Comme le visiteur de ce site peut s’en douter, je reçois un courrier régulier soient des lecteurs des articles que j’y publie – pour ceux qui préfèrent les voies postales, à la rubrique « Commentaires » qui est à leur disposition à la fin de chacune de mes publications. Soient des lecteurs de mes livres. Courrier auquel je me fais un devoir de répondre aussitôt et aussi complètement que possible.
Certaines de ces correspondances, par leurs qualités, me paraissent avoir une portée qui mérite leur diffusion au plus grand nombre. C’est le cas de la lettre ci-dessous qui m’a été adressée par un consultant fidèle et fort porté à la réflexion philosophico-morale. Je la reproduis intégralement, entrecoupée de mes commentaires dans une autre couleur de texte pour en faciliter la lecture.
Bien entendu l’anonymat de ce genre de publication est total et non négociable, chacun peut donc m’écrire en toute confiance et, si la personne m’autorise à publier son texte, elle peut être assurée que, sans même avoir à le demander, son anonymat sera préservé.

De même que sera préservé l’anonymat des personnes ou personnages évoqués dans ces correspondances. Ce qui est le cas ici comme vous allez vous en apercevoir. Sauf pour ce qui est de François Mauriac, personnage désormais entré dans l’Histoire de la littérature française et dont on connaît la biographie en long et en travers étant données les nombreuses études et publications qui lui ont été consacrées.

Cher Monsieur,

X…Y… Je me suis aperçu que vous veniez d’écrire un nouveau livre, et je serais intéressé, si c’est possible, d’en recevoir un exemplaire.

LSM : Rien de plus simple, je vous le fais parvenir par le prochain courrier.

X… Y… : Cet été, j’ai fait l’acquisition de deux autres de vos livres : « Aborder l’Astrologie Comparée » et « Introduction à l’Astrologie Comparée ». Dans un précédent courrier, je vous disais qu’un livre sur l’Astrologie dans le même style que Candide, de Voltaire, serait intéressant (surtout pour les consultants à la recherche d’une boussole) dans le monde foisonnant (euphémisme) de l’Astrologie. Je me suis aperçu que c’est ce que vous avez fait.

LSM : Heureux d’avoir pu satisfaire votre attente. Je préciserai cependant que ces deux premières tentatives publiées chez L’Harmattan, ne représentent qu’une ébauche de tout ce qui s’il y aurait à dire sur la question de la pratique de l’Astrologie et de l’art de la Consultation. J’ai déjà beaucoup écrit certes, mais je n’ai fait qu’effleurer le sujet et je me demande s’il n’est pas temps pour moi d’utiliser les moyens que la technique met à ma disposition et de créer une formation par visioconférence.

Sous quelle forme précise ? Je ne sais pas encore, le projet  n’en étant qu’au stade de la gestation. Ce qui est certain c’est qu’un enseignement véritable est toujours oral : par nécessité pratique les livres réduisent, spécifient, amputent. On peut dire beaucoup de choses à une personne avec laquelle un lien d’empathie est établi, on ne peut en faire autant avec un livre destiné à s’adresser au plus grand nombre.

X…Y… : Cela m’a confirmé dans la certitude qu’il existe une hiérarchie des compétences ou des talents dans toute activité. Des milliers de jeunes font l’école hôtelière, peu seront étoilés, et un seul par génération deviendra Paul Bocuse.

LSM : Vous êtes trop sélectif. Vous oubliez Fernand Point (qui forma Bocuse et fut le premier chef « 3 Etoiles » au Michelin) Auguste Escoffier, « la mère » Brazier, Joël Robuchon, Alain Chapel (que j’ai connu personnellement)…

X… Y… : Pour la musique, c’est pareil, où certains laborieusement arriveront à jouer d’un instrument, peu seront solistes ou virtuoses, un seul par siècle deviendra Mozart.

LSM : Et J.S Bach, Haendel, Rameau, Haydn, voire Beethoven (né en 1770) qui appartiennent tous au XVIIIème siècle ? Sont-ils des génies de seconde zone ?

X…Y… : Pour l’Astrologie, c’est la même chose ; on peut se cultiver, essayer d’apprendre, mais si on souhaite l’étude d’un thème, il vaut mieux s’adresser à quelqu’un qui en est capable. Ce qui demande intelligence et empathie. Par intelligence, j’entends le fait de comprendre un thème de façon limpide, comprendre même ce que le consultant semble ignorer, ne pas voir, ou refouler. M. D.L…(LSM : nom d’un astrologue connu) a écrit un article sur la consultation dans lequel il évoque cela.

