| |
Vous êtes ici : Accueil
> Articles et Conférences > Astrologie
et Psychanalyse
M. Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER
Directeur de la Publication
« psychologies magazine »
1, rue Lord Byron
75008 PARIS
Nîmes le 23 Décembre
2000
Cher Monsieur,
Lorsqu’au printemps
dernier Mme Isabelle Maury – sur les conseils de Jean-Yves Casgha qui
suit mon travail et mes recherches depuis de nombreuses années –
m’avait sollicité pour participer à un dossier que votre
titre voulait consacrer à l’Astrologie, je n’imaginais pas
que ce projet fort louable aboutirait à la mise en vedette du seul brouet
anti-astrologique concocté par Gérard Miller dont le dernier numéro
de « psychologies » a cru bon d’assurer la promotion ; avec
une visible complaisance, sans aucune distance et sans aucun esprit critique
apparents. Dispositions qui me paraissaient pourtant constituer les deux qualités
principales du métier de journaliste.
A preuve de l’accueil
favorable réservé à la production de G. Miller, les termes
de « traité d’astrologie » utilisée par votre
collaboratrice. Une distraction ? Peut-être ; il est vrai aussi que beaucoup
de journalistes devraient redécouvrir la richesse et la précision
de notre langue. Alors que l’auteur lui-même, avec une humilité
qu’on ne lui connaissait pas, préfère parler de «
pamphlet ». Terme plus adapté à la qualité de ce
travail, bien plus proche – d’après moi – de la pochade
à visée commerciale.
En tant que lecteur et abonné
de votre publication, en tant qu’astrologue attaché à une
discipline pour la défense de laquelle j’ai entrepris la rédaction
d’une thèse de doctorat sous la direction du Pr Jean-François
Mattéi, membre de l’Institut Universitaire de France, professeur
à l’Université de Nice et à l’Institut Politique
d’Aix-en-Provence, je me permets donc de vous adresser mes plus vives
protestations et de solliciter de votre part un droit de réponse.
En étayant ma demande
de quelques réflexions qui, je l’espère, ne laisseront pas
indifférent le responsable d’un très grand mensuel d’information
psychologique dont on attend autre chose que la mise en vedette de « pamphlets
» douteux.
On peut aimer ou détester
l’astrologie, comme on peut aimer ou détester la psychanalyse,
la psychologie, la philosophie, la poésie, l’histoire, la sociologie
ou tout autre discipline qui n’ont de « sciences » que le
nom tant le champ de leur activité se trouve morcelé en toutes
sortes de théories, d’écoles, de méthodes, de points
de vue, de chapelles irréconciliables les unes avec les autres ; mais
on ne peut – quand on se prétend universitaire ou « scientifique
» - exciper de l’autorité conférée par ce statut,
pour se laisser aller à publier, dans un domaine qu’on ne maîtrise
pas, un livre basé sur l’ignorance manifeste et le sectarisme.
Sectarisme qui réifie
la pensée de G. Miller. Un exemple : il s’étonne de ce que
« 80% de nos concitoyens se soient laissés berner par [le] tyran
Pétain » (que vient faire Pétain dans un article consacré
à l’astrologie ?) mais, en d’autres lieux, il se déclare
toujours « maoïste » et les millions d’être humains
sacrifiés – souvent avec une cruauté inouïe –
par son maître à penser ne le questionnent pas, ne le gênent
pas. Sans doute parce qu’ils ont été assassinés au
nom de principes philosophiques qui conviennent à notre Fouquier-Tinville
du petit écran. Que penser alors des quelques centaines d’égarés
–auxquels Gérard Miller se flatte d’appartenir -, qui, dans
notre pays, « se sont laissés berner par le tyran Mao ? »
et qui monopolisent souvent la parole publique ? La réponse de M. Miller
m’intéresserait fort.
L’ignorance maintenant
: Gérard Miller avoue dans ce même article s’être «
contenté de consulter trois ou quatre ouvrages »pour écrire
son pamphlet. Quel crédit apporter à quelqu’un qui, voulant
vraiment comprendre une discipline de l’intérieur avant de former
son jugement, se contente de « consulter trois ou quatre ouvrages »
? Est-ce ainsi que fonctionnent les psychanalystes ? Est-ce ainsi qu’ils
se forment et qu’ils prétendent « traiter » leurs patients
? Je comprends mieux pourquoi certaines personnes viennent me consulter après
dix années d’analyse pour essayer de mettre un peu de sens dans
une existence « reconstruite » par des années d’interprétation
analytique.
