façon dont le problème de la liberté (et surtout du libre-arbitre qui conditionne la liberté véritable) a été résolu ou non par les siècles qui nous ont précédés.
En effet la question du « libre-arbitre » a fait l'objet d'un long débat où se sont exprimés philosophes et théologiens du XIVème au XVIIIème siècle. Débat ranimé au XXème siècle par l'apparition des idéologies et des totalitarismes actifs et meurtriers ou larvés et asphyxiants.
Donc dans la première partie de cette réflexion nous esquisserons quelques solutions proposées par l'histoire de la pensée ; dans la seconde nous essaierons de définir quelles sont la nature de la liberté et du libre-arbitre et dans la troisième nous réfléchirons sur les rapports que ces deux concepts peuvent entretenir avec une vision de la destinée qui semble, a-priori, tellement frappée de déterminisme. Je veux parler, comme vous l'avez compris, de l'expérience astrologique.

1. Esquisse de quelques repères historiques.

Pour Thomas d'Aquin, qui développe la pensée d'Aristote et l'amène à son point de perfection logique, les animaux agissent par instinct, l'être humain d'après un jugement. Ce jugement possède les possibilités du libre-arbitre,(que je définirai plus avant) sinon il ne pourrait se conformer aux préceptes énoncés par Dieu. Dieu ne peut être déterminé par qui que ce soit d'autre que par Son propre Etre, Il est donc liberté absolue, et, d'une certaine façon, nous sommes nous-mêmes configurés à Sa liberté puisque créés « à Sa ressemblance et à Son image ». Le libre-arbitre en l'homme repose donc sur l'intelligence et la volonté qui jouent librement parce-que totalement indépendants des sens (c'est à dire non conditionnés par eux).
Descartes (21/03/1596-16.00 région de Tours et A/K/N/C/P/D en a !!!) n'est pas très éloigné de l'Aquinate puisqu'il réconcilie la toute puissance divine et la liberté humaine : l'homme dispose d'une liberté infinie par laquelle il porte « l'image et la ressemblance de Dieu ». C'est du bon usage du libre-arbitre « que vient le plus grand et le plus solide contentement de la vie ». Comme quoi Descartes, s'il est le bâtisseur de la philosophie moderne, est avant tout l'héritier de la philosophie classique. C'est pourquoi la Maison VIII (héritages) en Bélier (élan nouveau) est si importante dans son thème ?

Avant lui, Erasme (?) et Luther (10/11/1483-23.30-Weimar : F/L/D/A h) s'opposent fortement sur ce thème (il est vrai que nous sommes en pleine guerre de religions) car, si selon Erasme, l'homme est doté du libre-arbitre, qui est « la force de la volonté humaine, grâce à laquelle l'homme peut s'attacher aux choses qui conduisent au salut éternel, ou s'en détourner » Luther, au contraire, considère que « le libre-arbitre n'appartient qu'à Dieu » et que de plus, à la naissance, les jeux sont déjà faits quoi que nous puissions décider ou faire. On ne pouvait attendre plus d'optimisme de la part d'un Scorpion saturnisé, il est vrai....
Après Descartes, nous rencontrons Spinoza (A/L culminants en i) le rationaliste absolu qui rejette l'idée même de libre-arbitre. Il estime que « la volonté ne peut être appelée cause libre, mais seulement cause nécessaire ». C'est à dire que la volonté, pour pouvoir s'exercer, nécessite une « cause » dont elle dépend. Mais en fait, selon lui, « les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres » parce que justement ils ignorent les causes qui les poussent à agir.
Vous voyez que Spinoza aurait pu faire un excellent astrologue déterministe ou même « karmique » puisque, par essence, le karma nous est inconnu....sauf si un gourou ou un(e) astrologue inspiré(e) veulent bien nous le révéler en analysant notre thème. Doux Jésus !

Au siècle suivant la réflexion sera enrichie de deux apports majeurs : celui de Hume (le sceptique moderne) et celui de Kant (criticiste et idéaliste philosophique). Positions aussi opposées que celles d'Erasme et de Luther, trois siècles plus tôt.
La philosophie, écrit Hume ( ?) ne nous donne aucune réponse certaine à nos questions essentielle. Elle doute de tout et doute de son propre doute. Mais il est impossible d'échapper à ces questions, à moins de vivre une existence de brute. Nous avons besoin de réponses, même provisoires. Or, parmi les guides se proposant à nous - (il en distingue essentiellement trois : la religion, la raison exaltée et la raison sceptique (la sienne !) - il faut choisir cette dernière (forcément !). Son incertitude même la recommande, car de ses réponses, au moins, nous sommes sûrs de pouvoir revenir. Et puis, autre avantage inestimable (pour lui en tout cas) : les erreurs de la philosophie sont rarement dangereuses, n'étant le plus souvent que ridicules.
On se demande alors, pourquoi entreprendre quelque réflexion que ce soit, si, au bout du compte, ne nous attendent que la quasi certitude du « ridicule » et de « l'erreur ». Bref.
Kant (22/04/1724-03.00-Koenigsberg - A/b oppo N/R- N/R trig Asc k - O b carr Asc k) a une tout autre vision des choses, qui pense la liberté comme « autonomie ».
L'autonomie est l'aptitude humaine à respecter des principes (N) moraux dictés par la raison (pure bien-sûr : N/R obligent !) et la volonté personnelle (A opp N en b/h). Le respect de la loi morale est donc le signe par excellence de l'existence de la liberté humaine . Etant entendu que les critères de fonctionnement de la raison sont « universels », c'est à dire insensibles aux conditions concrètes de notre existence et de notre personnalité singulière.

2. De quelle liberté s'agit-il en fait ?

Nul d'entre nous n'accepte l'idée de vivre dans la contrainte. Est-ce à dire que tous les hommes aiment la liberté ? Certainement pas, répondra le pessimiste, qui nous donnera maints exemples de la façon dont nos semblables s'accommodent de situations aliénantes, ou purement passives et complaisantes.
Mais l'asservissement aux puissants, aux autorités auto-proclamées, à quelque meneur habile ou exalté se réfère à une liberté autre que celle dont tout homme ressent cruellement la privation : l'absence de contraintes et l'accord avec soi-même.
On peut qualifier cette liberté de « factuelle ». Non qu'elle soit toujours présente dans les faits mais parce qu'elle n'implique aucune vision d'un idéal humain quelconque : la liberté factuelle n'est pas encore l'autonomie (étymologiquement : se donner sa propre loi).
« L'autonomie » nous dit Marc Neuberg penseur et chercheur contemporain, spécialiste des questions liées à la responsabilité « c'est la promesse de toute philosophie. Le souhait des philosophes de la tradition rationaliste (platoniciens, stoïciens, kantiens) est de prouver qu'un être rationnel qui prise la liberté désire aussi l'autonomie, qu'un homme qui se contente de liberté factuelle est, soit en contradiction avec lui-même, soit dans l'ignorance de sa véritable nature ».
Mais cette position rationaliste « est une pure illusion ! » répondent sceptiques et empiristes. Nous verrons pourquoi. « La liberté factuelle » - ajoutent-ils - « manque peut-être de grandeur mais on ne peut la rejeter comme incomplète et superficielle car il n'y en a pas d'autre ! ».
Le premier élément de la liberté factuelle est la liberté de l'action : pouvoir faire ce que l'on veut sans en être empêché par la volonté d'autrui . Bien-sûr, ce genre de définition étant impossible à appliquer absolument dans l'état de société (du moins quand elle est civilisée) amène l'inévitable problème de la liberté politique : dans quelle mesure et selon quels critères est-il légitime de contrecarrer les volontés des individus. Je vous renvoie aux bavardages politiques actuels, ils sont pleins de cette question à propos « d'incivilités » « d'insécurité » de « droits-de-l'homme » et autres circonlocutions intellectuelles (j'ai employé le mot circonlocutions pour rester poli, mais il ne traduit pas ma pensée véritable)

Il est évident que le concept commun de liberté ne se limite pas à cet aspect horizontal de liberté factuelle. Car, en effet, il nous arrive de ne pas être empêché de faire des choses que - de nous mêmes - nous aurions préféré ne pas faire. C'est ce qui se passe lorsque nous commettons volontairement un acte que nous jugeons contestable ou méprisable et dont nous ne sommes pas fiers . Etrange contradiction. Qui signifie tout simplement que nous ne pouvons pas séparer l'acte libre et factuel d'un certain sens des valeurs. Humaines, spirituelles, morales, esthétiques.
Il apparaît alors que l'homme est sensible à un second aspect de la liberté : la liberté de la volonté (et non plus seulement de l'agir). C'est à dire de l'accord de la volonté avec elle-même, l'état de celui qui voulant telle chose, acquiesce à ce vouloir au lieu d'en ressentir de la honte ou du remords.
La liberté factuelle véritable résiderait donc dans un double-accord : accord de l'acte avec la volonté, accord de la volonté avec elle-même. La réflexion philosophique a pour rôle d'éprouver la consistance interne et la cohérence de ce concept de liberté avec notre savoir sur l'homme, la nature...le ciel (celui des astrologues bien-sûr) et elle lui a donné plusieurs réponses qu'il est difficile de détailler toutes ici même si nous sommes amenés à les évoquer.
D'ailleurs, s'engager sur le chemin de ces cogitations philosophiques, c'est courir le risque de se voir démontrer que la liberté que l'on croyait posséder n'est qu'illusion. Ou bien s'entendre dire que si nous sommes effectivement libres, ce n'est pas - ou pas seulement - pour les raisons que nous croyons.

