Mes deux derniers « billets » portaient sur une méthode de travail qu’on connaît bien dans le monde de la science et que – toute réserve faite quant à l’Astrologie qui a peu à voir avec la science moderne – on appelle méthode expérimentale.

Celle-ci est généralement présentée comme la mise en œuvre de cinq étapes principales qui, lorsqu’elles répondent à la question que le sujet se pose au départ, peut être approfondie vers des conclusions aussi pertinentes que possible pour saisir la réalité :

Voici ces cinq étapes :

  • Elle part d’une observation: Ex : la pomme tombe du pommier

  • Elle provoque une question: pourquoi la pomme, comme n’importe quel autre objet d’ailleurs, tombe-t-elle au lieu de s’élever dans l’air ? Voilà une question qu’elle est bonne ! aurait dit Coluche.

  • Elle amène une hypothèse: si elle tombe c’est qu’il existe une force responsable de la chute des corps et du mouvement des corps célestes, et de façon générale, de l’attraction entre des corps ayant une masse, par exemple les planètes.

  • Elle formule alors une prédiction basée sur l’hypothèse de départ : celle-ci, dans le cas qui nous occupe (où chacun aura reconnu la patte de Newton) est de nature mathématique et ne peut être reproduite ici. Disons qu’elle s’applique parfaitement à la mécaniques céleste.

  • Cette prédiction doit pouvoir être testée: on peut dire que toute l’aéronautique moderne vérifie tous les jours la pertinence des lois de l’attraction universelle définie par Newton (héritier des travaux de Kepler).

Dans mon cas, un fait astrologique m’était revenu en mémoire en cette période électorale : l’observation faite par un astrologue « mondialiste » suivant laquelle Jupiter/Neptune présidait à la destinée de la république française et à celle de ses dirigeants.

  • La question était simple : se pouvait-il qu’il eût raison ?

  • L’hypothèse découlait de la réponse à cette question : Jupiter-Neptune qui seront en conjonction à la fin du signe des Poissons au moment de l’élection décideraient-ils de son résultat ?

  • La prédiction alors pouvait se formuler de la sorte : celui des candidats et candidates dont le thème valoriserait le plus ladite conjonction aurait-il plus de chance que les autres d’être élu ?

  • Auquel cas le test serait simple car, dans la troisième partie de mon article, je constatais que le candidat qui bénéficiait le plus directement et le plus intensément de la conjonction Jupiter-Neptune de 2022, était Xavier Bertrand : 21.03.1965 – 12.20 – Chalons/Marne. Son thème natal présente une triple conjonction MC/Vénus/Soleil entre 22° des Poissons et le 1er degré du Bélier. Or la conjonction Jupiter-Neptune se formera sur le 24ème degré des Poissons (leur domicile) en plein sur MC/Vénus, le 12 avril prochain, soient deux jours après le premier tour de la présidentielle.

De plus, ce transit ne faisait qu’actualiser des potentialités déjà présentes dans le thème natal de l’intéressé puisque nous y observons une opposition Jupiter Taureau à Neptune Scorpion, lui-même en conjonction étroite à la Lune, maître d’ascendant ; opposition doublement harmonique au MC et à Vénus en Poissons. Que demander de plus ?

Or, Xavier Bertrand est éliminé de la compétition avant même qu’elle ne soit engagée puisque la « primaire » de son mouvement a désigné Valérie Pécresse pour porter les couleurs de leur parti commun.

A première vue et si on raisonne en Astrologie comme on vérifie une foi physique, l’hypothèse de départ apparaît fausse. Quoique conforme aux très nombreuses observations que j’avais faites, et auxquelles il faut ajouter la naissance de la 1ère république française le 22.09.1792 – 09.18 (heure à confirmer) Paris, dont l’Asc sur le 8ème degré du  Scorpion (ce qui se conçoit quand on tient compte des massacres qu’elle allait entraîner durant les 23 ans suivants) est coiffé d’une conjonction Jupiter (3ème degré Scorpion) Neptune (29ème degré Balance) significative des délires universalistes des révolutionnaires de l’époque.

A seconde vue, on peut avancer que rien n’est encore joué, car les trois mois qui viennent peuvent nous réserver de nombreuses surprises et, de même que tel qui entre pape au conclave en ressort cardinal, tel qui semble éliminé d’avance peut se voir porté au pouvoir par un concours de circonstance que nul ne pouvait seulement imaginer. Pensez à la carrière de Danton, Robespierre, Bonaparte le 5 mai 1789 à l’ouverture des États Généraux. Qui aurait parié sur eux, sur leur extraordinaire et dramatique carrière à ce moment là ?

