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Vous êtes ici : Accueil > Articles et Conférences > L'Astrologie au "creux de la vague" ?


Le responsable Internet de la Fédération Des Astrologues Francophones (FDAF), a adressé aux membres de la Fédération, un thème de réflexion concernant « le creux de la vague en astrologie » qui montre ses préoccupations quant à l’état de santé de l’Astrologie en France.


J’ai pensé contribuer à la réflexion commune en lui apportant une réponse qui vous intéressera peut-être et qui confortera ou contrariera vos propres analyses sur la question. Cette réponse vous est adressée en « fichier joint » ce qui vous facilitera les choses si vous n’êtes pas intéressé(e) par le problème posé et ne désirez pas perdre de temps à lire ce texte.
En revanche, dans le cas contraire je serais heureux de recevoir vos propres analyses si vous souhaitez me les faire connaître : lsm@astrophilo.com.
Bien cordialement à vous tou(te)s
Louis Saint Martin

TEXTE DE MA REPONSE.

1. Comme tout le reste, l'astrologie a subi ce mouvement d'accélération permanent et superficiel qui satisfait les têtes légères et (souvent) folles de notre temps, incapables de se fixer et d'approfondir. D'où la prolifération de ces revues où tout n'est qu'effleuré et jamais envisagé dans son essence et sa plénitude car "cela lasserait le lecteur". A la télé il ne faut pas faire une réponse de plus d'une minute 1/2 à une question qui demanderait tout un développement, car cela "ennuie l'auditeur". Un jeune potache de 18 ans, préparant son baccalauréat est "incapable de comprendre le sens général d'un texte de plus de dix lignes", par manque d'habitude à la concentration.

Comment nos semblables pourraient-ils durablement s'intéresser à un domaine aussi riche et complexe que celui de l'astrologie qui ne se laisse pénétrer qu'avec beaucoup de temps, d'efforts et d'humilité quand la plupart d'entre nous réagissons à des stéréotypes, des mots d'ordre, un "prêt-à-penser" unique qui nous amène à confier notre destin à des marionnettes (toutes interchangeables d'ailleurs) qui se contredisent d'une année sur l'autre, font le contraire de ce qu'elles annoncent, ou affirment le contraire de ce qu'elles font sans que nous réagissions jamais ? Le tout par paresse à approfondir et à essayer de "comprendre" (prendre avec soi).
Dans cette période sombre de notre civilisation où les sophistes de tout poil ont (pour un temps court j'espère..) exilé les philosophes, les astrologues et les sages de la cité; dans un temps d'acculturation programmée et généralisée où un de mes étudiants en Licence de Philosophie ose écrire onthologie au lieu de ontologie (après 3 années d'études supérieures de philo quand même !); où le tag et le rapp sont devenus les manifestations de la créativité artistique la plus haute, à l'équivalent de Rembrandt ou de Bach, comment voudriez-vous que philosophie, astrologie, sagesse et art continuent à intéresser, à mobiliser ou même "à faire rêver" durablement(comme on dit dans le poste) un très grand nombre.....
A part de pauvres fous comme vous et moi ?

2. Certains croyaient trouver dans l'astrologie le remède miracle à tous leurs maux, le "sésame" des bonheurs enfouis dans la caverne d'Ali Baba de leurs fantasmes puérils. Ils sont été cruellement déçus et on les comprend car l'astrologie est une école de lucidité, de courage et de dépassement de soi.
Ils y ont été encouragés d'ailleurs par une large part du "monde astrologique" qui regroupe nombre d'escrocs et de délirant(e)s qui utilisent la carte du ciel d'un consultant pour y projeter leur propre univers intérieur (souvent très inquiétant) assénant à leurs pauvres consultants, affirmations catégoriques et prédictions stupéfiantes - sans parler de la description détaillée de leurs vies antérieures - toutes productions mentales quasi pathologiques qui auraient de quoi déstabiliser les consultants les plus équilibrés.
Je n'évoque, que pour mémoire, la multiplicité des "astrologues-voyous" qui n'ont d'autre but que de tirer le plus d'argent possible à leurs victimes par tous les moyens possibles (où l'astrologie n'a pas grand-chose à voir) ou qui se contentent d'envoyer à leurs malheureux consultants dans la détresse, des "études" ou des "analyses" débitées par un logiciel pondant des textes aussi riches, nuancés et précis qu'une circulaire de l'administration fiscale. Quand ils les envoient ! Car j'ai souvenir d'une consultante qui s'est adressée (avec un chèque de 300 F à la clé) à une astrologue fort connue pour ses innombrables publicités dans toutes les revues ésotériques de bazar oriental et par un nom qui, beaucoup plus que la mère de Dieu, rappelle celui d'une chanteuse américaine plus douée pour enlever ses petites culottes que pour chanter Mozart.....et qui n'a jamais rien reçu en échange; pas même une lettre de remerciements. Passés à la trappe les 300 F ! Sans perte ni fracas.