De quoi justifier ceux qui
ont toujours manifesté de très vives réserves contre la
psychanalyse, comme Debré-Ritzen, Dugast Rouillé, Karl Popper.
Ou ceux qui se contentent de s’interroger sur son réel statut «
scientifique » comme Mikkel Borch-Jacobsen ou Henri Ellenberger pour qui
« le fondateur de la psychanalyse s’est montré parfois ambigu
à l’égard de certains faits célèbres. Ainsi
la guérison d’Anna O. n’aurait pas été réelle,
et Freud se serait abstenu d’en faire cas pour ne pas nuire au succès
de sa théorie ». Ou encore Bertrand Méheust (philosophe
et sociologue) qui se demande « pourquoi [Freud a] peur – de façon
obsessionnelle – de la trahison de ses disciplines, s’il est convaincu
du caractère objectif de ses découvertes ? Sans doute parce qu’à
l’inverse de l’hypnose et de la métapsychique mises à
l’index, dont les faits, s’ils sont réels, sont visibles
par eux-mêmes (comme la lecture à travers les corps opaques) les
matériaux observés par Freud (lapsus, rêves, actes manqués…)
ne sont pas visibles sans un arrière-plan théorique, sans tout
un système d'interprétation qui fait corps avec eux ».
Freud lui-même, avouait
à Giovani Papini vers la fin de sa vie, que au fond, « la psychanalyse
n’est rien d’autre que l’interprétation de ma vocation
littéraire en termes de psychologie et de pathologie ». Si je comprends
bien la pensée du maître : la psychanalyse c’est du roman
! Passionnant certes, mais du roman. J’arrête là l’évocation
de ce florilège anti-psychanalytique non sans préciser que l’idée
centrale de Bertrand Méheust pourrait être exprimée de la
sorte : en prétendant libérer ses patients, Freud construit en
fait leur univers mental selon les plans de sa théorie psychanalytique,
elle-même à géométrie variable . Et je pourrais multiplier
les citations venant de personnalités fort autorisées qui considèrent
que la psychanalyse n’est pas une science et ne le sera jamais ; mais
qu’elle pourrait bien représenter, comme le marxisme dénoncé
il y a peu par un historien célèbre, une prodigieuse « illusion
»,.
Ces interrogations nous
permettent de mieux comprendre pourquoi M. Miller qui ne comprend rien à
l’astrologie (et qui ne cherche pas honnêtement à se documenter)
insiste sur le fait (rédibitoire à ses yeux) que parce que «
nous ne savons pas qui nous sommes et [que] dans une quête éperdue
d’identité, nous sommes prêts à nous retrouver sous
les masques les plus variés » l’astrologie trouve son succès
dans les réponses fallacieuses qu’elle offre à cette quête.
Alors que, Dieu merci « la psychanalyse, à l’inverse, n’offre
ni baume ni mirage : elle vise à nous faire repérer ce à
quoi notre vie est accrochée, quel désir inconscient nous tient
et nous oriente ».
Nous sommes au cœur
du problème : le champ de l’astrologie contemporaine (celle qui
naît aux alentours de années 60) recouvre et déborde celui
de la psychanalyse et elle permet très souvent de débrouiller
des situations que la psychanalyse aurait mis des mois, voire des années,
à découvrir. Certes elle n’est pas une thérapie et
ne se prétend pas telle mais elle permet souvent à quelqu’un
de ressaisir les fils de son existence sans avoir à passer par des années
d’analyse. On oublie trop que l’offensive psychanalytique apparue
en un siècle d’extrême répression de la sexualité
d’après Philippe Ariès, aboutit à la situation paradoxale
que plus elle étend ses conquêtes, plus les comportements puritains
qui avaient favorisé son influence disparaissent au profit de l’érotisme
et de la pornographie étalés partout, et plus nos contemporains
se sentent mal dans leur peau, angoissés, égarés au cœur
d’un monde devenu inhumain. Chose étrange qui doit nous interroger
sur sa nature bienfaisante et sur son efficacité sociale, vous en conviendrez.
La psychanalyse, pour asseoir
sa domination, creuse-t-elle sa propre justification dans la conscience de nos
semblables et, telle le Dr Knock, invente-t-elle les symptômes qu’elle
aura à soigner ?