De plus, mon hypothèse de départ n’était pas (et c’est important à souligner) que Xavier Bertrand serait élu, mais je me contentais de me demander si Jupiter/Neptune joueraient le rôle qu’ils sont souvent joué dans l’histoire politique de la France. Nuance ! Ce qui implique que cette conjonction puisse s’avérer déterminante en 2022… mais sans passer par Xavier Bertrand. Comment ? Nous aurons l’occasion d’en discuter après le 20 avril (1).

Aussi, même s’il apparaît clairement que Xavier Bertrand ne sera pas élu, il n’est pas exclu qu’il ne nous surprenne l’an prochain, par le cours que pourrait prendre son itinéraire politique ou, tout simplement, par les évolutions de sa vie personnelle. Pourrait-il, par exemple, se retrouver bombardé Premier Ministre dans le cas – très probable – du ralliement servile d’une partie de LR à Macron, qui lui fait les  yeux doux, pour un éventuel 2ème tour ???

Mais le plus important, à mon avis, consiste à admettre qu’on ne peut transférer les méthodes de validation propres à une discipline à une autre discipline qui obéit à un plan de réalité qui lui est propre. En tous domaines on voudrait emprisonner la réalité dans le moule des sciences mathématico-physiques sous prétexte qu’elles seules possèderait les critères du vrai.

C’est oublier que l’être humain n’est pas un objet inanimé qu’on peut mettre en équation, qu’on peut mesurer et disséquer sur une paillasse, qu’on peut traquer au microscope ou décomposer en toutes sortes d’éléments plus simples comme on le fait d’une molécule. C’est le piège dans lequel se sont laissé enfermer de nombreux courants des sciences humaines en oubliant que l’adjectif « humaines » où l’élément libre et individuel prévaut sur toute tentative de généralisation, modifie radicalement le sens du mot « science » qui doit alors être compris dans le sens de jugements basés sur l’expérience et l’intuition, et non sur de simples hypothèses statistiques.

Aristote nous en avertit : L’art (2) naît lorsque d’une multitude de notions expérimentales, se dégage un seul jugement universel, applicable à tous les cas semblables. En effet, former le jugement que tel remède a soulagé Callias, atteint de telle maladie, puis Socrate, puis plusieurs autres pris individuellement, c’est le fait de l’expérience ; mais juger que tel remède a soulagé tous les individus de telle constitution, rentrant dans les limites d’une classe déterminée, atteints de telle maladie, comme, par exemple, les flegmatiques, les bilieux ou les fiévreux, cela relève de l’art. Cela dit, au regard de la pratique, l’expérience ne semble en rien différer de l’art ; et même nous voyons les hommes d’expérience obtenir plus de succès que ceux qui possèdent une notion sans l’expérience. La cause en est que l’expérience est une connaissance de l’individuel, et l’art, de l’universel. Or, toute pratique et toute production, portent sur l’individuel : ce n’est pas l’homme, en effet, que guérit le médecin traitant, […] mais Callias ou Socrate […]. Donc, si on possède la notion sans l’expérience, et que, connaissant l’universel, on ignore l’individuel qui y est contenu, on commettra souvent des erreurs de traitement, car ce qu’il faut guérir c’est l’individu. (Métaphysique, A1, 981 a5).

Il semble clair que l’autonomie de la pratique ou de l’expérience par rapport à l’art (2) qui est ici affirmée, implique du même coup son autonomie par rapport à la science (epistèmè) ou sagesse (sophia) connaissance des causes premières pour la première et des premiers principes pour la seconde. Même si rien ne s’oppose, au contraire, que les trois concourent au même but en certaines circonstances.

Avant de tenter un commentaire je voudrais vous proposer une citation complémentaire de celle reproduite ci-dessus, toujours de notre bon vieil Aristote :

La raison de cette aptitude diminuée pour embrasser du regard des phénomènes incontestés est le manque d’expérience. Ceux, au contraire, qui ont une plus grande habitude des faits de la nature sont plus capables d’imaginer des principes susceptibles de lier entre eux un grand nombre de phénomènes. Mais ceux qui, se prévalant de raisonnements multiples, n’observent pas la réalité, n’ont le regard fixé que sur un petit nombre de phénomènes, et ils exposent plus facilement leur opinion. (De la génération et de la corruption, I 2, 316 a 5).

Je pense qu’on ne peut trouver exposé plus sensé sur la difficulté que présente l’analyse astrologique qui devient inopérante si le praticien se contente de définitions toutes faites ou de simples données statistiques : le spécifique lui échappe.