LSM : Tous les Astrologues véritables, doivent présenter le même profil général, quels que soient leurs charismes particuliers : être réceptif à la dimension homologique, correspondantielle et analogique des réalités cosmiques (des réalités méta-naturelles comme j’aime bien les appeler) – comprendre que ces réalités ne sont que le support d’une langue elle même liée à la dimension théophanique du cosmos; c’est à dire d’une langue qui nous est parlée par cette Intelligence Infinie (quelle que soit le nom qu’on lui donne) qui a conçu l’homme et l’univers, qui les a distingués sans les séparer, et qui s’adresse à nous en permanence dans une sorte de récit continu qu’il nous faut savoir déchiffrer.
Reste ensuite à bien distinguer les différents plans (au moins 4 comme je le précise dans la première partie de mon livre « Du Destin ») ou niveaux d’interprétation possibles. Certains s’en tiennent au niveau le plus proche de  nos considérations pratiques et prosaïques, d’autres tentent de déchiffrer le seul niveau qui (à mes yeux) ait de l’importance : celui du sens que nous pouvons donner à notre existence dans la poursuite du vrai, du bien et du beau et de l’accomplissement individuel.

X…Y… : Votre dernier livre « Du destin » évoque une question qui m’a toujours intéressé et toujours laissé perplexe. Destinée, choix, hasard, libre-arbitre. Je me souviens de ce que m’avait dit M. F.V… (LSM : nom d’un autre astrologue connu) : Quand vous connaissez votre projet-sens, quand vous connaissez les programmations de votre cerveau, quand vous connaissez la façon dont vos parents et vos grands-parents ont ressenti la vie, quand vous connaissez les astrologies, les nombres et la kabbale, vous pouvez profiter à 100% de vos 2% de libre-arbitre »

LSM : Je reconnais bien là le style du personnage que vous évoquez car il a beaucoup compté au début de ma formation en m’apprenant ce que je cherchais en vain dans les différents courants de l’astrologie française de l’époque : l’approche globale, synthétique d’un thème. Et dont je me suis séparé par la suite en constatant que ses conceptions, – quand elles s’affranchissaient de ce que l’œuvre d’André Barbault et Claire Santagostini surtout, avaient pu lui apprendre -,  viraient à ce que mes petits-enfants appelleraient, avec leur intransigeance coutumière, à « du délire ». Toutes les dimensions que vous évoquez en son nom, interviennent sans doute dans la constitution de notre personnalité, mais à des niveaux différents. « Distinguer pour unir » disait Maritain ; or, là, nous avons affaire ni plus ni moins qu’à un amalgame. Et qui de plus, n’a rien à voir avec le « libre-arbitre » qui échappe totalement à ces dimensions purement « psychiques » et, bien au contraire, évoque l’action du « spirituel » en nous. Encore faut-il avoir fait le travail de recherche et de réflexion nécessaire pour le découvrir. Ce qui n’est pas son cas visiblement.
Je traite d’ailleurs en détail, de l’ensemble de ces questions dans le livre que vous m’avez commandé. J’espère qu’il répondra à vos attentes sur le sujet.

X… Y… : Dans quelle proportion l’Astrologie propose ou dispose ?

LSM : Les deux termes sont totalement impropres à sa mission  : son rôle consiste à éclairer la conscience, à mettre la personne en face d’un projet possible, et, par là, lui permettre de choisir ce qui, en elle, correspond à ce qu’elle veut être, autant que les circonstances le permettent. Et c’est déjà beaucoup.

X… Y… : Peut être cela dépend de chaque individu ? Donc de son thème ! On a l’habitude de dire « Chassez le naturel etc….». Dans cet ordre d’idée, je me souviens d’une réflexion astrologique, lue je ne sais plus où, parlant d’untel, il était dit : « C’est son caractère, et son père serait décédé quand il avait deux ans, cela n’aurait rien changé ». Si le milieu (famille, culture, niveau social, études…) peut influencer la destinée, il aurait moins de prise sur la personnalité ?