Et voilà une partie
des reproches que M. Miller formule contre l’astrologie qui se retourne
contre sa propre pratique : au « ridicule » de l’astrologue
affirmant « je sais qui tu es et ce que tu veux » (sic)….et
qui ne reverra jamais son consultant s’il n’est pas à la
hauteur de sa tâche, on peut opposer le ridicule autrement plus manifeste
et plus odieux d’une certaine pratique analytique : « je sais de
quoi tu souffres, je vais te soulager, mais ça va te prendre dix ans
; et si tu n’arrives pas à digérer ton oedipe, ne t’inquiète
pas, j’assurerai le service après-vente pour dix ans de plus ;
à raison de trois ou quatre fois par semaine. De toutes façons
les problèmes existentiels, par essence ne se résolvent jamais,
alors tu vois, on a la vie devant nous car on trouvera toujours quelque chose
qui cloche ».
Quelle merveilleuse sinécure
assurée quand on connaît le coût d’une cure psychanalytique
! Que pèse, en comparaison, le prix d’une consultation astrologique
isolée dans le cours d’une existence ?
Voilà donc une première réalité insupportable :
le psychanalyste projette sur l’astrologue une ombre énorme et
cela le rassure. Psychologiquement si ce n’est moralement.
Mais il y a pire. C’est
le fait (évoqué plus haut) qu’on peut faire à la
psychanalyse le même reproche – rédibitoire - qu’à
l’astrologie : la non-scientificité (apparente ou véritable,
fondée ou réelle, peu importe) des principes sur lesquels elle
repose.
Et Gérard Miller
s’il est clairvoyant (ce dont je doute devant la suffisance de ses propos)
ne peut échapper au piège qui se referme sur lui et sur le système
qu’il défend :
- soit on considère
la non-scientificité de ces deux disciplines (non reproductibilité
des phénomènes, aucune possibilité d’établir
chacune des deux activités sur les bases hypothético-déductives
du rationalisme pur et dur qui seul fonde le concept de « science »,
interprétation hasardeuse de symboles à travers une théorie
devenue, en matière de psychanalyse, une véritable « scolastique
»). Danger immense pour la psychanalyse qui a eu l’imprudence de
se constituer sur un discours pseudo-scientifique qui lui assure considération
et respectabilité au sein de l’académisme officiel et singulièrement
de l’Université.
Si le pot-aux-roses était
découvert, il nous faudrait alors jeter aux orties les théories
de Freud avec leur compagne d’infortune, l’astrologie, qui, comme
la dite psychanalyse est un art et non une science. Avec la seule différence
que c’est un art étayé par trois mille ans de pratique et
dont aucune culture au monde n’a cru devoir se dispenser.
Ce qui est loin d’être
la cas de la psychanalyse qui s’est bâtie sur les intuitions d’un
seul homme et de ses épigones.
Comme le marxisme son compère en matérialisme.
- soit on accepte de considérer
que le réel (et singulièrement le réel humain) est susceptible
d’être appréhendé sous un autre regard que celui que
le rationalisme, le scientisme, le positivisme ont établis souvent de
manière totalitaire. On considère, par exemple, qu’il y
a une autre lecture possible du composé homme/univers que celle imposée
par le causalisme ou le mécanisme, autre lecture dont l’expression
la plus achevée – mais toujours perfectible – est ce qu’il
est convenu d’appeler «l’astrologie » (pour ma part
je préférerais utiliser le mot d’anthropocosmie). On reconnaît
enfin que certaines disciplines peuvent atteindre une « vérité
», fonder un « sens » inaccessibles à la science ;
et que ces disciplines sont des « arts » irremplaçables,
orientés vers la sagesse et non vers la production comme la science et
la technologie.
On considère, dans
le même temps, que la psychanalyse doit se reconnaître comme non-scientifique
au sens absolu du terme et qu’elle doit se penser comme un de ces arts
au même titre que l’astrologie (d’ailleurs Freud – on
l’a vu plus haut – reconnaît que la psychanalyse n’est
que le résultat d’une vocation artistique manquée).
