J’ai reçu, tout récemment le message suivant dont je ne saurais trop louer la concision, même si elle frise quelque peu la rudesse. Bien entendu, comme il  va de soi, je conserve à ce message un anonymat absolu n’ayant pas été autorisé par l’auteur à le publier.
Le thème qu’il aborde de manière si abrupte m’a paru assez intéressant pour donner naissance à un article qui permettra peut-être de fixer les idées de celles et ceux, qui, comme mon correspondant, se posent encore ce genre de question.

Voici le message :
« De : M…… S…….
Ville / Département :
Téléphone :

Sujet : L’astrologie et la voyance ne sont pas des sciences exactes.
Corps du message :
Bonjour
Je voudrais juste m’informer
Ce serait pour savoir, si l’astrologie et la voyance ne sont pas des sciences exactes.
Quel est votre avis?
Donnez-moi un exemple simple à comprendre.
Merci–

Cet email a été envoyé via le formulaire de contact de Pronoia : http://www.astrophilo.com » 

VOICI MA REPONSE.

 Cher Monsieur,

Votre question qui paraît si simple au premier abord, touche à des points essentiels, non seulement concernant les sujets que vous évoquez – la voyance et l’astrologie – mais le domaine de la connaissance en son entier à travers la notion de « science exacte ».

En fait, la plupart de ces points sont évoqués ou font l’objet d’une réflexion approfondie (dans la limite de mes moyens) dans le livre que j’ai publié en mars dernier chez L’Harmattan, dans la collection Théôria, sous le titre :

« Sagesse de l’Astrologie Traditionnelle »…

Titre dont je me suis aperçu par la suite qu’il convenait mal à mon propos. J’aurais dû l’intituler « Sagesse de l’Astrologie » tout court, voire « Sagesse de l’Astrologie Contemporaine » dans la mesure où je fonde mon analyse sur des travaux du XXème siècle, qui, par définition, ne pouvaient être connus des grands auteurs de la « tradition ». Bref. Ce qui est fait est fait. Mais je vous engage, si vraiment le sujet dépasse la simple curiosité, de vous reporter à ce livre qui vous apportera quelques solides éléments de réflexion.

Cela dit, je vais répondre mais en « faisant court » car il n’est pas question de reprendre ici en détail tout ce que j’ai pu déjà écrire dans mon livre.

Quid du mythe de la « science exacte » ?

Il vous faut être conscient que lorsqu’un auteur ou un philosophe de la tradition parle de « science » il n’entend aucunement le terme dans la version réductrice que le monde moderne donne à ce mot. Dans le livre évoqué ci-dessus je précise les choses (au bas de la page 25). J’y explique que la science [entendue dans son sens moderne] n’est pas celle dont Platon ne cesse de faire l’éloge tout au long de son œuvre. Elle lui tourne même le dos ! Il ne s’agit plus à notre époque, de découvrir les essences présentifiées – ce concept de présentification, comme celui de réalité iconique, et d’autres encore, comme celui de Toute-Réalité, sont empruntés à la pensée de Jean  Borella, à qui je dois beaucoup et que je vous engage à lire. La suite de l’article explicitera ces notions.
Pour la « science » traditionnelle l’univers physique est le miroir du monde originel et permet de contempler le monde des archétypes et d’y ressourcer nos esprits pour accéder à la Sagesse. Alors que la science moderne se contente de découvrir le mode de fonctionnement de cet univers physique pour que nous devenions comme « maîtres et possesseurs de la nature » en le modélisant, c’est à dire en éliminant tout ce qui ressortit au qualitatif et à l’individuel. Bref, la science moderne est tout entière orientée vers la satisfaction de nos désirs de toute puissance, donc vers l’exploitation de l’univers physique. C’est pourquoi elle se nie elle-même en tant que Sagesse, en se résorbant dans la Technique.
Il s’agit donc d’une inversion totale de la philosophie traditionnelle : au lieu de nous faire sortir de la caverne du monde physique [pour découvrir le monde spirituel dont le monde physique n’est que le reflet] la science moderne nous y enchaîne d’autant mieux qu’elle nous donne l’illusion de la toute puissance et alimente le fantasme de la conquête de l’immortalité  par la technique.

Jacques Maritain qui a consacré beaucoup de ses premiers travaux à l’examen critique du cartésianisme [le père de notre « rationalisme » moderne] a « notamment mis en lumière la substitution à l’antique principe de la Sagesse, celui de la Science – celle-ci d’ailleurs conçue selon une perspective entièrement nouvelle, appelée à une extraordinaire fortune, qui soumet le savoir tout entier à une méthode valable seulement en physico-mathématiques ». C’est à dire à deux principes qui constituent les deux conditions sine qua non de ce que vous appelez « exactitude » :

  • Le principe déterministe : le futur est mécaniquement déterminé, et ceci de façon unique et obligée.

  • Le principe de causalité : le futur est exclusivement la conséquence du passé, et non l’inverse.

À partir de ces deux principes Descartes pensait pouvoir construire une Science unique ! Ce qui s’est révélé impossible Dieu merci. Mais la valeur du type de connaissance physico-mathématique moderne s’est révélée tellement opérative, qu’on a voulu l’imposer à toutes les branches du savoir alors que le bon sens voulait qu’il fût maintenu dans la zone de ses objets proportionnés : l’univers physique et seulement l’univers physique, le monde dans sa concrétude et sa matérialité.