LSM : C’est le risque encouru par le recours à ces pensées binaires qui opposent l’inné et l’acquis, la nature et la culture, le corps à l’âme, etc… Pour moi il y a un donné : le thème nous le révèle.  N’oublions pas la part du « passé » dans ce donné.
Je lisais tout dernièrement sous la plume d’un philosophe chrétien que chaque homme « hérite » de toute l’histoire du monde depuis la « chute » d’Adam. Sans aller jusque là, nous sommes le produit d’une histoire plus spécifique qui nous conditionne forcément. Car, sauf à imaginer l’opération du Saint Esprit,  est-il possible de concevoir un être humain inconditionné ? à l’état brut ?  Seul Adam – directement issu des mains de Dieu – répondrait à une telle définition. L’homme ordinaire n’est-il pas le produit de sa génétique, de sa famille, de sa culture, de sa géographie, de son groupe ethnique, etc, etc ??? Bien sûr que oui. Même NS-JC a une généalogie qui conditionne sa nature humaine.
Mais ce conditionnement étant « commun » à l’ensemble de l’humanité dont chaque membre loge à la même enseigne, on peut passer outre. Comme l’amateur d’art passera outre les composants matériels et chimiques dont le magnifique chef d’œuvre qu’il a sous les yeux au Louvre est composé, à l’instar de la croûte exposée tout à côté.
Ensuite, effectivement, il y a le milieu. Mais j’en suis arrivé à la conclusion (notamment en observant l’évolution de mes sept petits fils) que le milieu n’intervient et n’a « d’influence » que pour autant qu’il encourage ou ignore telle ou telle disposition individuelle, constitutive. Pour reprendre votre exemple (dont la formulation d’ailleurs me paraît contradictoire) effectivement, avoir un père ou non, ne changera rien au caractère d’un individu, si on considère que le caractère a un fondement dans le « bios » pour les matérialistes, dans le « projet de vie » qui cherche – mystérieusement – à se manifester à travers l’enfant, si on se refuse à adopter le matérialisme épais de notre époque.
Robespierre aurait-il évité de se transformer en ce monstre froid, enfermé dans son idéologie et totalement étranger à la souffrance et aux malheurs de ses semblables, si son père n’avait abandonné sa famille après qu’il eût perdu sa femme alors que Maximilien, aîné de cinq enfants, n’avait que six ans ? Qui pourrait répondre ?  Essayons tout de même.

1/ Quand on étudie le thème de Robespierre on ne peut pas ne pas remarquer l’extraordinaire « complexe de sevrage », le sentiment de perte et d’abandon, diront les freudiens, déterminant une sensibilité très vive mais bloquée incapable de s’exprimer harmonieusement, entraînant sentiment d’échec affectif, frustration et débouchant sur une violence idéologique compensatoire de toute la colère accumulée contre le sort (et peut-être les parents) qui l’ont « abandonné » lui et ses frères et ses sœurs en un âge si tendre. Soit.
Mais si tous les enfants qui ont vécu la même situation (et même une situation pire puisque Maximilien fut recueilli par son grand-père maternel, ce qui n’est pas le cas des enfants de la DDASS traînés d’orphelinats en familles d’accueil plus ou moins bien disposées à leurs égard) devaient devenir des Robespierre en puissance, nous en aurions quelques milliers sur le marché. Bien au contraire, certains prenant le contrepied de l’expérience « traumatisante »qu’ils ont vécue, deviennent d’excellents parents, protecteur, affectueux et responsables.

2/ L’autre explication serait celle qui tournerait plus ou moins autour de la notion hyper-déterministe suivant laquelle le thème de Robespierre ne faisait que refléter et anticiper : et son caractère (au sens large) – et le rôle qu’il jouerait dans le déroulement de la révolution française. Et d’y ajouter probablement le couplet « karmique » ou « réincarnationniste » qui est si pratique quand on ne veut pas trop se casser la tête à réfléchir sur le sens de l’existence humaine. En bref : Robespierre ne pouvait être et agir autrement qu’il n’a été et agi puisqu’il s’était « incarné » pour cela. Fermez le ban.

3/ Il est évident que ni l’une ni l’autre de ces deux explications ne me convient.
A tort ou à raison, je considère que les « conditionnements » indiscutables du thème natal de Robespierre, comme ceux qui apparaissent dans nos propres thèmes, vous qui me lisez, ne touchent que la dimension « psychique » de nous-mêmes, celle de « l’âme » – ou du « cœur » – mis en relation avec le monde extérieur, le monde relationnel, et les surprises, souvent douloureuses qu’ils peuvent nous procurer.
Il y a une dimension qui ne l’est pas : c’est celle où notre liberté puise son origine. C’est celle de l’intelligence et de la volonté qui sont la marque, obligée et inaltérable de l’Esprit Créateur en nous qui sommes créés « à Son image et à Sa ressemblance ». Dimension que le matérialisme et le psychologisme – ne peuvent que nier s’il veulent rester cohérents avec eux-mêmes et être pris au sérieux.
Cela représente-t-il « 2% » de notre conscience de nous-même ? Je ne le crois pas, car tous les jours, en toutes les situations nous sommes amenés à mobiliser la plénitude de notre conscience pour résoudre les innombrables choix existentiels et  moraux que la vie nous oblige à faire : infimes ou majeurs.
Quand la conscience nous dicte des choix à rebours de la vie, de l’amour du semblable et du Bien Commun et/ou de la loi naturelle, ce n’est pas que la malheureuse conscience est réduite aux 2% de votre astrologue,  c’est, bien au contraire, qu’elle abdique toute responsabilité pour s’en remettre à la satisfaction de nos passions.
Ainsi, avec le même thème, la même histoire, la même famille, Robespierre avait toute opportunité de choisir une existence fort différente – au moins dans ses conséquences – que celle qu’il a délibérément choisie.