Certes, des initiatives comme celles de la Fédération des Astrologues Francophones (FDAF), du Rassemblement des Astrologues Occidentaux (RAO) sans oublier le Centre d’Etudes et de Développement de la Recherche Astrologique (CEDRA) que j’ai contribué à fonder, comme celles d’autres Associations ou Ecoles qui visent à assainir et structurer la profession en encourageant, en formant, en référençant même les astrologues estimables, ont permis de commencer à inverser la tendance. Mais le temps est encore loin où l'astrologie retrouvera ce blason étincelant qui en fit autrefois un "art royal", là où ne subsiste plus - dans la généralité des esprits - qu'une activité commerciale douteuse.

3. Mais, comme toujours, le handicap le plus grand, est intérieur et non pas extérieur. L'astrologie est une grille de lecture universelle qui n'a rien à dire par elle-même si on est incapable de traduire ses archétypes universels et méta-historiques, dans les concepts de ce moment donné de l'histoire intellectuelle , de ce lieu géographique, politique, religieux actuels, de ce paradigme culturel, social et psychologique présents.
Ce qui veut dire que la pratique astrologie, pour devenir authentique école de sagesse (ce qu'elle doit être avant toute chose) doit s'ouvrir et intégrer tous les autres langages spécifiques relatifs à ces différentes niveaux de lecture, à ces différents angles de vue de la destinée humaine que j'ai évoqués plus haut.

Or il y a deux tendances principales qui dominent dans la pratique astrologique et qui ont pu décevoir ou décourager certains esprits ouverts qui n'auraient pas demandé mieux que de faire un bout de chemin avec elle.
a) L'enfermement dans son propre langage sans point de repère évident avec l'univers culturel du consultant, avec son langage à lui. "Quelle merveille cher Monsieur, vous avez un magnifique Soleil conjoint Jupiter". Echec et frustration.
b) L'assujettissement (voire l'aliénation) à un autre langage et un seul. Ex : la psychanalyse. Pour beaucoup d'astrologues, l'astrologie est devenue le harki de la psychanalyse et on ne voit plus le thème que comme un ensemble de "complexes" à dénouer vers un "épanouissement personnel" qui semble être devenu, dans un monde aussi égoïste et hédoniste que le nôtre, le nec plus ultra de toute destinée humaine.

Exilées ou oubliées les dimensions spirituelles, religieuses ou philosophiques (entendues non comme référence à un "système" mais comme réflexion et recherche de la sagesse et du développement de toutes les potentialités humaines...même et surtout celles qui passent par la souffrance). Dimensions qui sont pourtant sous-tendues par la réalité et le projet astrologiques eux-mêmes.
Tout cela demande, outre un véritable "don" pour ce métier, un certain regard, certaines dispositions d'esprit, certaines orientations de l'âme et du coeur, une ouverture de l'intelligence à toutes les dimensions du réel...et beaucoup d'auto-perfectionnement dans les différents domaines de la culture et du savoir permettant de saisir toutes les dimensions possibles de l'actualisation d'un thème de naissance.

Combien de nous accomplissent-ils cet effort ? Combien d'entre nous, par exemple, s'autorisent-ils à faire de "l'astrologie médicale" en étant d'abord passés par une authentique formation de médecin ? Et seulement alors ?
Il en résulte que l'interprétation - au lieu de se ressentir comme libératrice - est souvent sclérosante parce que très marquée par les limitations et lacunes, les déterminations intellectuelles et culturelles, les a-priori, les certitudes et les modèles non-interrogés, non questionnés, de l'astrologue - mal formé - qui se veut en plus : "freudien" "junguien" "humaniste" "conditionaliste" "réincarnationiste" (ou "karmiste")... et j'en passe. Et le consultant, qui attendait qu'on l'amène à surplomber les expériences dans lesquelles il est engagé, pour les comprendre, pour s'en distancier autant que faire se peut, afin de les maîtriser et de remodeler la courbe de sa destinée, se voit simplement reformuler ses difficultés en des termes empruntés à un système de pensée cher à l'astrologue et qui ne l'avancent pas beaucoup. De l'art de la transposition et de la tautologie…….