2.1. Le libre-arbitre.

Cette deuxième position (qui s'oppose à la simple liberté factuelle et qui dépasse l'autonomie de la raison) est celle des partisans du libre-arbitre . « Vous vous croyez libres » nous disent-ils « quand vous agissez selon votre vouloir et en acquiesçant à ce que vous voulez. Or vous n'êtes libres que si votre vouloir lui-même l'est aussi ».
Soit un couple dont chacun des deux partenaires considère qu'il a choisi librement l'autre. Le choix était-il vraiment aussi libre qu'on le pense ? Représente-t-il cet accord du vouloir avec lui-même dont se revendique le partisan du libre-arbitre ?
Ses adversaires affirmeront que les deux conjoints ont été poussés à se marier par tout un arsenal de raisons, de sentiments et de désirs qui conditionnent un consentement qui ne peut être autre...que le choix de l'un par l'autre. Et vice-versa.
Donc, à leurs yeux, ils ne sont plus libres sur le plan de leurs motifs et raisons d'agir, mais déterminés par leurs propres désirs. Que leur répondre ?
Pour maintenir malgré tout la liberté de ce choix (non imposé par quelque donnée intérieure ou extérieure que ce soit) il va nous falloir admettre, contre ces adversaires, que la volonté n'est pas la résultante d'un ensemble d'éléments qui lui sont extérieurs et nous inclinant vers un tel choix ; mieux, il nous faut affirmer que celui-ci procède, en dernier ressort de l'acte d'une volonté qui se place au-dessus de nos raisons d'agir, motifs, désirs et autres penchants.
L'objection classique à cette idée de « libre-arbitre » (des choix et une volonté totalement indépendants de motifs quelconques) est qu'elle est absurde (c'est à dire : sans raison au sens fort), car nous ne pouvons concevoir un choix radicalement indéterminé.

Objection délicate. Mais est-elle recevable ?
Oui et non comme j'espère le démontrer dans la suite de cette réflexion.
Car, que la liberté contredise la raison ne constitue pas, pour les partisans du « libre-arbitre » (dont je suis, bien évidemment) un argument contre la liberté mais nous montre simplement les limites de la raison.
Position philosophique difficile que celle du « libre-arbitre » qui a son point faible si voulons absolument nier quelque cause transcendante, comme le font les rationalistes conséquents. Ce que nous ne sommes pas puisque nous sommes astrologues et que nous avons une conception beaucoup plus ouverte de la raison et de ses possibilités.

D'autant plus que les dits partisans du libre-arbitre ne prétendent aucunement au statut « d'inspirés », car nous ne serions plus dans en philosophie mais en mystique. Pire car ils affirment : « La notion de libre-arbitre a beau être incompréhensible en apparence, nous y sommes cependant conduits par la raison elle-même dès que nous voulons justifier notre croyance commune en la liberté de nos choix ». Voilà qu'ils retournent la raison contre les rationalistes. Quel culot. Nous y reviendrons.

L'amusant c'est que cette affirmation semble alors conduire tout droit à une sorte d'idiotie morale généralisée. En effet, être incapable d'expliquer pourquoi, en fin de compte, on a agi ainsi et pas autrement, c'est idiotie morale. Et c'est pourtant ce qui paraît s'imposer si nous partons de l'hypothèse d'une volonté non causée (c'est à dire entièrement libre de ses choix, indépendante des motifs affectifs, objectifs, émotionnels, matériels et sensibles) car la conséquence directe en est que fondamentalement, nos choix deviennent inexplicables.
Certes nous croyons agir et prendre des décisions pour des raisons estimées les meilleures et nous pensons que ces raisons expliquent nos actions et fondent notre responsabilité. Cela c'est la partie rationnelle de l'iceberg. Cependant, la thèse du libre-arbitre implique que cela n'est jamais l'explication ultime. Qu'il n'y a pas d'explication ultime. Qu'en fait, le choix libre est synonyme de choix inexplicable. Ce qui nous rend incompréhensible à nous-même et aux autres.
Mais, qui peut bien croire à cette idiotie morale généralisée, infirmée par chacun de nos actes, chacune de nos pensées et par l'ensemble des échanges humaines à l'intérieur de la culture ou de la civilisation ?
« Nous voilà au rouet ! » comme dirait la belle marquise de Sévigné.

Alors, au terme de cette première étape de la réflexion, certains esprits chagrins pourront conclure de cette façon :
a) notre croyance à la liberté conçue de manière un peu plus rehaussée que simplement factuelle (j'agis ainsi parce que rien ne m'empêche d'agir autrement et parce que j'en ai envie), présuppose le libre-arbitre
b) or, le libre-arbitre est une chimère
c) donc notre liberté est elle-même chimérique.
CQFD.
En quoi ces pessimistes, outre qu'ils ruinent tout effort de réflexion et s'enferment dans ce nihilisme si propre à la pensée moderne, s'enferment aussi dans un piège redoutable. Car ils admettent implicitement - si on les lit bien - que la liberté est inconcevable sans libre-arbitre et le pose comme condition incontournable de la dite liberté. Tel est pris qui croyait prendre.

2.2. Liberté de l'action.

Piège que les « empiristes » (Voltaire, Hume et consorts) pensent éviter par les réponses simplistes et grossières qui les caractérisent généralement et qui font tomber la définition de la liberté un peu plus bas encore.
Après avoir renoncé au libre-arbitre ils vont qualifier la liberté factuelle, non plus simplement la liberté d'être en accord avec nos désirs et nos motivations intérieures (en renonçant à une « cause » plus relevée, indépendante de nos satisfactions personnelles) mais : de simple liberté d'agir. Je m'explique.
Si deux personnes se choisissent l'une l'autre pour former un couple (ex. précédent), leur consentement est libre...... parce que personne ne les en empêche ou - inversement - personne ne les y contraint !
Il fallait y penser. Et Voltaire, dans son article « liberté » du « Dictionnaire philosophique » rapportant le dialogue entre un empiriste (esprit éclairé comme il se doit) et un philosophe empêtré de théologie et de métaphysique, fait dire à ce dernier que si la liberté est uniquement le pouvoir de « faire », alors il n'y a plus de différence entre la liberté de l'homme et celle du chien qui peut courir après un lapin s'il n'est pas blessé aux pattes ou s'il n'est pas attaché ! Or, lui le théologico-métaphysicien, « a une âme qui raisonne beaucoup et (...) son chien ne raisonne guère. Il n'a presque que des idées simples et moi j'ai mille idées métaphysiques ».
Ce qui ne démontera pas l'empiriste qui sait bien que l'homme a des ressources intellectuelles infiniment supérieures à celles de l'animal qui lui permettent de gouverner ses appétits, mais, la différence de degré entre la liberté de l'animal et celle de l'homme pour très réelle qu'elle soit, ne s'accompagne pas d'une différence d'essence où l'homme échapperait radicalement à la nature . Même l'homme le plus sage ne saurait agir hors nature, d'où il suit que l'empiriste voltairien répond au métaphysicien : « Eh bien ! vous êtes mille fois plus libre que lui [le chien] : c'est à dire que vous avez mille fois plus de pouvoir de penser que lui ; mais vous n'êtes pas libre autrement que lui ».
Une différence « quantitative » bien vulgaire, mais aucune différence « qualitative ». On croirait assister à la controverse entre un « scientifique » lambda et un « astrologue ».
Cela vous surprend et vous choque ? Mais quand vous lisez sous la plume de Robert Changeux que l'homme est entièrement conditionné par ses neurones, vous n'êtes pas très loin de la vulgarité empiriste issue du matérialisme étroit qui nous étouffe depuis ce triste « siècle des chandelles ». Changeux pourrait répondre : « certes le cerveau de l'homme a mille fois plus de neurones que l'animal donc il est plus libre, mais il n'a pas de neurones essentiellement différents ! » ou quelque chose d'approchant.

Il est évident (pour moi...et quelques autres) que Voltaire et l'empirisme classique ont tort. La liberté de l'homme ne se limite pas à une liberté d'action, étroite ou élargie, car l'homme n'évalue pas le monde seulement en fonction de ses désirs et ces désirs en fonction de leur possibilité de réalisation dans le monde. Il évalue aussi ses désirs en fonction de valeurs auxquelles il adhère. Ce que ne fait pas l'animal (à ma connaissance). Notion qui n'est pas prise en compte par la notion de liberté de l'action car, je l'ai déjà écrit, on peut être libre de faire une chose avec laquelle on est intérieurement en désaccord.
La liberté de l'action n'est pas le tout de la liberté humaine qui est aussi liberté de la volonté. Même si elle n'est pas également répartie chez chacun d'entre nous au départ. Mais que faire si nous constatons que nous connaissons assez peu d'athlètes de la volonté ? Sacré coup porté à l'égalitarisme contemporain, b-a=ba de cette pensée officielle qui nous étouffe.