X… Y… : Je suis en train de lire « Jours et nuits d’un astrologue » de H….(LSM : astrologue célèbre, décédé). C’est très intéressant ; on voit qu’il maîtrise son sujet. Il me fait un peu penser à C.V (encore un astrologue célèbre). Il n’apprécie pas trop l’Astrologie psychanalytique, encore moins ce qu’il appelle l’Astrologie « électronique ». Il pense qu’un bon astrologue doit avoir une bonne culture, avoir beaucoup lu (Balzac, Dostoïevski, ….). Il y a cependant un point qui me laisse dubitatif, c’est sa tendance à décortiquer un thème jusque dans le détail, ce qui nous ramène au sujet de cette lettre (destin et libre-arbitre). Voici un extrait de ce qu’il dit de Jacques Doriot [1] : Uranus, maître de XII en VIII, en Sagittaire, postule que la mort viendra de l’étranger : le Sagittaire. Uranus signifie ce qui vole dans le Cosmos, littéralement la foudre venant du ciel. Lié à Saturne, il symbolise les bombardiers ou les chasseurs. Vénus, maître de VII en VIII renforce la signification des ennemis. Enfin Pluton, maître de la VIII, et placé dans le signe aérien des Gémeaux, sous-entend que la mort frappera du haut des airs et régit les balles mortelles des mitrailleuses. Entre Messkirch et Mengen, des avions volant en rase-mottes attaquèrent sa voiture. Uranus en VIII détermine la voiture qui ne pourra achever son voyage et où Doriot va périr. [Dubitatif, disiez-vous ? C’est le moins qu’on puisse dire]. Ainsi, Doriot serait il mort durant la Grande Guerre, son thème aurait il contenu un peu de la boue de Verdun ? Alors, cela devrait apparaître dans les thèmes des milliers de pauvres hommes qui ont subi le même sort, parfois le même jour ?

LSM : Votre exemple illustre parfaitement le type d’Astrologie que j’ai fui comme la peste dès le début de mon itinéraire philosophico-astrologique et qui fait que je n’ai jamais lu l’oeuvre, foisonnante, de l’astrologue que vous citez, au delà de quelques pages.  Pardonnez-moi mais je trouve ce type de « description » ou « explication » bête à pleurer.
Remarquons d’abord que cette « explication » est a postériori. Je doute que ce même astrologue examinant le thème de Doriot à sa naissance aurait « deviné » qu’il « mourrait à l’étranger, dans sa voiture, du fait de mitrailleuses comparées à la foudre venue du ciel, portées par de lourds bombardiers apportant une mort planant dans les aires, etc… ».
Outre que je doute qu’on puisse faire des prévisions si précises, je me demande à quoi elles auraient servi si, vraiment, ce sort peu enviable était inévitable ? Si l’astrologie ne sert qu’à révéler tout ce qui, dans la vie, pourra nous atteindre sans que nous puissions l’éviter, autant oublier l’astrologie et vivre ce que nous avons à vivre.

En revanche, ce qu’il eut été indispensable de révéler  à Doriot quand il eut été en âge de l’entendre (mais sans doute pas de le comprendre), c’était une autre version, totalement différente, des mêmes déterminations astrologiques : sa violence, son ambition forcenée, sa propension à entrer en conflit toute forme d’autorité autre que la sienne qui risquaient de le mener à affronter toutes sortes de conflits. Comme un conducteur inexpérimenté et impulsif risque inévitablement le platane quand il s’obstine à conduire trop vite une voiture trop puissante,  son irréflexion, son impulsivité, son refus d’accepter la réalité telle qu’elle se présente (il a successivement été communiste, gauchiste, collaborationniste puis fasciste) associée à une raideur d’esprit allant jusqu’au fanatisme virulent (étroitesse du champ de conscience, obstination, entêtement, etc ), son jusqu’au-boutisme, toutes « qualités » qui risquaient immanquablement de lui attirer des ennuis « mortels » (importance de la Maison XII – Maison VIII, etc…).
Toutes dimensions de sa personnalité qui correspondent très exactement aux configurations relevées par votre astrologue, mais envisagées sous un tout autre angle que le sien.
La foudre du ciel, les bombardiers, les mitrailleuses, la mort venue du ciel en sol étranger, étaient d’abord et avant tout dans l’âme de Doriot, bien avant d’apparaître dans le ciel allemand. Doriot s’étant identifié à tout ce qu’il avait de plus violent et de plus excessif en lui, au lieu de faire appel à ce libre-arbitre qu’il a soigneusement remisé au placard, a tout naturellement choisi le type de vie, les choix et l’action politiques qui pouvaient le mieux lui faire vivre ce qu’il portait : un excès, une violence qui ne pouvaient que le conduire à la mort.  Et qu’il aurait peut-être pu, même avec difficulté, éviter.
Vous voyez qu’on est loin d’une astrologie braquée sur ce que la vie nous réserve de plus trivial. Je me souviens d’une page de votre auteur où il interprétait Mercure en Maison III comme « la lettre qu’apportait le facteur ». J’ai fermé le livre et ne l’ai plus jamais ouvert.