Ces différents points demanderaient à être analysés, critiqués et développés cela va de soi. Mais on nous a demandé de faire court...et je crois avoir déjà été trop long. Alors j'arrête là ma réflexion en inversant pourtant la proposition de notre cher Marc BRUN.
Je demanderais plutôt : comment se fait-il que malgré tous les outrages qu'elle a subies et l'image dégradée qui en est résultée dans une époque de déliquescence intellectuelle, morale et spirituelle comme la nôtre, le manque de qualification de 70% de ceux qui en font profession, l'astrologie puisse encore intéresser tant de personnes de qualité (comme aurait dit notre cher Molière) ? Comment peut-elle interroger certains grands esprits de notre temps ? Comment peut-elle encore insuffler du sens dans nos perspectives de vie ? Comment certaines émissions de haut niveau peuvent-elles lui être consacrées sur certaines radios ? Comment des travaux universitaires peuvent-ils lui être consacrés ? Et pas seulement en « Sociologie » qui n’a pas grand-chose à dire sur la nature et la mission réelles de l’astrologie.
Les cours attirent moins d'élèves ? C'est parfaitement vrai. Il y a dix ans à Nîmes, au fin fond de ma province languedocienne, il n'était pas rare que j'aie entre quinze et vingt élèves nouveaux chaque année. Aujourd'hui ils sont trois ou quatre. Mais il est vrai aussi que mon enseignement par correspondance s'est parallèlement développé. Mais pas de manière proportionnelle à la baisse sur Nîmes. Loin s’en faut.

Mais cela est-il grave ? Un exemple que je connais bien : en 1ère année de Philosophie à l'Université de Montpellier il y a entre 180 et 200 inscrits. En 2ème année pour le DEUG ils ne sont plus que la moitié (entre 80 et 100). En licence ils sont une très petite quarantaine. En Maîtrise une vingtaine. En DEA....entre 2 et 7 (en y adjoignant des DEA venus d'autres Universités, puisque toutes les Universités ne sont pas agréées à organiser un DEA de philo).
Pendant des années (surtout à partir de la fin des années 60) nous avons fabriqué des dizaines de pseudo-astrologues, c'est à dire des esprits teintés d'astrologie. Aujourd'hui je crois que - dans la plupart des cas - l'enseignement s'est nettement approfondi et amélioré, ses praticiens formés plus rigoureusement et, conséquemment, il est devenu plus sélectif de lui-même. Aussi n'est-il resté sur les rangs que les étudiant(e)s assez motivé(e)s pour aller au bout d'une démarche, souvent fort difficile, voire ingrate. D'autant que "le grand public" ne fera pas la différence entre un astrologue mûrement formé et affiné par les études et l'expérience, et la première cover-girl venue, travestie en astrologue de la "jet-society". Il ira même plus souvent à celle-ci qu'à celui-là.
Non reconnaissance de sa valeur réelle, suspicion quasi-généralisée, dérision courante, maigres fins de mois, angoisse du travail bien fait, du contre-sens toujours possible, de la mauvaise prévision, sentiment intense de la responsabilité à l'égard d'un consultant dans la difficulté ou devant un choix crucial; tout cela est le lot quotidien de l'astrologue vrai.
Et il y a encore des gens pour s'enthousiasmer et en redemander - comme votre serviteur - après vingt et un ans de pratique quotidienne, c'est à dire vingt et un ans de couleuvres à avaler ???
Et vous vous inquiétez d'un certain "creux de vague" ?

Mais il nous faut bien au contraire nous réjouir et nous féliciter car il est évident que l'astrologie se survivra toujours à elle-même à travers ce qu'elle a de meilleur à donner. Et, vous qui me lisez et moi-même, c'est justement ce à quoi nous consacrons notre existence : trouver et servir ce qu'elle a de meilleur à donner.
Quant aux autres; ceux qui ne sont pas disposés aux sacrifices nécessaires, ils ont sans doute mieux à faire et à apporter ailleurs.
Nous, nous porterons beaucoup de fruits parce-que nous sommes des graines poussées en un terrain contraire. ET, nous savons avec Nietzsche que "tout ce qui ne nous détruit pas nous renforce".
Bien cordialement à vous tous amis de la FDAF.