2.3. De la confusion entre « liberté » et « indépendance ».

Remarquons - diront certains - que le concept de liberté d'action, de liberté factuelle, pour important qu'il soit, est tout à fait compatible avec une vie médiocre. Ainsi, un opportuniste, un conformiste, un adaptatif extrême et servile, pourront vivre aussi heureux dans leur monde, qu'un héros moral, qu'un champion de la liberté tout azimut dans le leur.
La remarque, pour pertinente qu'elle soit, ne constitue pas une objection recevable philosophiquement.
Pourquoi ? Parce que le concept de liberté factuelle ne définit pas un idéal humain ou une réalité essentielle, mais l'une des choses nécessaires à l'homme pour être heureux. Et, s'il y a des « imbéciles heureux » il y a aussi des personnes se sentant libres tout en n'étant pas autonomes...ou indépendantes. Car la confusion est fréquente entre le concept commun d'autonomie et le concept d'idéal d'autonomie conçu par la réflexion philosophique et morale. C'est pourquoi, personnellement, je préfère désigner le concept commun par le concept d'indépendance.
J'entends par là que notre besoin d'indépendance - décider de sa vie par soi-même, ne pas subir la tutelle d'une autorisé parentale, politique ou religieuse, mépriser certaines lois, rejeter certaines contraintes - n'excède pas ce que nous nommions plus haut, la liberté factuelle. Car nous sommes toujours dans l'ordre de l'agir ou du faire.
Il s'agit de désirer et de ne pas être contraint d'agir contrairement à ce que l'on estime désirable. Un « chouté » désirera acquérir l'indépendance nécessaire (par tous les moyens à sa portée) pour satisfaire son désir. Mais sera-t-il libre ? J'en doute, car au moment même où il se « choute » nous savons qu'il n'est plus libre et qu'il entre progressivement dans une prison (Maison XII) dont il aura bien du mal à se libérer un jour. S'il y parvient autrement qu'à travers une overdose...Ainsi, réaliser cette plate autonomie ou cette indépendance ne dit strictement rien sur la nature morale ou ontologique de l'individu, car elle est tout à fait compatible avec une vie égoïste ou avec une vie sans liberté réelle.
De plus elle est parfaitement illusoire en définitive car on ne se dégage jamais totalement des conditions existentielles qui nous ont fait pour une large part ce que nous sommes. Que nous nous adaptions ou que nous nous révoltions, c'est tout un : nous réagissons à un état donné dont nous sommes solidaires.
Or, c'est de cette nature essentiellement libre (ce qu'on en fait après est un autre problème) dont il était question avec la notion de « libre-arbitre » qui seule intéresse vraiment l'astrologue qui se demande, en observant l'indissociable harmonie qui s'établit entre un homme et son thème, s'il doit ou non rejeter la possibilité d'un « libre-arbitre » quelconque.

Mais - diront certains - il ne faut pas s'arrêter à cet usage plat du concept d'autonomie (que vous appelez indépendance) il faut aller plus loin et comprendre que l'autonomie consiste à vivre selon ce que la raison dit vrai. L'autonomie - en son sens philosophique cette fois-ci - rejoint l'auto-nomie (comme je le faisais remarquer plus haut) c'est à dire la capacité de se fixer à soi-même sa propre loi, sur la base de critères rationnels.
Réponse ambiguë. Qui est celle de Kant, par exemple.
Voyons d'abord le bon côté de la réponse rationaliste.
Obéissant à la raison, celui dont la vie verrait les lois s'effondrer les unes après les autres (c'est un peu notre cas actuellement) leur obéirait quand même par conviction réfléchie en obéissant à la raison. Il s'y conformerait dans la mesure où il estimerait que les conduites prescrites sont justes et rationnelles en soi. Ce concept de l'autonomie joue un rôle fondamental dans la morale de Kant comme le savent la plupart d'entre vous ayant fait « Terminale Philo ». Le sujet autonome, confronté à un problème pratique, suivra une règle d'action absolument désintéressée, se guidant d'après ce qui est juste en soi, c'est à dire pour une communauté d'êtres purement rationnels (c'est la phase k dans le cheminement du zodiaque et ce n'est pas pour rien que Kant à un Asc k trig. N/R).

Mais voilà : l'être humain n'est pas un pur esprit. Quel avantage tirerait-il donc d'agir selon le « rationnel » en soi, indépendamment de toute fin empirique de vivre, à la limite, comme si le monde n'existait pas ? demande le diablotin qui accompagne tout puritain (comme Kant).
Nous retombons alors dans l'opposé polaire du rationalisme pur et dur, c'est à dire dans l'empirisme, voire dans l'utilitarisme qui nous disent que l'unique chose certaine est l'existence de nos impressions ou affections, par ailleurs incommunicables. Dès lors la seule règle de vie rationnellement défendable (il faudrait écrire raisonnablement plutôt que rationnellement) consiste à suivre notre nature animale, qui, d'elle même cherche le plaisir et fuit la douleur. On aboutit à un sensualisme extrême, recherchant ou accueillant le plaisir en quelque sorte par principe philosophique et conviction rationnelle !!!
La vie d'un homme qui se gouvernerait sur ces principes ne serait donc pas plus affectée par la disparition des lois que celle du stoïcien ou du rationaliste pur et dur, puisqu'il vivait déjà dans l'indifférence aux lois. Et cela, non par simple égoïsme individuel, dira-t-il fort logiquement, mais par souci d'autonomie, par volonté d'obéir à la seule raison désintéressée, qui retient justement et rationnellement que le principe du plaisir est le seul principe rationnellement certain et valable universellement.
Nous voilà de nouveau « au rouet » car la raison prise comme fondement de la liberté nous conduit, tout aussi logiquement, à l'austérité kantienne et au sensualisme hédoniste qui marque tant notre culture actuelle. La raison, tout aussi cohérente avec elle-même, peut aussi bien choisir et très logiquement, l'universalité des lois comme critère absolu, ou l'universalité du principe de plaisir, tout aussi universel, puisqu'il est consubstantiel à la nature humaine !
Rationaliste, Stoïcien ou Hédoniste même combat : on obéit tous à des lois qui garantissent notre liberté...mais pas les mêmes !
Nous voilà bien avancés...

Retour non peut-être au pessimisme mais bien au scepticisme si commode (puisqu'il n'empêche rien). Evitons de trop vouloir cerner le concept de liberté car notre raison ne peut rien atteindre de certain et nous finirions par tomber dans l'erreur et le ridicule, « comme ce pauvre idéaliste de Kant ou ce pauvre sensualiste d'Aristippe de Cyrène qui affirment des choses contraires sur la base du même concept d'universalité des lois » pourrait-on éventuellement ajouter. C'est exactement la position de Hume, le grand sceptique du XVIIIème siècle.

Conclusion Provisoire.

Jusqu'à présent je me suis borné à vous présenter les différentes positions de notre tradition philosophique occidentale sur la liberté et le libre-arbitre.
Cela me paraissait tout à fait nécessaire car, en un tel sujet, on ne peut pas se borner à un échange d'opinions de « café-philo ». Il fallait pouvoir étayer notre exposé sur des fondements intellectuels solides, par respect pour le sujet donné, par respect pour les lecteurs qui voudront bien me lire jusqu'au bout. Ce que je me suis efforcé de faire, m'effaçant totalement devant la pensée des auteurs présentés (parmi les plus représentatifs, je l'ai dit). J'espère simplement avoir été assez clair et assez schématique pour n'avoir pas lassé ou incommoder quelqu'un.
Mais n'oublions jamais que nous astrologues, avons d'une part l'obligation de répondre clairement à qui nous interroge sur la façon dont nous réconcilions (ou non) le « déterminisme » astrologique avec la question de la « liberté » qui fait couler tant d'encre et de salive à notre époque. Mais nous avons d'autre part la nécessité impérieuse d'être au clair avec nous-même car de nos positions - plus ou moins claires à nous-mêmes - dépendront largement la façon dont nous aborderons la résolution des problèmes apparus dans le thème de notre consultant, et, en définitive, la façon nous le conseillerons. En respectant sa liberté ou non.
Ceci précisé pour mieux faire comprendre mes intentions, c'est maintenant ma propre vision du problème que je vais essayer de vous présenter et je remercie Urania de m'avoir forcé à mener pour vous ce travail de réflexion et d'élucidation que je n'avais pas totalement accompli pour moi-même. Comme quoi, la meilleure façon de clarifier un domaine est toujours de devoir l'exposer (ou l'enseigner) aux autres.
(PREMIERE SECTION POUR LA PUBLICATION)