X… Y… : J’ai constaté, dans vos livres, que pour connaître un personnage imaginaire (littérature, musique), vous étudiez le thème de l’auteur. Je me demande où se trouve « caché », dans le thème astral de Mauriac, le Sagouin, qui dans le roman traverse la vie comme un fantôme. Et dans celui de Buzatti où se trouve Drogo (Le Désert des Tartares), autre fantôme célèbre.

LSM : Ce n’est pas tout à fait ainsi que les choses se présentent. Je ne cherche pas à connaître un personnage imaginaire dans le thème de l’auteur, pour reprendre votre formulation, mais, tout au contraire, je constate en étudiant le thème de certains auteurs, combien certains de leurs personnages sont expressifs des dispositions latentes présentes de le thème de celui qui leur a donné naissance. Ce qui ne saurait vraiment nous surprendre…

En fait, il me semble que seuls ceux qui possèdent une grande richesse intérieure, ont la capacité de créer un « monde » et d’y faire évoluer des personnages. Que ce soit en peinture, en littérature, en musique, au cinéma et au théâtre. Qui dit « richesse » et « monde intérieur » authentique, dit forcément présence de personnages chargés de les faire vivre; et ces personnages ne sont autres que la projection des multiples facettes d’une personnalité d’autant plus productive qu’elle est multiple elle-même. Ceux qui écrivent mais ne disposent pas de ce monde intérieur, deviennent vite ennuyeux. Vous citez Balzac : on peut dire que Balzac s’identifiant à son siècle a porté et exprimé tous les personnages que la weltanschauung de ce siècle stupide (c’est une expression de Léon Daudet) et cupide jusqu’à l’abjection, a enfantés; on peut en dire autant de Proust sous un autre registre ; quant à Racine comment aurait-il pu dépeindre avec tant de vigueur et de poésie ces personnages déchirés par leurs passions et broyés par le destin, s’ils ne les portaient pas en lui (voyez son thème). Il n’est qu’à les comparer à ceux de Françoise Sagan, Agatha Christie (et ses stéréotypes dont seul le nom change d’un roman à l’autre : le colonel en retraite, la lady un peu originale, le fils débauché, la fidèle servante, l’ami/traitre et les inévitables Hercule Poirot ou Miss Marple ), Joël Dicker, Guillaume Musso, Marc Levy ou Anna Gavalda (tous classés comme « auteurs de romans de gare » par Google !). Tous ces auteurs, souvent très distrayants, n’ont jamais pu produire que des ectoplasmes de personnages.  Rien à voir avec un Cid (Mars culminant carré Jupiter), un Horace (idem), un Don Diègue (Saturne en Capricorne) voire une Chimène (Lune opposée Saturne, mais sextile Pluton et trigone Jupiter : sens du devoir, frustration acceptée et sublimée car grande noblesse d’âme) tous personnages qui peuplent le thème de Pierre Corneille. Tous ces exemples pris au hasard permettent, à mon sens, de sentir la différence entre un « créateur » et un « écrivain de métier ». Même talentueux.

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Je ne peux entamer ici une étude exhaustive du thème de Mauriac mais un simple coup d’oeil vous permettrait de découvrir la présence de JUPITER (autorité, prestige, confiance en soi, esprit « bourgeois ») « exilé » sur son Asc Vierge : sentiment d’infériorité, auto-limitation, humilité. Traduction : Mauriac cherche à paraître ce qu’il n’est pas; il désire acquérir une forme de respectabilité bourgeoise ou, tout simplement, sociale dont  il ne se sent pas digne car il est conscient de ses limites; notamment morales. Ce qui explique qu’il puisse s’identifier au Sagouin dont la définition est celle-ci  » Personne qui est sale, malpropre; dont le comportement suscite le mépris. Synon. cochon. C ‘est un affreux, un vrai sagouin« .
Voilà qui est excessif ! me direz-vous, car il y a une différence entre ce sentiment d’infériorité sociale, mondaine, bourgeoise (dans le milieu bordelais qu’on qualifie souvent de « pharisien ») qu’on peut comprendre quand on sait, par exemple, qu’il perd son père à l’âge de vingt mois, et la définition de « sagouin » où apparaît les mots « sales » « malpropres » « cochon » « mépris » !!