Et dans ce deuxième
cas, l’astrologie, débarrassée de ses oripeaux mercantilo-magiques,
libérée de ses archaïsmes, retrouve le rôle éminent
que la science académique veut lui contester depuis 1666. Elle le retrouve
aux côtés de la psychanalyse, mais d’une psychanalyse délestée
de ses prétentions à dire le vrai sur « le tout de l’homme
» en tant que prétendue « science » à vocation
universaliste. La psychanalyse rentre dans son lit et elle reconnaît alors
qu’elle n’a plus rien à dire sur l’astrologie, sur
l’art, sur la culture, sur la politique (et j’en passe) et qu’elle
doit se contenter de traiter des névroses et des hystéries –
pour autant qu’elle puisse vraiment le faire - et se taire modestement
sur tout le reste. Une bonne fois pour toutes.
Quel soulagement pour tous !
Gérard Miller ressent
peut-être la portée de ces enjeux. Toute prétention à
la vérité absolue sur tout, en se radicalisant, porte à
proférer des âneries et à lancer des anathèmes. Son
statut de psychanalyste-héraut-officiel-de-la-science (science soupçonneuse,
nous l’avons vu, vis-à-vis de cette fille abâtardie issue
des intuitions d’un médecin viennois) pourrait être remis
en question. Il faut qu’on continue à l’inviter à
pérorer, de tout et de rien, pour juger, trancher et condamner (surtout
condamner : Gérard Miller a certainement raté une brillante carrière
de commissaire du peuple) : pérorer de l’astrologie, du gouvernement
de Vichy, de la voyance, de l’élevage des escargots de Bourgogne,
de la sexualité de l’hippocampe, du port du jean’s et du
tchador, du pape, du raï, de la recette des concombres à la menthe
et j’en passe. Gérard Miller est phagocyté, mangé,
détruit, par sa « persona » comme dirait Jung (horresco referens
!)
Alors il faut détourner
l’attention pour se rassurer, il faut projeter sur l’astrologie
ses propres faiblesses doctrinales, il faut se défouler de ses propres
doutes, craintes, angoisses de ne pas être aussi « scientifique
» « impartial » « objectif » qu’on veut
tant le paraître. Il faut surtout se défouler sur l’autre
des accusations de charlatan, escroc, illusionniste, dont le grand public ne
manquerait pas d’abreuver les psychanalystes si, d’aventure, la
thématique freudienne perdait le statut de « tables de la loi »
pour les autres sciences humaines. Ce qui explique la veulerie de certains penseurs
à son égard. Bref il faut un bouc émissaire qui satisfasse
ce petit monde des bien-pensants qui décide de l’alpha et de l’oméga
de ce qu’il est convenu de penser.
L’astrologie devient
alors « l’ombre » de la psychanalyse, le petit caillou dans
sa chaussure ; son double honteux, son « impensé ». Et d’ailleurs,
quand on lit le dernier ouvrage de Gérard Miller, il est vraiment difficile
de parler de « pensée ». Sauf à évoquer le
degré zéro d’une réflexion digne de ce nom.
Il faut comprendre cet homme
: il s’est constitué un personnage de procureur tel, qu’il
n’a plus besoin de connaître quoi que ce soit pour dire le vrai.
Un psychanalyste inspiré et engagé tel que lui, peut tout expliquer,
tout régenter, il est l’autorité qui délivre l’imprimatur
et le nihil obstat à toutes les autres activités de l’esprit
humain. Il n’a d’ailleurs certainement choisi la psychanalyse que
pour cela : débusquer les désirs inavoués de liberté
de pensée de ses semblables et les remettre dans le droit chemin du positivisme
mâtiné de matérialisme dialectique. Un vrai Trissotin de
la pensée unique.
Or, de nos jours, il n’est
de magistère que médiatique : il a donc dû se créer
un solide réseau de copains bien placés, qui l’invitent
pour nous évangéliser. Tout ce qui se dit « dans le poste
» ou « derrière les étranges lucarnes » devenant
la vérité à force de rabâchage, de simplification
et d’exclusion de ceux qui pourraient penser différemment, il devient
l’un des phares de la connaissance contemporaine, un « Danube du
correctement pensé ». Comment conserver ce statut si d’aventure
on s’apercevait que la psychanalyse n’est pas mieux lotie (et c’est
un euphémisme) que l’astrologie ?
Vous souriez ? Vous avez
raison. Je voulais simplement vous démontrer que même les astrologues
savent caricaturer ceux qui offrent des verges pour qu’on les batte.