3. Et le « ciel » dans tout cela ?

Faisons le point. A quoi avons-nous assisté au cours de l'exposé précédent ramené à ses lignes directrices les plus simples ?
A l'effondrement d'une liberté de fait ou d'agir qui reposerait
- soit sur la libre expression de motivations irrépressibles en elles-mêmes et qui constitueraient en fait la liberté elle-même,
- soit sur la non-entrave ou la non-obligation concrètes ne nous distinguant en rien des animaux ; liberté simplement circonscrite de ne pas être empêché, comme un homme de courir s'il n'est pas enfermé ou cul-de-jatte.
Pourquoi cette liberté définie de cette façon s'est-elle effondrée malgré la vigoureuse argumentation des empiristes et autres sensualistes ?
Parce que nous avons découvert que nous pouvions agir contre nos impulsions en choisissant des valeurs d'action qui pourraient être étrangères ou contraires à nos simples désirs.
Mais qu'est-ce qui, en nous, pourrait bien fonder ces valeurs dégagées de nos impressions et de nos intérêts sensibles ?
La raison, répondent en chœur les rationalistes de toutes obédiences (et il y en a plusieurs). La raison en ce que « faire un choix libre » c'est faire un choix à partir d'une loi qui pourrait être acceptée par n'importe quel sujet rationnel (le fameux critère d'universalité kantien qui a si profondément marqué l'enseignement de la 3ème république).
Mais la raison raisonnante s'est effondrée aussi, car le choix du plaisir comme principe s'est révélé comme aussi rationnel (ou aussi universel) que le principe d'auto-nomie qui voulait que le sujet rationnel obéisse aux lois qu'il s'est données grâce à sa raison désintéressée. Les axes b/h et e/k se sont retrouvés dos à dos, si je puis m'exprimer ainsi....comme ils l'ont toujours été d'ailleurs. Quel travail que de les réconcilier ! Passons.
Restait la position du « libre-arbitre » : dans l'homme : la liberté est garantie par la totale indépendance de l'intelligence et de la volonté par rapport à tous les motifs qui pourraient les influencer ou les circonvenir de l'intérieur ou de l'extérieur. En dernier ressort un choix libre est un choix inexplicable puisque totalement indépendant des motifs apparents qui l'ont conduit à s'exprimer.

Mais le bon sens voudrait qu'un choix sans raison soit un choix absurde, donc idiot moralement.
Absurdité qui ne gêne aucunement (mais pour des raisons exactement opposées à celles qui fondent le libre-arbitre) un J.P Sartre dont la pensée a marqué deux ou trois générations d'étudiants en philo et qui traite du thème de la liberté en refusant toute vision « naturaliste » (l'homme gouverné par sa nature animale) et déterministe (les mœurs, l'éducation, la société) de l'humain qui l'enfermerait dans un destin qui le dépasse. Ni Dieu, ni nature ne commandent à l'homme ce qu'il doit faire. La vie humaine est contingente et dépourvue de sens. Cette contingence ou « facticité » (on retrouve la liberté de « fait ») est le fondement de la liberté humaine et la raison profonde de son angoisse (ça se comprend). La liberté ainsi définie est aussi la source de « l'engagement » qui ne peut trouver d'autres raisons qu'en lui-même.
Relever les absurdités réelles et les contradictions de la pensée sartrienne n'est pas mon propos. D'ailleurs certains l'ont déjà fait avec une verve qu'il me serait bien difficile d'égaler (Jacques Laurent, en particulier).
Mais il me fallait l'évoquer parce que sa pensée m'apparaît comme une caricature du libre-arbitre se reflétant dans un miroir déformant. « L'agité du bocal » comme l'appelait Céline, s'empare d'un concept philosophique, le triture et le dénature pour se poser en défenseur de la liberté absolue...mais il se prend les pieds dans le tapis. D'une incapacité pathologique à entrevoir la nature transcendante du monde, il conçoit - grâce à son intelligence aiguë mais faussée, à un certain talent littéraire et à sa parfaite compréhension du désarroi dans lequel se trouve la pensée après deux abominables guerres civiles européennes - une philosophie accrocheuse et radicalement iconoclaste qui ne pouvait que séduire les jeunes de son époque et des suivantes, toujours désireux - par nature - de vouloir changer le monde.

3.1. Quel est le lien qui unit l'homme et le ciel ?

De la réponse à cette question dépend la question du libre-arbitre en astrologie comme vous le devinez aisément.
Soit l'astrologie définie très simplement de la manière suivante :
« L'astrologie est constituée comme discipline par l'observation et l'interprétation des rapports existant entre deux ordres de phénomènes :
- l'un cosmique ou céleste : l'organisation du système solaire en un moment particulier de son mouvement permanent (le moment de la naissance d'un individu, par exemple)
- l'autre terrestre et humain : l'identité, la personnalité, la destinée et le devenir d'un individu observés dans leur synchronisme avec le mouvement précédent..
Cette observation et cette interprétation se fondant sur un ordre de similitude ou d'homologie généralisée se traduisant dans des mythes et des symboles, parfaitement cohérents à une raison qui ne se nie pas elle-même »

Si, contrairement à cette définition que je vous propose, on conçoit ce lien comme un jeu de déterminations mécanistes, physiques, réflexologiques , bref : naturelles (comme l'action de la B sur les marées ou la pousse des salades) il est évident que nous ne disposons plus que d'une « liberté surveillée » comme l'écrit avec tant d'humour mon excellente collègue Françoise Moderne dans ces mêmes pages d'URANIA. Quelque soit le mode d'action choisi, il est évident, dans cette optique, que nos comportements seront liés à une cause dont ils dépendent et qui se manifestera par un certain conditionnement de nos neurones, comme dirait volontiers Robert Changeux déjà cité.
Et nous donnerons du poids à toutes ces idéologies modernes qui, après avoir proclamé la mort de Dieu (Nietzsche) se réjouissent d'annoncer la mort de l'homme (Michel Foucault et les Structuralistes, Freud et son inconscient tout-puissant remplaçant Dieu et le diable, Lacan et la prééminence du langage sur la conscience, etc...). Il suffit d'ajouter quelques clignotements d'étoiles investissant la sphère de nos volontés propres et le tour est joué : il n'y a plus de liberté, il n'y a même plus d'hommes du tout, mais des marionnettes cosmiques.
Certes nous disposerons toujours d'une intelligence et d'une volonté personnelles infiniment plus étendues que celle d'un animal ; nous aurons toujours la possibilité d'obéir à un certain nombre de valeurs s'élevant au-dessus de nos intérêts sensibles, de nos désirs et de nos appétits matériels, mais s'expliquant en définitive par ce lien de dépendance ou de hiérarchie biophysique plus ou moins accentué avec le ciel.

3.2. De la perpléxité d'un astro-philosophe dit « spiritualiste » !


« L'homme et le monde ne sont pas deux entités opposées, comme le maître et l'esclave, et, puisqu'il n'y a pas de servitude, il ne saurait être de liberté pour l'homme à l'égard du monde. Il est faux de transporter l'idée purement sociale de liberté dans le domaine de la vie. La cellule vivante n'a envers l'organisme ni servitudes, ni liberté : le seul lien qui les unisse est la solidarité, l'analogie, la commune destinée. C'est aussi la situation de l'homme dans l'univers. » déclare le Dr René Allendy éminent psychiatre...et astrologue du début du siècle .

Plus près de nous Edgar Morin, le sociologue, affirme dans un entretien accordé au « Figaro-Magazine » - N°17049 du 5/6/1999 :
« ...l'une des choses les plus importantes à étudier, la condition humaine, est totalement absente dans notre enseignement qui l'a désintégrée en fragments disjoints. Or les développements récents des sciences de la nature et la tradition majeure de la culture humaniste permettraient un enseignement faisant converger toutes les disciplines pour faire prendre conscience à chaque jeune esprit de ce que signifie être humain. Ainsi la cosmologie contemporaine, qui a ressuscité et renouvelé la connaissance du monde, permet de reconnaître notre place minuscule dans un gigantesque univers et en même temps nous permet de savoir que chacun d'entre nous porte en soi les particules qui se sont formées dès la naissance de l'Univers, les atomes qu'ont forgés les soleils antérieurs au nôtre, les molécules qui se sont composées sur la terre avant toute vie. Les sciences de la terre permettent de nous inscrire dans notre planète et au sein de la biosphère.[...]J'ajoute que non seulement les parties sont dans un tout, mais aussi que le tout est dans les parties : ainsi la totalité de notre patrimoine génétique est dans chacune des nos cellules, la société en tant que tout est en chaque esprit individuel, et nous l'avons dit, chaque humain porte en lui la totalité du cosmos ».
Enfin (et nous en resterons là sur le plan des citations) voici ce qu'écrivait dans les années 70/80 Jean Charron, astrophysicien éminent :
«....il n'est pas si facile à l'homme d'oublier complètement qu'il est solidaire du monde qui l'entoure, qu'il n'est pas plus indépendant de l'ensemble du règne du Vivant que la feuille n'est indépendante de l'arbre qui la porte, même si cette feuille pense culminer dans le faîte de l'arbre [....] que son Esprit embrasse la totalité de l'Univers dans le passé comme dans le futur, et qu'il ne doit ce privilège d'éternité que, précisément, au fait qu'il n'est pas un acteur planté sur cette scène nommé « Univers » mais un acteur parmi tous les autres acteurs de l'Univers, que l'Univers ne comprend que des acteurs, qu'il n'y a pas d'autre scène que celle formée par ces acteurs eux-mêmes. Nous sommes le monde lui-même, car notre Esprit se prolonge dans tout ce qui est porteur d'Esprit dans le monde ; et notre aventure spirituelle n'est pas celle de l'Homme seulement, c'est celle du monde qui nous entoure » .