Là encore le thème répond. Notamment (pour m’en tenir à l’essentiel) dans cette très problématique, sulfureuse et érotique conjonction LUNE-VENUS en Scorpion. Signe instinctif et sexuel où ces deux principes féminins sont en chute  ou en exil. C’est à dire fort mal disposés à s’épanouir normalement (pensez à la Vénus en Scorpion dans le thème de Bizet et à sa Carmen…) Conjonction qui nous en dit certainement très long aussi sur sa mère, veuve assez tôt et sans doute fort perturbée par ses frustrations sexuelles cachées derrière un bigotisme d’anthologie, conflit fort traumatisant pour elle mais surtout pour Français qui lui était très attaché, et contre lequel il aura à se battre toute sa vie. 
Bon, me direz-vous, notre auteur – comme ses personnages – était tenaillé par des passions sexuelles qui heurtaient l’éducation qu’il avait reçue. Pas de quoi fouetter un chat ? De nos jours certainement, mais pas de son temps où la sexualité, surtout en milieu bourgeois, était sévèrement contrôlée pour ne pas dire réprimée. D’autant qu’ici elle apparaît particulièrement transgressive. On peut dire que l’un des « personnages » qui hantent l’âme de Mauriac est une femme dévorée de passion et prête à toutes les expériences sexuelles les plus « libérées »: une « cochonne » en quelque sorte [2] ou une « folle de son corps » suivant les expressions populaires qui sont souvent très évocatrices. Et, si on rapporte le signe du Scorpion non seulement aux organes génitaux et aux fonctions sexuelles, mais aussi aux fonctions d’élimination et d’excrétion (donc à la scatologie et à la sodomie) on commence à comprendre les adjectifs évoqués dans la définition ci-dessus. A quoi il faut ajouter l’opposition que la conjonction Lune-Vénus-Scorpion, lance à la conjonction Neptune-Pluton (dont j’ai beaucoup parlé dans mon article précédent) à la jonction Taureau-Gémeaux et qui n’est pas peu faite pour effacer limites, règles et tabous, et instaurer le règne de la transgression qui est celui dans lequel nous vivons actuellement.
Au nombre des fascinantes perversions possibles qui s’agitaient dans le coeur de Mauriac : l’homosexualité bien entendu. Et plus si affinités. La notice Wikipédia qui lui est consacrée présente les choses de la manière suivante :

Mauriac est avant tout occupé par la composition d’une œuvre romanesque où il se révèle un analyste des passions de l’âme et un pourfendeur de la bourgeoisie provinciale [ ….] La plupart de ses romans évoquent le conflit entre la foi et la chair, et développent plusieurs images récurrentes comme le « désert » spirituel que ses personnages doivent traverser.
S’appuyant sur des sources écrites, la « biographie intime » de François Mauriac par Jean-Luc Barré parue en 2009 décrit une tendance homosexuelle longtemps gardée secrète, peut-être platonique mais qui a marqué son œuvre. Il a éprouvé à partir de 1924 une brûlante passion pour le jeune écrivain suisse Bernard Barbey.
Cette attirance avait déjà été évoquée par Daniel Guérien dans une interview publiée dans le livre de Gilles Barbedette et Michel Carassou, Paris gay 1925, publié en 1981 aux Presses de la Renaissance, se fondant sur la correspondance qu’il avait reçue de Mauriac, conservée à la Contemporaine, bien que Mauriac ait souhaité la récupérer et la détruire. (fin de citation)

Platonique ? Sans rire ? « Mon cul ! » aurait dit l’impertinente Zazie de Raymond Queneau.
Plus sérieusement, je dirais qu’au vu d’un tel thème (je fais l’impasse sur d’autres occurrences importantes dans le thème qui montrent les déviations qui caractérisent le « maître » académisé et nobélisé) le passage à l’acte est plus que probable et fort bien assumé sexuellement si ce n’est socialement.
Les lecteurs de mon âge se souviendront peut-être de ces deux pages centrales que l’hebdomadaire « Minute » alors en pleine expansion, avait confié au sulfureux et décapant Roger Peyrefitte (bien oublié de nos jours) qui avait cloué ce vieux « fruit écrasé » (comme les Américains appellent ou appelaient les homosexuels honteux)  au pilori, en révélant ses fréquentations et ses turpitudes réelles ou supposées dans le même temps où il se croyait habilité à donner des leçons de morale ex cathedra.