Vous répondrez peut-être
: « ah, vous affabuliez !». Pas tant que cela : j’ai suivi
la logique d’une explication psychanalytique extrêmement cohérente
et totalement « infalsifiable » des motivations cachées (que
je devine ou que j’invente) chez Gérard Miller quand il s’attaque
à une discipline qui ne lui demande rien, qu’il ne connaît
que par ouï-dire et qui ne lui cause aucun tort. C’est le genre d’exercice
que ce charmant homme pratique à longueur d’année, sans
que personne ne lui dise : « ça suffit l’artiste, votre numéro
ne nous amuse plus, vos insupportables prestations télévisées
ont assez flatté votre égo et votre compte-épargne, lâchez
nous les baskets ! »
Vous ajouterez peut-être
: « vous exagérez ! » Voire. Supposons que nous nous trouvions
dans la position inverse, Miller et moi ; tel que je l’entends quelquefois
décider sans appel de ce qu’il faut croire ou ne pas croire dans
telle ou telle émission, je ne suis pas sûr qu’il n’en
rajouterait pas une cuiller de plus sur mes « délires interprétatifs
» le « ridicule de ma posture de maître » et sur mes
« résistances » à entendre le vrai.
Mais ce qu’il est important de souligner, c’est, qu’en fait,
nul ne peut décider objectivement si mon explication de son comportement
est « vraie » ou ne l’est pas ; si je m’amuse ou si
j’affabule, si je délire ou si je raisonne « clairement et
distinctement » parce que personne ne peut décider si une explication
à prétention psychanalysante est ou n’est pas conforme à
la vérité. D’où les délirantes, quelquefois
désopilantes, mais hélas souvent tragiques batailles d’experts
psychiatres dans des procès criminels dont savent si bien se servir les
avocats. Qui nous souvent feraient rire s’ils n’aboutissaient pas,
en de nombreuses occasions, à l’internement de gens sains d’esprit
– criminels ou non - ou à la libération de dangereux maniaques
récidivistes qui feront la « une » quelques années
plus tard. En toute scientificité psychiâtrique.
Pour ma part, j’ai
toujours pensé que c’était l’honneur et la grandeur
de la presse écrite que d’établir cette distance par rapport
au sensationnel, au caricatural et à l’outrancier dont se repaissent
la radio et surtout la télévision. La presse écrite procure
un espace de réflexion, précieux dans une époque de prêt-à-penser
médiatique ; mieux, elle ne peut se concevoir sans créer cet espace,
car, on peut entendre toutes sortes de sottises à la télé,
mais, ça va vite, on les avale et on n’y repense heureusement plus.
Tandis qu’un article écrit, ça se lit, ça se relit
et les outrances, les sottises et la méconnaissance du sujet finit toujours
par apparaître. Surtout quand l’accusateur parle de corde dans la
maison du pendu qu’il est potentiellement.
Il me semble (mais il est
vrai que je suis juge et parti) que, dans le cas précis qui nous occupe,
« Psychologies » paraît avoir failli à son devoir d’objectivité
et de neutralité. Nous n’achetons pas et nous ne nous abonnons
pas à cet excellent mensuel pour qu’on nous resserve les mêmes
affirmations partiales et orientées que celles qui nous sont imposées
– sous le masque du « débat » - dans les émissions
télévisées ou radiophoniques, ou dans des « dossiers
» journalistiques qui se répètent inlassablement les uns
les autres (voir le dernier de l’Express consacré à ma discipline
déjà lu dix fois ailleurs, y compris dans l’Express lui-même
il y a quelques années) par des personnages qui n’ont pas l’ombre
de la qualification nécessaire pour nous dire ce que devons croire, penser,
accepter, faire, espérer ou rejeter. Et pas seulement en Astrologie d’ailleurs.
Pour terminer, je voudrais
attirer votre attention, non plus sur le fond, mais sur la méthode de
Gérard Miller. Il veut écrire un pamphlet sur l’astrologie.
Soit. Or il ne fait que reprendre un certain nombre d’âneries qui
sont écrites par tel ou tel auteur pour des raisons uniquement mercantiles,
sur les seuls signes de naissance, considérés comme des portraits
absolus d’une personnalité. En fait, il a certainement cherché
sa documentation et son inspiration dans les horoscopes que nous sert la presse
quotidienne qui désole les professionnels véritables. Il voulait
porter un coup mortel à l’astrologie, il n’a fait qu’atteindre
sa caricature comme tous ceux qui veulent la condamner sans la connaître.
Ce dont je leur suis extrêmement reconnaissant car ils purifient le champ
de la réflexion qui doit se constituer à son sujet.
