Le président d’une des plus importantes associations d’Astrologues en France

nous a adressé il y a quelques jours un message qui ne m’a pas laissé indifférent et auquel j’ai répondu du mieux possible.

Je vous laisse découvrir cet échange ci-dessous.
Bonne Année 2019 à toutes et à tous.

 

Bonjour Louis,

bonjour à tous,

C’est une idée qui me trotte en tête depuis longtemps !

Je pense que les Rois Mages étaient des astrologues et que l’étoile qui les a guidés était un aspect planétaire particulier. On les appelait Mages car c’était le nom donné à l’époque aux devins et astrologues et Rois non parce qu’ils avaient un royaume mais parce qu’ils étaient les meilleurs dans leur spécialité.

J’aurais aimé avoir votre avis là-dessus. Tout d’abord que pensez-vous de cette théorie ? De plus, quelle serait la configuration planétaire de l’époque qui aurait pu servir de « repère » pour les guider (sachant que l’Eglise a reconnu que la date de naissance réelle de Jésus était sans doute fausse) ? Enfin, l’idée de faire une Journée des Astrologues serait une belle façon de pouvoir parler de notre pratique et de notre passion !

Ce sujet, s’il vous inspire, peut très bien faire l’objet d’un Billet d’Humeur…

En attendant, je vous souhaite d’inspirantes bulles de champagne et de beaux moments partagés avec les gens que vous aimez !

Bien à toi et à tous

Marc Brun, président de la FDAF.

 

Ma réponse:

Choisir les Rois Mages comme saints Patrons.

C’est une très belle intuition qui a poussé notre confrère Marc à nous proposer de placer notre profession sous le patronage de Rois Mages… sauf que Marc ne fait là que rendre plus visible une pratique qui remonte à fort loin dans l’ Histoire me semble-t-il.

Pour ma part, en tant qu’Astrologue catholique sans complexe, c’est un patronage que j’ai souvent revendiqué tant auprès de mes élèves et consultants que dans un certain nombre d’articles que j’ai pu publier au fil des années.

Les Rois Mages représentent un sommet d’ordre politique en tant que Rois ; un sommet d’ordre philosophique  en tant que Mages. Ils représentent le pouvoir et la connaissance. Et, sans doute, le pouvoir par la connaissance.

Si on envisage leur éminente dignité à la lumière de la philosophie grecque, on pourrait les comparer au philosophe-roi tel que le décrit Platon au Livre V de la République. Le philosophe, le sage, l’homme de science (au sens grec classique et non au nôtre) est celui qui, à force de purification dialectique, s’est élevé à la contemplation des Idées, ces modèles ou archétypes éternels dont l’ordre sensible et matériel n’est qu’une imitation. Les ayant contemplés il est donc en mesure d’assurer l’ordre de la cité en calquant son organisation sur l’ordre cosmique pour que les hommes vivent en paix et développent toutes leurs virtualités de manière harmonieuse.

Comparaison n’est pas raison, dit l’adage, et c’est très vrai.

Platon, comme tous les philosophes grecs, ignorait la Révélation et il n’aurait pu concevoir un mythe des Rois Mages hors de la lumière que seul le christianisme aurait pu lui apporter.

En effet les Rois Mages ne pratiquent pas la dialectique mais ils suivent une Étoile qu’ils attendaient depuis longtemps et dont il surveillaient l’apparition dans le ciel en grimpant au sommet d’une montagne tous les trois mois jusqu’à ce qu’elle leur apparût surmontée d’une Croix pour leur indiquer le chemin.
Autant dire qu’ils sont poussés et guidés par l’Esprit et que l’inspiration, la vision religieuse chez eux ont remplacé la sèche intellectualité et la cérébralité grecques. De plus, bien qu’ils constituent ce que l’humanité peut enfanter de plus élevé en terme de puissance, de connaissance et de sagesse, ils viennent à Bethléem pour « adorer », « se prosterner » et « offrir des présents ».