J’arrête là sur Mauriac que je n’ai jamais pu trop prendre au sérieux, méprisant ses prises de position systématiques contre les valeurs et les intérêts de son pays pour rester dans « la course » et recueillir l’audience de la presse « bien pensante ». De gauche, bien évidemment, incarnant ainsi le personnage emblématique du « bourgeois progressiste » et du « catholique de gauche » dont la veulerie et l’hypocrisie me soulèvent le coeur.
D’autant, qu’étant né avec une triple conjonction Mercure-Soleil-Uranus en Balance et en Maison 1,  configuration, orgueilleuse, élitiste, dans un signe qui rend le sujet si sensible au regard des autres, et si accommodant à la pensée dominante (voyez notre ministre de l’intérieur, super Balance) il n’avait sans doute que trop tendance à cacher ses tares et ses failles – voire même à les nier – pour bénéficier de l’honneur et de la sympthie de ses pairs. Ce qu’il compensait par une feinte humilité et par ses édifiantes prises de position en faveur de toutes les thèses progressistes à la mode.  Vivant comme un grand bourgeois, travaillé par ses passions « honteuses » envers les très jeunes hommes, il donnait le change en défendant des causes à rebours de ce qu’il était et vivait.
La littérature française nous a habitués à ces protées de la morale, à ces caméléons de la conscience politique, à ces abîmes de duplicité qui permettent à Claudel (qui a commencé par abandonner sa sœur à son triste sort) d’adresser son Ode au maréchal Pétain en 1940 et son Sonnet au général De Gaulle en 45; je pense, plus près de nous, à cette espèce de savonnette qu’était d’Ormesson qui arrivait, dans ses articles du Figaro, a satisfaire toutes les parties et toutes les opinions, ce qui lui a permis de rester en cours sous tous les régimes : Soleil-Mercure en Gémeaux + Vénus conjointe à l’Asc Cancer. Peut-ton rêver caractère plus accommodant ???

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Quant à Dino Buzzati, il n’est pas très difficile de relever la trace du capitaine Drogo (avant qu’il n’accède au grade de commandant à l’article de la mort ou presque) dans son thème :

– le fougueux officier qui rêve de gloire militaire : Ascendant Lion + conjonction Lune-Mars en Vierge (esprit de service,  devoir, sens du sacrifice) et en Maison 1 (l’égo) au carré de Pluton (destruction, épuration, survie) en Maison 10  (carrière)

– l’angoissé métaphysique dans le trigone Soleil (les valeurs, les certitudes, les repères) Pluton (le doute, la remise en question, le « mystère », l’angoisse) et, enfin,

– la noyade dans l’usure du temps, la monotonie, l’enfermement dans une sorte de prison intérieure faite de rites immuables, avec le grand « triangle d’Eau » qui associe Mercure en Scorpion (l’esprit inquiet) à Saturne en Poissons (celui là même de Robespierre : coupure d’avec le réel, autisme, prison intérieure, paralysie de l’action) et enfin à Jupiter-Neptune en Cancer : le rêve d’une gloire purement illusoire, mais peut-être aussi la nostalgie d’une patrie dont on a été exclu et qu’on cherche à réintégrer : celle de l’enfance avec le Cancer ?  Proust n’est alors pas très loin.
Ce ne sont là que quelques réflexions que je vous propose, car il va de soi que chacun de ses thèmes – que je n’envisage ici qu’à la lumière de vos propres interrogations – ont sans doute bien d’autres choses à nous dire. 

X…Y… : Peut être que parfois le destin, s’il n’est pas tout tracé, est trop lourd, qu’il est impossible d’infléchir sa courbe.

LSM : Il est indéniable que nous pouvons nous trouver devant des situations où notre libre-arbitre non seulement ne peut intervenir mais où il n’a pas à intervenir. Je rappelle à ce sujet que notre libre-arbitre ne consiste pas à nous donner la liberté de décider de tout en toutes circonstances pour plier le monde à notre volonté. Ce serait trop beau.
Il
ne sert qu’à distinguer le bien du mal et à orienter notre volonté vers ce Bien auquel elle est naturellement ordonnée… quand elle n’est pas entravée par nos passions et nos restrictions mentales.
Cerné par une bande de loups, ou affronté à une catastrophe quelconque, notre libre-arbitre n’a rien à dire, c’est notre instinct de survie et notre présence d’esprit qui, seuls, doivent s’imposer. Mais dans toutes les situations qui engagenet notre responsabilité, notre authenticité et notre dignité, comme dans les relations avec nos semblables, c’est le libre-arbitre qui doit prendre la première place si nous voulons conserver notre statut d’êtres humaines créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2023.

Voeux que je vous  adresse à mon tour, avec toute ma sympathie.

Cordialement.

X…Y….
LSM

[1] Doriot fut un journaliste, homme politique, d’abord communiste, puis fasciste et collaborationniste actif qui mourut dans sa voiture à la suite d’une attaque (allemande, alliée ??) alors qu’il circulait sur une route du Wurtemberg, ayant fui la France.
[2] Pour reprendre un des termes de la définition du sagouin.

 

4 réponses à to “DE LA CONDUITE ET DE LA PORTÉE D’UNE CONSULTATION ASTROLOGIQUE.”