Le médecin, le sociologue et le physicien adoptent - chacun dans son registre propre - une position commune (peut-être sans s'être jamais lus les uns les autres).
Chacun affirme l'unité indissoluble homme/cosmos. Allendy évoque « la solidarité, l'analogie, la commune destinée » Charron affirme que « nous sommes le monde lui-même, car notre Esprit se prolonge dans tout ce qui est porteur d'Esprit dans le monde » et Morin que « chaque humain porte en lui la totalité du cosmos ».
Propos d'éminents « scientifiques » qui valident (s'en aperçoivent-ils ?) totalement la pensée et la pratique astrologiques. Mais la notion de « liberté » et surtout celle de « libre-arbitre » se trouve-t-elle sauvée ?
Dans une lecture « naturaliste » (de quelque façon que soit considérée la « nature » : ici : comme énergie ou comme réseau d'informations) ont peut en douter : le monde/comos, l'univers, apparaissent comme auto-suffisants à eux-mêmes et l'être humain, ordonné à l'image du « tout » n'est pas plus indépendant de ce tout que la cellule à l'égard de l'organisme tout entier comme le dit si bien Allendy.
Si bien que cette sortie de l'univers mécaniste qui, depuis Descartes et Galilée, pensait l'homme comme étranger à cet univers-machine dont il s'érigeait simple observateur objectif et totalement détaché - abandon du mécanisme, bonne chose en soi - nous fait retomber dans l'ornière de déterminations cosmiques à première vue peu compatibles avec la liberté et le libre-arbitre, spécifiques de la nature essentielle de l'être humain.
Si la cellule vit en parfaite symbiose d'un organisme avec lequel elle entretient des rapports que je qualifierais d'hologrammiques, et que, par essence, on ne peut concevoir la cellule menant une destinée propre hors de l'organisme dont elle est solidaire, ni l'organisme sans la cellule qui le constitue dans son être, l'une et l'autre ne pouvant se penser que dans une communauté de nature et de destinée, on voit mal où nous pourrions situer une quelconque intervention de la liberté, puisque la sortie de cette « commune destinée » c'est le cancer.
Cette pensée qui me paraît tellement heureuse pour réconcilier l'harmonie et le respect entre l'homme et la nature et contrecarrer les dérives mortelles d'une civilisation technicienne de plus en plus enfermée dans son instinct de puissance conduisant l'humanité vers une mort inéluctable à travers toutes les pollutions multiples, tous les dégâts écologiques et humains, toutes les dévastations prométhéennes qu'elle engendre , me paraît - du même coup - devoir compromettre, sur le plan spirituel et moral, l'idée d'un quelconque libre-arbitre de l'homme ; en tous les cas le limiter sérieusement.
C'est que, ces conceptions, pour heuristiques qu'elles soient, s'inscrivent malgré tout dans le grand courant matérialiste de notre époque en cherchant à établir une sorte d'identité entre l'esprit et la matière. Ce qui est déjà un progrès par rapport au matérialisme pur et dur qui ne voyait comme réalité ultime, éternelle et comme explication universelle que les propriétés de la seule matière en niant l'esprit.
Si le ciel, le système solaire - qu'on imaginera, pour les besoins de la cause, porteur d'une sorte de volonté cosmique - commande l'homme en tant qu'il est lui-même une cellule de ce système, il est évident qu'il faudra transférer liberté et libre-arbitre aux « volontés » qui s'expriment dans le ciel de naissance. Et nous ne pourrons plus sortir d'un destin tout tracé et échapper à des choix qui se font par-devers nous : liberté surveillée ou conditionnée.
Et donc il nous faut chercher ailleurs pour proposer une éventuelle solution qui satisfasse le « conditionnement » céleste et le libre-arbitre de l'être humain.
Nous allons tenter maintenant de vous proposer cette solution.


4. Vers une solution ?

4.1. Sommes-nous « déterminés » ?

Incontestablement. Il faut être logique : si nous ne portions pas un certain nombre de « déterminations » (qui n'ont rien à voir avec une quelconque doctrine déterministe, niant toute possibilité de libre-arbitre) notre thème natal deviendrait absolument illisible et incompréhensible.
Si nous pouvons « l'interpréter » c'est à la lumière des « déterminations » évoquées par l'ensemble des symboles qui le constituent et des inter-relations qui en forment un « tout » insécable. Même si ces symboles se présentent sous les espèces d'une polysémie infinie qui nous demande à chaque fois de favoriser de nouvelles ouvertures dans l'interprétation - ce qui fait que l'astrologie est un art et non une science au sens étroit - l'ensemble de la communauté astrologique dans le temps et dans l'espace, a pu accorder à chacun de ces symboles un registre (large ou étroit) de définitions symboliques qui, en fait, sont les « déterminations » mêmes dans lesquelles se présente un nouveau Vivant à travers son thème natal. Chacun de nous est un « mode fini » de la « substance infinie » (= dieu/nature) affirmait Spinoza. Et ce qui nous fait unique et différent du voisin est cela même qui nous spécifie ou nous « détermine ».

4.2. Par quoi sommes-nous déterminés ?

Il y a un certain nombre de déterminations essentielles qui font de chacun de nous ce qu'il est. Je ne les développe pas, car je pense que nous les connaissons tous :
- les déterminations génétiques
- les déterminations physiques, tempéramentales et caractérologiques (voir Hippocrate,Galien, Mounier, Le Senne et quelques autres) sans doute très liées aux précédentes mais à distinguer cependant,
- les déterminations éducatives et familiales (avec les ouvertures vers la psychogénéalogie à laquelle j'attache beaucoup d'importance)
- les déterminations historiques (je place sous ce vocable unique, ce que le lieu, l'époque, la culture, la religion viennent greffer sur la « nature » originelle et spécifique d'un individu donné).
Nous ne pouvons ni voler comme les oiseaux, ni vivre sous l'eau comme les poissons. Nous avons des capacités physiques limitées, même chez les plus grands athlètes. Notre tempérament et notre caractère nous conduisent vers tels types de comportements ou d'activités. Notre éducation, notre milieu, notre culture orientent (quelquefois de manière irréversible) la conduite de notre existence. Les circonstances historiques dans lesquelles nous sommes jetés (régimes politiques, guerres, conditions économiques, soubresauts de l'Histoire, révolutions et j'en passe) nous entraînent comme fétus de pailles emportés par le torrent. C'est indéniable et je ne le nie pas. Pourtant jamais notre « libre-arbitre » ne peut être entamé. Pourquoi ?
Parce que nous disposons d'un cinquième type de détermination qui contrebalance toutes les autres. Je veux évoquer :

- Les déterminations spirituelles, qui sont toujours oubliées dans les exposés psycho-sociologiques habituels - et pour cause - parce qu'elles vont à l'inverse de la pensée matérialiste dominante, toute-puissante aussi bien dans les « sciences humaines » auxquelles l'astrologie pourrait se rattacher, que dans les sciences dites « dures ».

J'entends par « déterminations spirituelles » notre capacité potentielle d'intégrer et de nous affranchir des quatre formes de déterminations précédentes inévitables, pour accéder à une destinée humaine et libre.

4.3. Par quoi se caractérisent ces « déterminations spirituelles » propres à l'homme, fondements de notre « libre-arbitre » ?

Par l'intelligence (présence de l'esprit en nous) et par la volonté (présence de l'intention créatrice en nous).
Toutes deux étant orientées, ontologiquement, vers le bien et le bonheur et indissociables l'une de l'autre. Aujourd'hui, plus que de « bien » et de « bonheur » on parlerait plus volontiers de « réalisation de soi, » voir « du Soi » - s'imposant au-delà des infinies divergences de nature et d'intérêts entre les sujets humains, et en dépit des circonstances de toutes sortes dans lesquelles ils se trouvent placés.
Qu'est-ce-que la réalisation de soi ou du Soi ? Chaque philosophe ou psychologue moderne nous donnera sa réponse. Et singulièrement les « junguiens » qui ont un discours très élaboré dans ce domaine. Les concepts contemporains de « conscience universelle » ou de « grande pensée cosmique » qu'on trouve sous la plume de différents penseurs inscrivant leurs recherches à l'interface de la science, de la psychologie et de la mystique, notamment orientale, sont certainement les plus à même d'exprimer cette dimension supérieure de nous-même qu'il s'agit de faire advenir pour nous identifier au « grand tout » et faire disparaître l'illusion (d'après eux) de nos déterminations individuelles. Je ne veux pas discuter de ces positions que je respecte, mais elles ne sont pas les miennes. Expliquer pourquoi conduirait à allonger encore cet article déjà trop long.
Pour moi, je me place en philosophe et en astrologue chrétien. Et bien que je puisse comprendre et apprécier d'autres réponses que la mienne parce que mon esprit est libre c'est la réponse chrétienne que je choisirai - après mûre délibération - parce que ma volonté est libre elle aussi et qu'elle me permet ce choix. (Alors que je n'ai pas du tout été éduqué ou conditionné au départ dans la vision chrétienne de la nature et de la destinée humaines. Preuve évidente de l'exercice du libre-arbitre en moi. NDR)

Remarquons que quels que soient nos parcours et nos conditionnements personnels, il n'en demeure pas moins que nous participons aujourd'hui, vous qui me lisez et moi qui m'adresse à vous, à une recherche totalement étrangère à nos intérêts particuliers : l'existence ou non et la définition du « libre-arbitre ». Quelle plus belle preuve de son existence que cette communion intellectuelle qu'il établit en nous ? Et quelle plus belle preuve de sa nature spirituelle (étrangère à nos « déterminations » naturelles) que l'absolue « gratuité » de cette recherche ?