Adorer qui ? Se prosterner devant qui ? Un petit enfant qui, dans sa fragilité et son innocence représente la Toute Vérité (Je suis la Voie, la Vérité, la Vie – Jean 14 :6). Où est-il né ? Dans un palais royal, comme eux ? Que non pas, mais dans une étable, le lieu sans doute le plus accueillant, le plus chaud, le plus protecteur qui soit sur le plan symbolique qui n’a rien à voir avec le monument magnifique qui abrite la vanité d’Hérode.

Les Rois Mages nous disent qu’il est vain de se fier à la seule intelligence humaine, quelle que soit sa haute portée dans l’ordre de la connaissance, si on n’accepte pas d’abord de la soumettre à une Vérité qui ne dépend pas d’elle. Je ne sais si on perçoit combien cette approche de la vérité est contraire à tout ce que le monde moderne et post-moderne nous en dit à travers ces enfumages philosophiques  et idéologiques qui nous conduisent à la catastrophe.

Qu’apportent-ils à cet enfant en fait de présents ? L’or, par lequel ils reconnaissent sa royauté au-dessus de la leur, l’encens par lequel ils reconnaissent sa divinité, la myrrhe par laquelle se dévoile sa mission salvifique, son rôle de médecin des âmes passant par le sacrifice de sa nature humaine.

Je ne développerai pas plus cette dimension des choses n’ayant pas pour objectif de vous infliger une méditation religieuse.

Mais si nous voulons adopter les Rois Mages comme Patrons des Astrologues, et fêter notre profession le 6 janvier, il nous faut le faire pour de bonnes raisons. La plus plate étant que ces rois sont appelés « mages ». Ce serait du même niveau que de ne fêter Noël que par référence à un « Père » du même nom inventé par la firme Coca-Cola il y a plus d’un siècle ! Ce que font d’ailleurs la plupart de nos contemporains.

Voici comment, personnellement, je perçois ce patronage.

  • La recherche de la vérité doit tarauder l’astrologue à tous les instants de sa vie. L’Astrologie est un langage dont nous ignorons l’origine (si nous refusons de le voir comme cosmique ou « divin » sous certains aspects). Nous ne pouvons comprendre ce langage qu’en acceptant humblement qu’il nous parle  parce-que certains d’entre nous possèdent la disposition d’esprit nécessaire pour que nous puissions l’entendre. Les manuels, études, cours et ouvrages peuvent nourrir cet esprit, ils ne peuvent nous le donner si nous ne l’avons pas.  Sur la quantité de Rois que la Terre devait supporter à la naissance du Christ, seuls trois ont pris la route. Ce n’est vraiment pas beaucoup. Ainsi tout le monde ne peut être astrologue comme tout le monde ne peut être ténor d’opéra ou ingénieur informatique. Ce qui ne doit empêcher personne de s’y intéresser sérieusement, car le travail sur le langage astrologique développe toujours de multiples potentialités dans la conscience.

  • L’Astrologue de vocation et de profession doit savoir reconnaître humblement qu’il ne bénéficie d’aucun privilège, d’aucune supériorité, il doit renoncer à toute forme de toute-puissance. Notre compétence professionnelle représente un service à assurer, une responsabilité à assumer, comme il devrait en être pour les médecins, les soldats, les pompiers, tous ceux qui ont la tâche de se réaliser en se dévouant pour leurs semblables.

  • Ce qui veut dire que nous devons considérer nos consultant(e)s comme les Rois-Mages traitent l’Enfant de la Crèche. Avec un infini respect. Cette attitude nous amenant à comprendre et à admettre définitivement que c’est le consultant qui possède la vérité qui le concerne et pas nous. Notre rôle est alors de l’aider à la reconnaître, par toutes les ressources d’un savoir que nous devons sans cesse perfectionner, par toutes celles de l’écoute réelle et de l’empathie, et toujours dans le strict respect de son intégrité et  de son intérêt. Le servir n’est pas l’épater, le dominer, ou l’inquiéter mais déposer à ses pieds les trésors que peuvent constituer des conseils avisés et désintéressés.

Alors sans doute serons-nous dignes de choisir l’Épiphanie – dont le nom évoque, je le rappelle, l’apparition, voire l’illumination – comme fête des Astrologues.

Bonne année 2019 à tou(te)s mes confrères et conseurs.

Louis SAINT MARTIN

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