  • France Salzone:

    Bonjour,
    D’abord merci d’avoir joint une photo de vous à votre texte, car la parole humaine s’incarne forcément dans un corps humain( à moins d’être dans le virtuel). Vos derniers articles toujours très documentés et savants apportent du « sérieux » à l’astrologie souvent réduite à des prédictions évènementielles et matérielles. Vu la longueur de ce texte,je n’apporterai que quelques commentaires sur des points qui ont retenu mon attention. tout à fait d’accord avec vous sur les différents éléments tels que l’histoire familiale, les gènes, le contexte géopolitique, l’environnement et l’éducation qui conditionnent le trajet de chaque être. Vous dite que « seuls ceux qui possèdent une richesse intérieure…. » comment peut-on juger de la richesse intérieure de quelqu’un ? à son raisonnement, à sa capacité d’analyse, à ses vertus ? mais l’homme ne se livre jamais totalement et ne se connaît jamais vraiment….d’ailleurs la vie est un CHEMIN et le psychisme n’est pas figé ; je dirais par expérience avec mes 75 ans et Saturne et Pluton dans mon soleil de naissance et maison 1, que la richesse intérieure évolue tout au long de la vie et ne peut « s’évaluer » -si tenté que l’on ait la prétention de le faire- qu’après la mort. vous prenez en exemple les peintres, les écrivains…. »une oeuvre n’est artistique que si elle met le doigt sur un verrou et l’ouvrant, nous déstabilise et nous place face à notre vide….c’est toute la différence entre l’art et le divertissement ; le second nous aide à vivre, le premier à mourir » (Alain ANSELMO).
    Vous parlez du Bien et du mal, assez facilement on dirait….c’est pourtant, vu notre imperfection et nos limites ce qui demeure tout au long de notre existence qu’une recherche, à l’épreuve de chaque jour. les Textes ?Certes mais « Un Dieu appris est un Dieu mort : Dieu le seul Dieu vivant, c’est celui qu’on approche »(Frère François Cassingena-Trevidy dans « Propos d’altitude »)
    voilà quelques réflexions mais merci car la lecture de vos textes, eh bien je vois, m’amène à réfléchir. Ceci dit je connais Aiguefonde puisque je suis intervenue pendant plusieurs années au Centre de Formation pour adultes à Mazamet ;J’habite depuis 15 ans la campagne réquistanaise après un changement de vie en 2006 ; et peut-être qu’un de ces jours je vous demanderai une consultation !
    Cordialement à vous
    France Salzone

    • Chère Madame,
      Je vous remercie pour votre long et très intéressant commentaire à mon dernier article.
      Comment juger de la richesse intérieure de quelqu’un ? Cela me paraît, contrairement à vous, assez simple à définir : aux fruits qu’il produit, en termes d’attention aux autres, de générosité, d’empathie, de créativité et par tous les autres moyens qui permettent aux hommes de laisser une trace lumineuse – aussi modeste soit-elle – derrières eux.
      Ceci dit, je suis assez d’accord avec vous et avec les remarques que vous exprimez concernant la difficulté à reconnaître la richesse intérieure de quelqu’un de manière immédiate et spontanée. C’est peut-être aussi à cela que pourrait nous servir l’étude d’un thème natal. Ce n’est pas toujours facile à débrouiller certes. Aussi la bonne question à se poser, n’est-elle pas « quelle est la richesse intérieure de cette personne ? » mais bien plutôt « comment aider cette personne à découvrir la richesse potentielle, quelle qu’elle soit, qui sommeille en elle, sans qu’elle en soit consciente quelquefois ».
      Pour ce qui est de la question du bien et du mal, je n’ai jamais écrit qu’il était toujours facile de les démêler étant les limites naturelles qui sont les nôtres et que vous soulignez fort justement. Mais, contrairement aux relativistes nihilistes contemporains, je crois profondément que le Bien et le Mal existent indépendamment de nos consciences et de nos caprices. Et qu’une part de la dignité humaine consiste justement à toujours chercher à les cerner en toutes circonstances en mobilisant l’Esprit qui ne demande qu’à nous éclairer pour peu qu’abandonnant toute forme d’orgueil intellectuel, nous consentions à le solliciter humblement et à demande conseil à ceux qui pourraient nous aider.
      Bien cordialement à vous
      LSM

  • France Salzone:

    Bonjour,
    Merci pour votre réponse qui m’apporte un complément à vos pensées exprimées dans le texte précédent; D’accord avec vous :
    -une analyse du thème natal peut nous aider
    -il faut avoir l’humilité d’être aidé parfois mais pas facile de rencontrer la bonne personne surtout dans notre société actuelle ; je reconnais personnellement que le chemin que j’ai fait jusqu’à maintenant je le dois à certaines personnes que j’ai rencontrées et c’est bien plus tard que j’ai pu constater que c’étaient des moments de grâce.
    – oui,malheureusement le relativisme actuel détruit les repères et assises nécessaires notamment aux jeunes
    Bien cordialement à vous

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