Pour écrire un pamphlet
sérieux et documenté, il aurait pu lire « Les cycles du
devenir » d’Alexandre Ruperti, ou « Le rythme du zodiaque
» de Dane Rudhyar ou « La roue de l’expérience individuelle
» ou « La condition solaire » de J.P Nicola, ou « L’Astrologie
Globale » de C. Santagostini, et il aurait découvert à travers
le travail de ces différents auteurs, fort compétents et fort
connus, que le zodiaque est un processus global dont aucun élément,
aucune étape, aucun « signe » ne peut être séparé
des autres, sous peine d’amputation et de simplification idiote, et que
nous le vivons dans sa totalité. Il aurait peut-être compris (mais
il n’est pire sourd…..) que c’est par simplification outrancière
– et encore une fois mercantile – qu’on en est venu à
plaquer un certain nombre de dispositions caractérologiques ou comportementales
définitives sous chacun des signes solaires, en en faisant des absolus
ineptes et en oubliant la globalité irréductible d’un thème
natal. Structure planétaire, domification, configurations et j’en
passe, ont un rôle essentiel à jouer dans l’économie
d’un thème de naissance qui ne peut en aucune façon se réduire
au fait que je sois né Balance ou que vous soyez né, cher Monsieur,
sous le signe du Scorpion.
C’est le rôle
de l’interprète que de synthétiser la multiplicité
vivante de toutes ces informations pour en faire un tout construit, cohérent
porteur d’un sens pour la personne et traçant l’itinéraire
de son existence. Tâche jamais achevée, jamais définitive
car chaque thème reproduit une expression particulière, individualisée
où la vie se condense et se manifeste. Et qui pourrait épuiser
le sens de la vie ?
Les méthodes –
grossières à tous les sens du terme - de Gérard Miller
s’apparentent à celle d’un universitaire qui voulant décrire
un état des lieux de la littérature française en cette
fin de siècle, aurait été acheté Lui, Voici, Entrevue
et Biba et nous aurait concocté un livre où la sottise l’aurait
emporté sur la suffisance et à la pédanterie. Ou d’un
sociologue voulant rendre compte du statut de la femme en France, qui se serait
contenté, pour construire son enquête, d’interviewer trois
ou quatre prostituées du bois de Boulogne.
Que penser de pareilles méthodes ?
Certes il s’agit d’un
pamphlet. Mais l’art du pamphlet est difficile et n’est pas Léon
Bloy, Léon Daudet, Barbey d’Aurevilly (horresco referens bis) qui
veut. Pour qu’un pamphlet atteigne sa cible, il faut qu’il soit
crédible et que son auteur, d’une sûre érudition,
ait mis à jour la nature même de ce qu’il veut atteindre.
De plus, pour savoir moquer il faut savoir rire et ne pas trop se prendre au
sérieux : ce que fait mal Gérard Miller, Trissotin trop crispé
sur son rôle de procureur médiatique pour que l’humour puisse
le toucher de sa grâce.
Le pamphlet de Gérard
Miller fera rire ceux qui non-pensent comme lui et qui partagent les mêmes
préjugés hargneux et la même ignorance étoilée
(comme aurait peut-être dit Gustave Thibon). Ils feront hausser les épaules
aux autres….s’ils le lisent.
Notamment aux nombreux consultants
qui ont fait confiance aux astrologues sérieux (il en existe beaucoup)
et surtout aux étudiants de tout âge que j’aie moi-même
pu former à ma discipline, dont certains brillants universitaires qui
n’ont vraiment rien à envier à la « culture scientifique
» de Gérard Miller. Bien au contraire.
En souhaitant que vous ayez
été sensible à un plaidoyer où je me suis efforcé
de mettre quelques sourires, malgré le regret ressenti à voir
vu publier un tel non-article par un journal que je respecte beaucoup….sauf
à penser que « psychologies » soit devenu un mensuel humoristique,
En espérant que soit
entendu cet appel que je vous lance pour que « psychologies » donne
à l’astrologie les moyens de répondre à l’interview
de Gérard Miller comme il se doit : sans agressivité mais sans
concession,
En vous priant enfin, d’excuser la longueur de ce texte dont la lecture
vous aura pris un temps que je devine précieux,
Je vous prie de croire,
cher Monsieur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs,
d’avance reconnaissants et particulièrement choisis.
Auxquels je joins mes vœux bien sincères d’expansion pour
votre titre, et de bonheur pour votre personne et ceux qui vous sont chers.
|
|
|