4.4. Comment justifier ce libre-arbitre ?

Celui qui a consacré la meilleure réflexion à ce problème c'est Saint Thomas d'Aquin, immense philosophe, qu'on affecte de ne plus étudier dans les fac de philo, sans doute parce que son génie et son bon sens feraient pâlir bien des gloires modernes absurdement révérées.
Saint Thomas (que je résume à l'extrême, vous vous en doutez) commence par énumérer les cinq objections majeures contre le libre-arbitre, qu'il puise dans les Ecritures elles-mêmes, et qui recoupent tout ce que le bon-sens pourrait argumenter contre la possibilité du libre-arbitre.
En sens contraire, il cite l'Ecclésiaste (15,14) où il est dit « Dieu a créé l'homme au commencement, et il l'a remis au pouvoir de son propre conseil ». C'est à dire de son « libre-arbitre ». Puis il répond point par point à chacune des objections et il les démonte comme lui seul sait le faire. Je résume sa position définitive.
S'appuyant sur Aristote où il puise tous les éléments d'une pensée qui ne s'y trouve qu'en germe, il ajoute à la psychologie du Stagirite, l'idée d'une souveraine auto-détermination de la volonté quant à sa façon de vouloir et de désirer. Il arrache celle-ci au déterminisme dans lequel elle a tendance à s'engager alors même que son auteur affirme l'inébranlable responsabilité de l'homme vis à vis de ce qu'il fait de son existence. Ainsi, sommes-nous toujours et indéfectiblement libres de poser ou non l'acte de vouloir qui transforme en décision, en engagement le jugement de la raison ou des sens.
C'est à nous qu'il appartient dès lors de nous tourner vers elle ou vers eux, ou, plus exactement : vers le bien réel (configuré naturellement à l'intelligence puisque c'est par l'intelligence et la volonté que nous sommes créés à « l'image et à la ressemblance de Dieu » Bien absolu) ou vers le bien apparent (celui qui nous est présenté par les sens...qui ne sont pas toujours en accord avec le bien réel, il s'en faut de beaucoup).
Cette liberté fondamentale que refusent tous ceux qui ne croient pas que l'homme soit responsable et acteur de sa vie, pour Thomas d'Aquin, nous est donnée par Dieu qui en est le garant et le fondement. En tant qu'elle nous vient de Dieu, on peut dire qu'elle est soumise à sa Providence (Intelligence organisatrice qui vivifie, soutient l'univers et le mène vers la réalisation des plans divins : NDLR) - En tant qu'il nous la donne véritablement, il faut poser qu'elle opère réellement selon son mode propre, c'est à dire librement. Telle est cette liberté inamissible et innée.
Rien ne nous oblige à croire en son existence car ce qui échappe à l'ordre de la nature physique ne peut tomber sous le sens. (Vous remarquez que c'est l'objection principale qu'on oppose aussi à l'astrologie : on ne voit pas, on ne mesure pas, on ne prouve pas l'action des astres sur les hommes. Et pour cause ! NDLR).
Mais la nier revient à réduire à l'absurde la pratique pourtant millénaire de la justice (comment juger un homme s'il n'est pas responsable de ses actes ? NDR) ) et de la morale (pourquoi éduquer les hommes s'ils ne peuvent échapper à leurs déterminations physiques et sensibles ? NDR) : cela reviendrait à dire en somme que l'homme se trompe sur lui-même depuis le début en pratiquant une justice, une morale et une éducation totalement inutiles ?
De deux choses l'une par conséquent :
- ou bien nous croyons que l'homme n'est pas ce qu'il a toujours cru qu'il était et la philosophie est une négation de soi, un appel constant à la révolution et à la destruction ;
- ou bien nous croyons que l'homme est globalement tel qu'il s'apparaît à lui-même et, en ce cas, il est capable de connaître et d'agir librement
Selon notre réponse et l'usage que nous faisons de notre libre-arbitre, nous pouvons nous diriger ou non vers un état supérieur - il n'y en a qu'un seul - où nous gagnons une liberté-pouvoir, celle de bien vivre en acquérant des vertus. (Chacun mettra le nom qu'il voudra sur ses « réalisés » ces « vertueux » ces « sages » ces « saints »ces « maîtres », etc... NDLR).
Ainsi s'articulent les deux aspects de la liberté :
- sans libre arbitre, la liberté-vertu n'est acquise qu'au bénéfice d'un coup de chance bien hypothétique,
- sans liberté-vertu, le libre-arbitre est stérile puisqu'il ne nous permet pas de nous transformer nous-mêmes.

Conclusion personnelle : la liberté, et singulièrement le libre-arbitre, ça se travaille, ça se développe et l'astrologie est un des outils principaux qui nous soit donné pour soutenir cet effort et enfin agir librement : c'est à dire suivant notre intelligence et notre volonté véritables qui sont, toutes deux, ordonnées au Bien puisqu'elles sont - je le répète -« à l'image et à la ressemblance de Dieu en chacun de nous » (ou de l'Intelligence et la Volonté cosmique, si vraiment vous n'avez pas envie d'entendre parler de Dieu. Ce que je respecte totalement. Ou de Brahman pour les Indouistes, ou de la Conscience cosmique, du Grand Architecte, et j'en passe).
(DEUXIEME SECTION POUR LA PUBLICATION°

4.5. Quid des déterminations « astrales » dans ce contexte ?

Pour moi elles n'existent pas en elles-mêmes. Elles ne font qu'envelopper et représenter les précédentes. Pour reprendre le vocabulaire de la philosophie classique, le ciel n'est pas une cause efficiente ou matérielle, il est uniquement une cause formelle et finale.
En d'autres termes il ne produit pas ce que nous sommes, il n'intervient pas sur ce que nous sommes, mais il indique le plan sur lequel nous sommes apparus à la vie et il éclaire les expériences que nous avons à y réaliser.
Notre destinée n'est pas plus contrainte par le ciel sous lequel nous sommes nés, que notre promenade au soleil n'est dépendante de l'ombre projetée par notre silhouette, chacune, dans son ordre de réalité, exprime quelque chose qui nous est indissociable, mais n'intervient aucunement dans les directions que nous avons décidé de prendre pour nous promener.
Comme le dit excellemment André Barbault « En fait, le destin ne se déroule pas hors de l'individu ; celui-ci ne dépend pas d'une entité extérieure, en l'occurrence un corps céleste : il n'est esclave ou libre que devant lui-même. Il ne s'établit pas entre l'astre et l'homme une succession de causes ou d'effets, l'astre et l'homme sont pris au contraire dans une simultanéité globale, où l'astre est le signe de l'homme comme l'homme est le signe de l'astre ».

