Suite à la publication de mon dernier ouvrage – « Rendez-Vous chez Origène » – le grand physicien et mathématicien Wolfgang Smith m’envoie le message suivant que j’ai le plaisir de partager avec vous.

Je vous communique aussi la réponse que je lui ai faite.

NB : Les traductions de l’anglais au français et du français à l’anglais dans ma réponse, sont de mon fait. Inutile de vous arracher les cheveux : je suis parfaitement conscient de mon inaptitude dans le maniement de la langue de Shakespeare. Mais le prix des traductions – tant de mes articles que de mes ouvrages – est tellement élevé qu’un modeste astrologue comme moi est bien obligé de se débrouiller comme il peut. 

Bonne lecture à toutes et à tous.

18 juillet 2021

Cher Louis Saint Martin,

Je vous remercie très cordialement pour ce beau nouveau livre portant le nom honoré d’Origène dans son titre ! J’aurais aimé avoir le temps de le lire d’un bout à l’autre et en détail : cela m’intéresse tellement. Permettez-moi cependant de vous remercier avant tout pour cette dédicace remarquable, qui m’a profondément touché. J’exprimerai ainsi mon sentiment : ce que vous dites de moi est précisément ce que j’aspire à être ; vos mots expriment mon aspiration, même si elle me paraît inaccessible. Permettez-moi d’affirmer que, plus que jamais, je suis persuadé qu’une civilisation qui ne respecte pas la vénérable science de l’astrologie est forcément barbare. Le fait est que l’astrologie est en effet « la science de la plénitude » : rejeter l’astrologie, c’est donc rejeter la plénitude – et le faire, c’est être un barbare. C’est écouter une symphonie de Mozart et n’entendre que des sons, une succession de notes sans signification.

J’ai travaillé dur pour rédiger un article majeur intitulé Le christianisme et la tradition védique, dans lequel je compare l’Eschaton[1] védique[2] – ce que j’appelle l’option nirvanique[3] – avec l’Eschaton chrétien du salut. Dans le premier, la personne humaine ou l’individu est « soufflé » comme la flamme d’une bougie, alors que dans le second, il est « sauvé » : c’est à dire divinisé, rien de moins, dans le Christ. Et j’explique que l’Eschaton chrétien n’est accessible que dans le Corps mystique du Christ, qui (en un sens) est l’Église. D’où extra ecclesiam nulla salus[4]. L’un des principaux points de l’article, cependant, est que les problèmes en question ne peuvent pas être appréhendés d’un point de vue exotérique ou « catéchétique », mais appellent à un véritable ésotérisme. Il n’y a pas seulement Pierre « le rocher », mais Jean « le disciple bien-aimé », qui seul, parmi tous les disciples, fut autorisé à « poser sa tête sur la poitrine du Christ ». Ma plainte consiste à dénoncer le fait que Jean a été expulsé, exclu pour ainsi dire : l’élément ésotérique a été supprimé : Verboten !

Je suppose que le dilemme actuel de l’Église institutionnelle ne peut pas être résolu à un niveau exotérique. Il me semble que sans l’élément ésotérique en jeu, une sorte de légalisme mort et mortel prend peu à peu le dessus. Comme nous le dit saint Paul : la lettre tue[5] !

Mon article avait pour but de faire passer ce message. Il s’inspire d’une prédiction remarquable faite par Hans Urs von Balthasar : Il y aura une rencontre entre l’Église et l’Inde, dit-il, qui rivalisera en importance avec sa précédente rencontre avec la Grèce. Nous savons tous ce que l’Église a à donner à l’Inde ; je suis d’avis que l’Inde » a aussi quelque chose à donner à l’Église. Et je suppose que cela peut être un réveil de l’ésotérisme comme une sorte de « levain » pour empêcher l’exotérisme de devenir absolu.

J’espère que vous me pardonnerez de me lancer dans cette discussion ; mais je voulais vous communiquer ces pensées, en me basant sur le sentiment que vous comprendriez exactement de quoi je parle.