Certes, la langue astrologique dispose d’un vocabulaire et d’une grammaire désormais assez bien codifiés par des siècles d’observation/réflexion/herméneutique et grâce auxquels nous pouvons comprendre, manier et utiliser les concepts et images symboliques que ce langage nous offre.

Mais il s’en faut de beaucoup que nous puissions nous en tenir à l’application directe de ce matériel de portée très générale, aux cas particuliers qui nous sont soumis, chacun d’eux sollicitant la mise en œuvre des mille et unes façons dont un symbole peut se présenter et être vécu dans un cas particulier.

De même, ne pouvons nous céder à la facilité qui consiste de nous en remettre à une école ou à une doctrine particulière, plus ou moins inspirée, pour nous décharger de la responsabilité qui est la nôtre de traquer et de trouver le sens d’un être et d’une destinée particuliers à travers la lecture d’un thème natal et de ses vastes possibilités de traduction. Les tentatives humanistes, structurales, conditionalistes, globales, pour ne rien dire des présupposés karmiques voire scientifiques mis en avant par certains courants astrologiques qui se proposent d’envisager la traduction d’un thème à travers une conception particulière du réel, ne sont pas condamnables en soi. Mais ne nous y trompons pas : ces distinctions n’ont rien à voir avec la nature profonde et réelle de l’Astrologie qui nous révèle un ordre universel qui les dépasse toutes et que nous saisissons comme nous pouvons. Autant dire que ces différents courants, s’ils peuvent se révéler utiles pour guider une recherche, parce qu’ils reflètent beaucoup plus les structures mentales et les orientations intellectuelles de ceux qui les professent, ne doivent jamais être abordés et imposés comme des fins en soi. On ne met pas la vie et sa manifestation infinie dans un bocal avec une belle étiquette.

Cette difficulté qui fait la spécificité de notre métier, en fait aussi tout l’intérêt: il demande à l’adepte d’assimiler beaucoup de connaissances dans les divers domaines de l’existence pour favoriser les meilleures et plus authentiques traductions possibles des réalités symboliques et analogiques qui feront de lui un herméneute impénitent et, si possible, compétent. Et il demande en même temps (comme dirait l’autre) cette vertu d’humilité intellectuelle qui seule permet de traduire un thème en le laissant nous imprégner de telle sorte que ce soit lui qui parle par notre bouche en s’affranchissant de la théorie dans laquelle nous cherchons à le mouler.

Peut-être, alors, grâce à ce travail assidu de permanent apprentissage et expérimentation qui passe par une incessante remise en perspective de nos connaissances techniques ou symboliques ; mais grâce aussi à nos efforts pour interroger nos propres apriori philosophiques  et moraux (souvent non interrogés) qui ne peuvent que colorer l’interprétation que nous offrons à nos consultants ; et grâce enfin à nos possibilités de lâcher-prise par rapport à  toutes les théories et certitudes qui encadrent notre pensée astrologique (nos béquilles) à un moment ou un autre, peut-être alors pouvons nous devenir vraiment utiles à nos semblables.

Ces quelques réflexions me sont venues à l’esprit à la suite de cette tentative avortée de prospective astrologique basée sur le mode de pensée expérimental et statistique qui s’est avéré inadapté à cerner la réalité, au moins en cette occasion.

J’ai voulu les partager avec vous aujourd’hui. Nul doute que nombre d’entre vous voudront approfondir cette réflexion pour le plus grand bénéfice de notre discipline et de son rôle social.

Louis SAINT MARTIN

(1) Le 20 avril évoque pour moi de sombres souvenirs historiques. Comme le 10 mai ou le 18 juin par exemple. C’est le 20 avril 1792 que l’Assemblée législative, empêtrée dans des difficultés sans nombre, oblige Louis XVI à déclarer la guerre à l’Autriche. S’ensuivront 23 années de guerre ininterrompues au terme des quelles la France de 1815, amputée d’un million cinq cent mille soldats sacrifiés à l’idéologie révolutionnaire, se retrouvera plus petite qu’elle ne l’était en 1789.

(2) Ne jamais oublier que le mot « art » dans la langue d’Aristote et dans le vocabulaire philosophique du Moyen-Âge n’a pas le même sens que pour nous. On pourrait le remplacer aisément par le mot technique ou méthode, voire par l’expression savoir-faire. En effet, pour celui qu’on appelle « le Philosophe » l’art est une activité proprement humaine qui mène à la production d’objets matériels ou intellectuels. A cet effet il différencie deux types d’art :
– les arts « mécaniques » (la peinture, l’architecture, la sculpture…) qui produisent des objets matériels et physiques.
– les arts « libéraux » (la rhétorique, les mathématiques, la musique…) qui produisent des objets intellectuels.

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