Certes, me répondrez-vous mais il n'empêche que si le ciel de naissance a quelque chose à nous dire de pertinent sur nous-même, c'est bien que nous sommes déterminés, donc pas libres !
Si vous me répondez cela c'est que vous m'avez mal lu ou que je me suis mal exprimé jusqu'ici. Mais cette objection, parfaitement valable, doit être démontée et, pour cela il me faut exposer brièvement la conception de l'astrologie, que j'ai eu l'occasion de développer dans d'autres articles.
Le thème, pour moi, est avant tout un héritage et un point de départ, en aucun cas un itinéraire tout tracé ou un ensemble de conditionnements inéluctables. En fait, comme je le dis souvent de manière un peu provocatrice, notre véritable thème individuel serait beaucoup plus celui de notre mort (comme aboutissement, achèvement) que celui de notre naissance.
Le ciel de naissance, lui, représente l'aboutissement d'une histoire qui a commencé bien avant nous, dans les arcanes obscures de l'histoire de l'humanité et, plus particulièrement, au plus profond des expériences vécues et transmises par notre lignée ancestrale (d'où mon intérêt pour la psychogénéalogie déjà évoqué ci-dessus).
En ce sens il nous « détermine » en tant que représentant ou reflétant les quatre ensembles de déterminations inéluctables que j'ai énumérés en amont et que nous portons en héritage. C'est en cela que nous sommes « dépendants » d'une génétique, d'un physique, d'un caractère et d'un tempérament, d'une éducation et de toutes sortes de conditionnements socio-historico-éducatifs que nous ne pouvons pas nier.
Chacun de nous représente la page blanche d'un nouveau chapitre d'une histoire qui a commencé de s'écrire bien avant que nous ne naissions, inscrite dans notre ciel de naissance et s'actualisant en chacune des métamorphoses marquantes de notre vie, car on ne peut jamais séparer un moment du processus de l'ensemble du processus lui-même (d'où la querelle entre « thème de naissance » et « thème de conception » est-elle une fausse querelle, car ils nous disent la même chose mais à deux moments-clé de notre parcours).
Mais pour réelle que soit cette dépendance globale et générale à ce dont nous sommes héritiers et des circonstances dans lesquelles nous apparaissons, si nous avons la possibilité de développer un itinéraire personnel et original c'est bien parce qu'il y a quelque chose de libre en nous, sans quoi nous ne ferions que répéter inlassablement le même « scénario » induit par l'ensemble des conditionnements qui se sont accumulés au cours de notre histoire généalogique.
Or, il s'en faut de beaucoup que, même les personnes les plus handicapées par un passé récurrent qui semble les enfermer dans des expériences négatives à répétition, n'aient pas la possibilité de décider, choisir, vivre et réaliser quelque chose d'original dont elles ne perçoivent pas toujours la valeur.
Il s'en faut de beaucoup aussi qu'elles ne puissent un jour sortir du piège des liens transgénérationnels (pour prendre l'hypothèse et le langage de la psychogénéalogie) ! Et lorsqu'elles viennent voir l'astrologue c'est justement parce qu'elles sentent bien qu'il y a une possibilité de vivre autrement ou mieux une période où un type d'expérience vitale se présente et demande à trouver une solution originale, épanouissante et créative et à amener les aspects de leur thème à rejoindre un niveau d'expression de la personnalité et d'intégration à la personnalité, supérieur à celui où il se manifestait, autant que faire se peut.
Si nous devions nous contenter de confirmer qu'une opposition Soleil/Saturne représente une profonde insécurité personnelle, sortir le couplet psychanalytique sur « le problème père » ou qu'un carré Vénus/Mars est représentatif d'un désordre plus ou moins violent dans la façon de vivre ses affects, ses sentiments ou sa sexualité, nous ne ferions que renforcer les schémas hérités. Et nous deviendrions parfaitement inutiles. Voire dangereux.
Alors que nous devons, au contraire, aider la personne à trouver la solution originale, sa solution personnelle, en éclairant pour elle son intelligence (sa capacité de se comprendre) et sa volonté (sa capacité de prendre les décisions qui la sortiront de l'ornière des échecs ou des ruptures à répétition par exemple).
C'est à dire en l'aidant à exercer son libre-arbitre.
Et même si - au-delà de la prise de conscience - un événement s'avère inéluctable (ce dont nous, astrologues, ne pouvons être sûrs) car échappant totalement à la libre disposition de la volonté de la personne (la mort d'un père par exemple ou le départ d'une épouse, etc...) il nous resterait encore à aider le ou la consultant(e) à exercer son libre-arbitre en l'aidant à trouver sa réponse à l'événement pour avancer encore, et non à le subir passivement.
J'ai bien dit « aider » et non pas « prendre les décisions à sa place ». Si nous ne savons ou ne pouvons pas faire cela, il vaut mieux que nous renoncions à ce métier, car nous devenons - je le répète - inutiles et dangereux.

Etre libre n'est donc pas faire ce que l'on veut et échapper à toutes les contingences de ce monde dans lequel nous sommes condamnés à vivre, quelquefois dans des circonstances très dures.
Etre libre c'est savoir que, quoi qu'il arrive, notre intelligence et notre volonté sont des bien inaliénables que rien ne peut entamer, même si, pour un temps, notre dépendance aux circonstances nous empêchent de les exercer. A circonstances semblables, réponses différentes : soumission ou révolte, veulerie ou héroïsme, laisser-aller et compromissions avec les facilités ambiantes ou résistance et discipline de soi en fonction de valeurs sur lesquelles on ne transige pas, chacun de nous à le choix, toujours. Même si les données dites « naturelles » semblent trop fortes pour ne pas décider pour nous en dernier ressort (appétits sensibles, intérêts personnels, passions irrésistibles, faiblesse de caractère ou agressivité et emportement caractérisant en un mot notre nature animale) il ne nous faut jamais oublier que le libre-arbitre est tout aussi consubstantiel à notre nature humaine, il est toujours à notre disposition parce qu'il représente la présence et l'activité en nous non seulement de la liberté et de la volonté de Dieu à qui nous sommes configurés, mais plus encore des desseins de sa divine Providence qui ne réalise pas Ses plans hors de nous mais en nous.
Et je terminerai sur ce point qui me semble constituer la clé ultime de l'astrologie dans sa dimension spirituelle (pour moi s'entend bien évidemment).

5. De la divine Providence : cause et garantie de notre liberté

Si nous définissons la divine Providence comme l'intelligence et la sagesse de Dieu et le gouvernement par lequel Celui-ci meut toute chose à sa fin, nous comprenons que son règne ou son action a une étendue égale à celle de son pouvoir créateur et lui est intimement lié.
Dans un sens moins connoté par le christianisme nous retrouvons la « pronoia » des stoïciens et du néo-platonisme qui peut se traduire par « intelligence organisatrice et prévisionnelle universelle ». Ce qui plaira beaucoup plus à nos modernes gnostiques qui préfèrent penser un univers intelligent et pensant par lui-même qu'un univers vivifié par un esprit créateur (Dieu) dont l'intelligence et la volonté se manifestent en toute occasion dans cette création universelle qui s'effondrerait sans lui.
Question de mode ou d'époque. Nous sommes héritiers des fortes têtes qui, depuis le XVIIIème siècle, ont cru devoir se passer de Dieu et qui, devant la pauvreté des réponses matérialistes aux questions essentielles, ont réintroduit l'Esprit non au-dessus mais dans le cœur même de la matière. C'est puéril mais les hommes ne sont-ils pas de grands enfants ?
Je ne vous exposerai pas toute l'argumentation - objections et réfutations - que la doctrine de la divine Providence a pu provoquer, j'irai à l'essentiel en ce qui concerne la question qui nous occupe ici, le libre-arbitre et l'astrologie.

Toutes les choses sont soumises à la Providence, non seulement dans l'universalité de leur nature, mais encore dans leur singularité. La causalité de Dieu qui est le premier agent (celui qui a le pouvoir en lui de décider et d'agir par lui-même NDR) puisqu'à l'origine de tous les autres agents de l'univers, s'étend à tous les étants, non seulement quant à leurs principes spécifiques, mais aussi quant à leurs caractères individuels, et ceci est aussi vrai pour les êtres incorruptibles (les esprits) que pour les corruptibles (les corps). Il est donc nécessaire que toutes les choses, quel que soit leur mode d'être, soient ordonnées par Dieu à une fin : « Les choses faites par Dieu sont ordonnées » (Paul, Rom. 13,1).
Donc comme la Providence de Dieu n'est autre chose que le plan de l'ordination des choses à leur fin, il est nécessaire que toutes choses soient autant soumises à la divine Providence qu'elles participent à l'Etre. La destination par la Providence à leurs fins propres possède une extension égale à celle du pouvoir créateur. Dieu dirige tout en tant que Créateur de tout et en tant qu'il voit tout. Ce pouvoir n'est limité ni par le hasard ni invalidé par la présence du mal (ce qui est une autre question immense).
Mais « il appartient à Dieu d'user des choses selon leur modalité » précise Thomas d'Aquin, c'est à dire « selon leur propre mode d'agir ». Comprenons que si Dieu ne respectait pas la nature dont il est l'auteur (et singulièrement la nature de l'homme qui est créé à « son image et sa ressemblance » par l'intelligence et la volonté, il faut sans cesse le rappeler NDR) il se contredirait lui-même : Dieu providentiel (causalité universelle et ordonnatrice avons-nous dit) agirait contre Dieu créateur. Ce qui est absurde.
Le libre-arbitre comme « capacité de produire des effets multiformes » (nous avons toujours différents choix qui se proposent à notre intelligence et à notre volonté dans des circonstances imposées données, ce qui confirme, à la fois notre « dépendance » extérieure et notre entière liberté intérieure NDLR) étant une perfection dans l'ordre de la création, Dieu ne peut que le respecter .
Mais alors, m'objecterez-vous, dans ce cas Dieu - en tant que créateur de tout - « cause le mouvement même de la volonté et non pas seulement la possibilité qu'est la volonté ? » .Dieu nous ferait-il violence ?
Cette action de Dieu serait violente si elle s'exerçait sur nous de l'extérieur car on réserve le nom de violence à une action dont le principe est totalement étranger au mobile (c'est à dire au sujet, pour prendre un langage plus actuel) celui-ci ne s'y prêtant aucunement. Et ce n'est que comme violente qu'elle pourrait rendre nos actes involontaires.
L'action de Dieu (à travers la Providence) est donc tout intérieure. Que produit-elle en nous ? C'est pourtant simple : le conseil (l'intelligence, l'aptitude à comprendre, juger et choisir) et la décision (la volonté : l'aptitude à décider et agir) sont tour à tour cause l'une de l'autre, il faut donc un principe premier autre qu'eux, et c'est Dieu.
Mais alors décide-t-il à notre place ?
Il y a une part de mystère dans la réponse qu'on peut apporter à cette question comme il y a une part de mystère dans la conduite de toute destinée humaine qui déborde largement le cadre de nos propres choix de vie, de nos orientations et de nos décisions. Mozart, Napoléon ou Victor Hugo ont-ils pu vraiment « choisir » de devenir ce qu'ils sont devenus pour nous ou y ont-ils été « appelés » ? Comme par-devers eux ?
Thomas d'Aquin répond « Comme [Dieu] meut toutes choses selon leur raison de mobiles, comme par exemple le léger vers le haut et le lourd vers le bas il meut aussi la volonté selon sa condition (sa nature) non pas selon la nécessité (c'est à dire, une quelconque dépendance ou obligation) mais comme se mouvant de façon indéterminée vers une pluralité d'objets ».
Donc notre volonté ou notre libre-arbitre sont soumis à la divine Providence quant à leur être même et quant à leurs opérations puisqu'ils sont créés pas Dieu qui est à la fois l'auteur et de leur nature et l'objet de leur visée ultime (le bien). Dieu est au principe même de leur mouvement qui est par nature volontaire.
Ce qui veut dire que du point de vue spirituel le plus élevé, il revient à notre libre-vouloir d'exercer ou non les actes, d'exercer les vertus qui assureront notre salut éternel. Dieu propose à notre âme les biens surnaturels qui, par définition, dépassent l'ordre de sa nature limitée, mais nous sommes libres d'accepter ou non ces biens.
En d'autres termes : agir de telle sorte que notre intelligence (éclairée par la foi, l'espérance et la charité qui ne lui sont pas étrangères) éclaire et conduise notre volonté, et que celle-ci se soumette à notre intelligence est la définition même du libre-arbitre puisque c'est agir comme si Dieu agissait en nous, c'est agir comme Lui agirait (avec ses moyens infinis, alors que les nôtres sont finis) en ces mêmes circonstances. Parce que c'est retrouver les moyens d'exercer notre nature véritable puisque nous sommes Ses fils et Ses filles, des expressions singulières et individuelles de Lui-même. Et par Lui et à travers les facultés qu'Il a placées en nous et qui sont les Siennes avant tout, se manifeste en nous ce qui nous arrache à tous les conditionnements, toutes les dépendances : j'ai nommé notre nature originellement spirituelle, divine et libre.
C'est ainsi que Dieu et la divine Providence arrivent à la fois à agir en nous et à respecter notre libre-choix puisqu'ils sont les conditions mêmes d'une quelconque liberté en ce monde et créateurs et inspirateurs des moyens qui nous sont donnés pour y accéder.