Merci encore !

Et que Dieu vous bénisse ainsi que votre famille, mon cher ami.

Wolfgang.

[1] NA : Pour mes lecteurs peu habitués à la langue grecque, l’Eschaton désigne l’objet d’étude de l’eschatologie, c’est à dire le discours sur la fin du monde. Il s’agit donc essentiellement de discours religieux ou prophétiques qui annoncent et décrivent la disparition de notre monde.

[2] NA : Wikipédia nous explique que La Période védique ou Âge védique est la période de l’histoire de l’Inde où les textes hindouistes canoniques, tels que les quatre védas, les Brāhmaṇas, les Āraṇyaka et les Upaniṣad ont été composés en sanskrit védique, une forme du sanskrit. La culture associée à cette période, parfois désignée comme civilisation védique, s’est développée au nord et au nord-ouest du sous-continent indien. La période védique étant, par définition, celle où s’est développée la littérature védique, on peut la situer au IIe millénaire et Ier millénaire av. J.-C. jusqu’au VIe siècle av. J.-C. J’ajouterai qu’elle se termine donc au moment où la grande tradition hellénique – à laquelle notre civilisation moribonde doit tant -, commence à donner ses fruits.

[3] NA : l’état nirvanique est celui de béatitude parfaite pouvant être atteint par la contemplation et l’ascétisme, visant à l’absorption définitive de l’individu dans l’âme universelle et à la disparition du désir.

[4] NA : le contraire de ce que le pape apostat qui gouverne l’Église actuellement, a affirmé en signant la « déclaration d’Abu-Dhabi » où il est écrit noir sur blanc : Les diversités des religions sont une sage volonté divine ! Ce qui n’empêchera pas ce même François d’affirmer dans la lettre envoyée aux Évêques en accompagnement de son Motu Proprio qui est une déclaration de guerre à la Tradition et la Messe de saint Pie V : Rester dans l’Église non seulement « avec le corps » mais aussi « avec le cœur » est une condition du salut.

En bref, Dieu veut qu’un musulman ou un animiste soit « sauvé » mais pas un « traditionaliste » qui assiste à une Messe qui a été celle de tous les papes, de tous les évêques, de tous les saints et de tous les fidèles depuis plus de quatre siècles !

Je remarque que François, comme notre Emmanuel national (ou plutôt « international ») cultive la fâcheuse habitude d’affirmer des vérités contradictoires suivant les publics auxquels il s’adresse. Est-ce une coïncidence si ces deux partisans du « en même temps » sont deux Sagittaires ?

[5] Nous en sommes arrivés à ce moment où une institution qui perd le Nord, et le contrôle afférent, ne se contente plus d’imposer la lettre d’une poigne de fer (voir le dernier Motu Proprio que je cite un peu plus haut) mais substitue sa propre version à celle que l’Église à mis 1962 ans à définir. Ainsi firent les empereurs romains qui se « divinisèrent » et perdirent le contact avec ce qui avait la force de Rome : ses lois, ses coutumes, son génie propre en un mot.

Voici le texte original pour mes lecteurs anglophones

Dear Louis Saint Martin,

            I thank you most cordially for that beautiful new book carrying the honored name of Origen in its title! I wish I had the time to read it from cover to cover—every word: it interests me so much. Let me, however, thank you above all for that remarkable inscription, which has touched me deeply. I will put it this way: what you say is precisely what I aspire to be: it articulates that–for me unattainable—aspiration.

            Permit More than ever I am persuaded that a civilization which does not respect the venerable science of astrology is perforce barbarian. The point is that astrology is indeed “the science of wholeness”: to reject astrology is therefore to reject wholeness—and to do so is to be a barbarian. It is to listen to a Mozart symphony and hear only sounds, a succession of notes without meaning.

            I have worked hard writing a major paper entitled “Christianity and the Vedic Tradition,” in which I contrast the Vedic Eschaton—what I term the nirvānic option—with the Christian Eschaton of Salvation. In the first the human person or individual is “blown out” like a candle flame, and in the second it is saved: deified, no less, in Christo. And I explain that the Christian Eschaton is accessible only in the Mystical Body of Christ, which (in a sense) is the Church. Hence extra ecclesiam nulla salus. One of the main points of the article, however, is that the issues in question cannot be comprehended from an exoteric or “catechetical” point of vantage, but call for a bona fide esoterism. There is not only Peter “the rock,” but John “the beloved disciple,” who alone, among all the disciples, was allowed to “lay his head on the breast of Christ.” My complaint is that John has been pushed out, excluded as it were: the esoteric element has been suppressed: Verboten!

            I surmise the present quandary of the institutional Church cannot be resolved on an exoteric level. It seems to me that without an esoteric element in play, a kind of dead and deadly legalism gradually takes over: as St. Paul tells us, “the letter killeth.” My article was meant to get that message across. It was inspired by a remarkable prediction made by Hans Urs von Balthasar: “There will be a meeting between the Church and India,” he said, “which will rival in importance its previous meeting with Greece.” We all know what the Church has to give to India; my point was that “India” has also something to give the Church. And I surmise it may be a re-awakening of the esoteric as a kind of “leaven” to prevent exoterism from becoming absolute.

            I hope you will pardon me for launching into this discussion; but I wanted to communicate these thoughts to you, based on a feeling that you would understand exactly what I am talking about.

            Thank you again! And God bless you and your family, my dear friend.

Wolfgang

MA RÉPONSE FRANÇAIS/ANGLAIS

28.07.2021

Mon cher Wolfgang

Je suis heureux que cet ouvrage ait pu vous intéresser. Avoir l’honneur de retenir l’attention d’un esprit tel que le vôtre constitue, pour moi, un précieux signe d’encouragement à poursuivre mes efforts dans la mise en lumière de la nature irremplaçable de l’Astrologie.

Dans mes périodes de doute et de difficulté à entretenir la lumière de cette antique sagesse affrontée à l’opacité d’un monde totalement fermé aux dimensions les plus hautes du Réel, je me raccroche à votre témoignage et je me dis que c’est en grande partie grâce à vous que des esprits comme le mien et d’autres encore dans d’autres sphères de la pensée, auront pu s’extraire des ténèbres environnantes et accéder à la plénitude de la Vision.

Grâce à vous j’ai désormais acquis la certitude que mon existence ne se sera pas résumée à courir derrière des nuées, mais qu’elle aura laissé une petite trace qui puisse conduire à la vérité du monde.

Je suis en parfaite communion d’esprit avec vous lorsque vous évoquez la « barbarie » d’une « civilisation » qui rejette l’astrologie. Nous ne parlons de « civilisation » que par commodité de langage car il va de soi, pour moi, qu’on ne peut associer le mot de « civilisation » à celui de « barbarie ».

Conclusion : nous sommes sortis de la civilisation depuis longtemps et nous feignons de ne pas nous en apercevoir. Mais la prise de conscience, lorsqu’elle finira par venir avec son cortège de souffrances, sera très dure à supporter. Il nous faudra admettre que nous avons accepté – par lâcheté et servilité – de confondre le mal et le bien, le faux et le vrai, le laid et le beau, le transgressif et le naturel, l’ignoble et le sain. Et même que nous les avons inversés, encouragés par nos « autorités » politiques, toutes passées du côté de « l’Adversaire », avec l’écœurante complicité de nos « autorités » spirituelles.

Je ne connais pas assez la tradition védique pour en parler avec la pertinence nécessaire, mais je suis bien d’accord avec vous que seul le Christ est la Voie, la Vérité et la Vie. Même si d’autres traditions ont produit des fruits remarquables… mais insuffisants à notre salut.