6. Conclusion : le thème natal manifestation de l a Providence et garantie du « libre-arbitre »

Pour commencer je reprendrai l'introduction d'un article qui m'avait été demandé en réponse à une homélie du pape Jean-Paul II où il tirait les oreilles aux astrologues (non sans quelques bonnes raisons d'ailleurs - NDR).
J'écrivais : « ...notre discipline se trouve à l'interface de deux lectures du monde qui ne peuvent se concilier que dans une disposition du regard qui le libère des apparences contradictoires. Notre cadre de référence cosmique et notre propre nature humaine sont appréhendés - par toutes les idéologies à la remorque de la physique mécaniste depuis trois siècles - comme les manifestations d'une monde/matière.
« Cela correspond à une part du réel (celle qui nous conditionne) dont s'accommodent très bien les astrologues férus d'influences, de signaux et de vibrations.
« L'astrologue spiritualiste l'appréhende comme un monde/révélation en continu : le monde apparent constituant le grand livre que Dieu écrit dans le ciel pour nous raconter l'histoire humaine et nous guider. Un don, une grâce qui nous sont faites pour compléter celles de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais dans l'ordre circonscrit au seul devenir terrestre......Pas de concurrence, pas de contradiction [avec le Magistère]. Ma position s'appuie sur cet amendement de la « Constitution De Fide Catholica, chap.1.Denz.1784 » qui affirme (en parfait accord avec Thomas d'Aquin et toute la tradition philosophique de l'Eglise) : « Tout ce que Dieu à créé, Dieu le conserve et le gouverne par sa Providence : Elle déploie sa force d'un bout du monde à l'autre, et régit l'univers pour son bien » (Sg 8,1). Tout est nu et découvert à ses yeux » (He 4,13) même ce qui arrivera à l'avenir par la libre initiative des créatures » (Dans 3003).
Et j'ajoutais :
« On ne peut être plus clair. L'astrologie peut donc être considérée comme une expression de cette activité providentielle d'où naissent nos dispositions herméneutiques pour mieux éclairer notre liberté entendue comme l'éclairage de la volonté par l'intelligence ».
Ce qui est le propre du libre-arbitre comme défini plusieurs fois dans cet article.
« Le ciel, outre son fonctionnement étudié par les astrophysiciens, est porteur d'un sens parce qu'il est avant tout objet et représentantion d'une Création, reflet d'une Intelligence, d'une Volonté et d'un Plan originels. Ce sens est accessible à qui sait l'interroger avec les outils nécessaires pour le faire nous parler individuellement et collectivement » ajoutais-je.
Quelle est la caractéristique principale de Dieu en tant que Créateur ? la Volonté.
Quelle en est Sa caractéristique principale en tant que Providence ? l'Intelligence et l'Organisation prévisionnelle.
Or le fait qu'Il nous ait créé à sa ressemblance et à son image, nous dote de ses propres attributs : l'Intelligence et la Volonté, comme nous l'avons déjà vu. A notre niveau bien sûr.
C'est donc une sorte de transfert de compétence qui s'opère entre Lui et nous et si nous pouvons comprendre, choisir et décider, c'est bien parce qu'Il délègue en chacun de nous les dites compétences qui sont les siennes.
En tant que nous sommes placés dans une multiplicité de conditionnements qu'il ne nous faut pas nier et que j'ai longuement définis plus haut, il est évident qu'intelligence et volonté ne pourront pas toujours donner tous leurs effets ; ou encore que nous les ferons taire parce que nous préférerons écouter d'autres voix suscitées par d'autres désirs que celui d'atteindre le Bien absolu. Mais cela n'entamera en rien la nature de ces deux dispositions essentielles de notre nature humaine auxquelles nous pourrons toujours faire appel quand nous le déciderons.
En tant qu'intelligence et volonté constituent la présence de l'Esprit en nous et éclairent ses intentions sur nous, nous sommes non seulement aptes à comprendre en permanence où se trouve le Bien absolu, mais de plus nous pouvons avoir accès à une vision sans doute limitée mais juste de la façon dont notre propre destinée s'inscrit dans le vaste plan d'ensemble de la Providence, puisque nous en sommes participants actifs.
Nous sommes donc « libres » de la liberté même de Celui qui est source de toute liberté et qui éclaire notre esprit en permanence.
Ainsi, le ciel astrologique n'est que le reflet de cette intention créatrice ou de cette intelligence organisatrice qui façonnent notre « point de vue sur le monde » (Leibniz) et dans les plans de laquelle s'originent, non seulement tous les développements de notre passé ancestral, généalogique, familial, historique mais où prend source notre propre itinéraire, notre propre désir d'accomplissement qui ne peut être contraire à l'accomplissement ultime de la création dont nous sommes acteurs indispensables. Il va alors de soi que nous sommes à la fois
- libres de choisir et de décider dans toutes les circonstances de la vie terrestre au sein des mille et unes déterminations où s'exerce en permanence notre responsabilité (et être dans l'incapacité physique ou morale de choisir c'est perdre son « indépendance » et non sa « liberté »...(sauf atteintes profondes et criminelles à notre nature humaine ; dans la folie ou par le lavage de cerveau par exemple)
- et ordonnés à une fin personnelle qui nous permet de remplir notre rôle dans le vaste projet divin en son entier.
Mais cet ordonnancement ne se fait pas hors de nous mais en nous, par les facultés mêmes qui nous font libres, puisque le travail principal consistera à s'appuyer sur, puis à intégrer, dépasser, déjouer peut-être, les conditionnements de départ exprimés par le thème natal. Sinon nous ne ferions que dupliquer un parcours et des expériences déjà accomplis. Nous ne ferions que bégayer l'histoire de nos prédécesseurs.
C'est pourquoi nous ne sommes jamais plus libres que lorsque nous sommes pleinement conscients de nous-mêmes, pleinement accordés à nous-mêmes, pleinement attachés à comprendre et à faire ce que nous avons à faire sans nous laisser détourner par des considérations étrangères au projet que nous portons en naissant, sans nous laisser engloutir par le passé généalogique, sans nous laisser envahir par toutes les pressions extérieures.

Et c'est à l'Astrologie que revient l'honneur et la possibilité - plus que tout autre discipline - de nous éclairer sur ces différents points.
Si la carte du ciel évoque des « déterminations » ce sont uniquement celles dont nous héritons. Si elle éclaire un « projet » ce n'est jamais qu'en soulignant les moyens qui nous sont offerts pour nous accomplir et dont nous userons librement (si nous le voulons) et d'autant mieux qu'elle aura contribué à nous les révéler. Elle ne nous contraint jamais, elle ne nous détermine jamais quant à notre devenir : elle nous laisse libres d'inventer une destinée qui s'accorde avec ce que nous sommes, nous portons et nous voulons parce que c'est par là, justement, que nous pouvons accéder à une destinée réelle. La bouche est ainsi bouclée.
C'est pourquoi l'astrologie est la meilleure école de liberté et de responsabilité que je connaisse. Elle constitue la garantie, la présence et le mode d'emploi de notre « libre-arbitre » que la Providence universelle, prévoyante et charitable, a inscrits au-dessus de notre berceau.