Il est bien exact que l’Église, dans le sillage d’Aristote et de saint Thomas, a un peu trop délaissé la voie que vous appelez « ésotérique », celle qui concerne toute la dimension surnaturelle du christianisme, au profit d’un rationalisme qui ne pouvait que la conduire là où elle en est sous la houlette de François : appauvrissement doctrinal et liturgique, relativisme moral, apostasie militante, scandales à faire rougir les Borgia.

Mais, comme l’affirme Mgr Athanasius Schneider dans une de ses dernières interviews, Dieu aime à confondre les puissants (les maîtres da la ploutocratie mondialiste actuelle en l’occurrence) avec des moyens très simples, presque ridicules : une fronde pour David, une mâchoire d’âne pour Samson, un simple « signe » pour Constantin, de simples « voix » pour Jeanne d’Arc.

Attendons celui qui nous sortira de notre chaos actuel, avec confiance.

Actuellement je me détends en travaillant certaines des dernières sonates de Schubert et je ne peux m’empêcher de penser à vous à chaque fois que je suis en contact avec cette musique si émouvante et à l’expression que vous avez employée dans un de vos précédents messages : « Chez Schubert, il suffit d’une seule note, d’un simple passage du majeur au mineur,  pour passer de la lumière (le Soleil) à l’ombre (la lune) ».  

Et je constate à chaque fois combien vous avez raison.

Dieu vous bénisse aussi, cher Wolfgang.

A très bientôt la joie de vous lire

Louis.

 

Dear Wolfgang,

I am glad that this book may have interested you. To have the honor of holding the attention of a mind like yours is, for me, a precious encouragement to continue my efforts in bringing to light the irreplaceable nature of Astrology. In my periods of doubt and difficulty in maintaining the light of this ancient wisdom confronted with the opacity of a world totally closed to the highest dimensions of the Real, I cling to your testimony and I tell myself that it is in largely thanks to you that minds like mine and others in other spheres of thought, have been able to extricate themselves from the surrounding darkness and access the fullness of the Vision. Thanks to you I have now acquired the certainty that my existence will not have been summed up in running behind clouds, but that it will have left a small mark that can lead to the truth of the world. I am in perfect fellowship with you when you speak of the « barbarism » of a « civilization » that rejects astrology. We only speak of « civilization » for convenience of language because it goes without saying, for me, that one cannot associate the word « civilization » with that of « barbarism ». Conclusion: we have been out of civilization for a long time and we pretend not to notice it. But the awareness, when it will eventually come with its train of suffering, will be very hard to bear. We will have to admit that we have accepted – out of cowardice and servility – to confuse evil and good, false and true, ugly and beautiful, transgressive and natural, despicable and healthy. And even that we have reversed them, encouraged by our political « authorities », all passed over to the « Adversary » side, with the sickening complicity of our spiritual « authorities ». I do not know enough about the Vedic tradition to speak of it with the necessary relevance, but I agree with you that only Christ is the Way, the Truth and the Life. Even though other traditions have produced remarkable fruits … but insufficient for our salvation. It is quite true that the Church, in the wake of Aristotle and Saint Thomas, has abandoned a little too much the way that you call « esoteric », that which concerns the whole supernatural dimension of Christianity, in favor of a rationalism. which could only lead it to where it is under the leadership of Francis: doctrinal and liturgical impoverishment, moral relativism, militant apostasy, scandals to make the Borgias blush. But, as Bishop Athanasius Schneider asserts in one of his last interviews, God likes to confuse the powerful (the masters of the current globalist plutocracy in this case) with very simple, almost ridiculous means: a sling for David, a jawbone of an ass for Samson, a simple « sign » for Constantine, simple « voices » for Joan of Arc. Let us wait for the one who will bring us out of our current chaos, with confidence. Currently I am relaxing while working on some of Schubert’s latest sonatas and I cannot help but think of you every time I come into contact with this moving music and the expression you used in one of your previous ones. messages: « With Schubert, a single note is enough, a simple passage from major to minor, to go from light (the Sun) to shadow (the moon) ». And every time I see how right you are.

God bless you too, dear Wolfgang.

See you soon, the joy of reading you

Louis.

 

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