On lui a alors sacrifié « les éléments authentiques de l’ancienne philosophie de la nature, en les dissociant de la « physique » périmée avec laquelle ils avaient été si longtemps confondus » (nous dit Henri Bars, commentateur de la pensée de Maritain). Ce qui n’a pas découragé  ceux qui, comme Maritain, se sont employé à défendre épistémologiquement, contre des préjugés persistants, la légitimité et la nécessité d’une philosophie de la nature[1] distincte à la fois de la science au sens moderne du mot et de la métaphysique. Voilà un grand mot lâché.

 Or, qu’est-ce que la métaphysique ?

C’est une sagesse suprême de l’ordre naturel qui s’efforce de mettre en lumière l’essence des choses hors toute considération physique, mécanique, causaliste ou utilitaire quantifiables et mesurables.  Ce qui l’associe, sans aucunement s’y confondre, à la théologie et à l’expérience mystique, dont Maritain nous dit qu’il s‘agit d’un« savoir » authentique mais incommunicable.  Et qui l’apparente, aussi et surtout, avec l’art, tous les arts, en tant qu’activités supérieures de l’esprit humain, la poésie et la musique surtout….

Et si Maritain ne confond nullement ces manifestations supérieures de l’esprit humain avec l’activité philosophique qui est recherche de la vérité par la pure raison, il a toujours mis en lumière les relations vitales qui font communiquer toutes ces dimensions dans l’âme humaine et donc, éventuellement, dans celle du philosophe dont l’esprit veut bien s’ouvrir à ces réalités [ils ne sont pas nombreux de nos jours] et se laisser inspirer par elles.

Et bien entendu j’associe pleinement l’activité astrologique à ce que je viens d’appeler « les manifestations de l’esprit humain ». Comme je l’ai dit souvent, on pourrait presque définir l’Astrologie comme une activité métaphysique, mais il vaut mieux à mon avis l’évoquer comme méta-naturelle ou trans-naturelle pour lui conserver son originalité propre.

Et l’Astrologie dans tout ça ?

C’est tout simple. L’Astrologie est possible par la prise en compte du fait que la nature est porteuse d’une information qui dépasse le cadre de son seul fonctionnement physique, mécanique. C’est cette information dont l’astrologue essaye de se faire le traducteur.
Comment cela est-il possible ?
Jean Borella nous répond [j’expliciterai au fur et à mesure les termes qui pourraient surprendre le lecteur car, comme tous les grands penseurs, Borella s’est constitué un langage propre à traduire sa vision du monde].
– Je le cite[2] :
Entre le signifiant symbolique [le ciel comme système astrologique] et le référent [l’Intelligence, quelle que soit sa forme, qui s’exprime à l’aide du ciel envisagé comme une langue], il y a le sens qui les unifie parce qu’il est leur commune identité, et qu’il dépasse tout degré ontologique [qui concerne l’Être-en-soi et l’Être des choses] déterminé. Entre les mots et les choses, il y a le référent intelligible, l’archétype [une structure cosmique qui trouve son reflet dans notre esprit] en qui réside le véritable fondement de la causalité sémantique, c’est-à-dire, au fond, le Verbe divin qui est l’Auteur à la fois des uns et des autres, des symboliques traditionnelles et des mondes. […]. Dans cette perspective, on peut dire que tout est signe, et que tous ces signes se font “signes d’intelligence”. L’univers symbolique, le mythocosme [la source universelle du mythe] traditionnel, c’est, en réalité, le monde intelligible transparaissant à travers toutes les formes sensibles, et les rapports de causalité s’effectuent, en réalité, d’essence à essence : ce sont des rapports de compréhension.

Ce passage vous sera sans doute plus clair quand je serai revenu sur cette notion de causalité sémantique utilisée quelques lignes plus haut pour vous la rendre plus explicite.

– La causalité sémantique est autre que la causalité physique ou mécanique  à laquelle nous sommes habitués : le feu chauffe et l’eau se met à bouillir – l’archer tire la flèche et elle atteint sa cible (avec un peu de chance…) – j’appuie sur le commutateur et la lumière jaillit.

Il est clair qu’il y a, dans tous ces cas tirés de l’existence humaine commune, une intervention concrète, physique de la cause sur l’effet. C’est d’ailleurs le principe mis en lumière dans ces exemples qui a conduit Newton à concevoir sa théorie de l’attraction universelle… en voyant tomber une pomme de l’arbre devant lui.

Dans la causalité sémantique c’est le sens qui devient efficient et établit une relation entre les différentes phases de la manifestation.

Un exemple simple serait celui-ci :
– je pousse mon frère et il tombe dans la piscine = causalité physique
– je dis à mon frère « l’eau est délicieuse, tu devrais plonger », et il plonge… ou ne plonge pas. Mais il reste libre de son action.
Dans ce deuxième cas la causalité est purement sémantique.

Cela veut dire qu’elle fait intervenir le seul sens perçu par celui qui reçoit l’information, en mobilisant son intelligence et sa volonté, hors de toute contrainte physique. Et ceci est à souligner.

Dans la causalité sémantique, dont ressortit l’astrologie en tant que langue symbolique basée sur la mise en évidence d’analogies, de correspondances et d’homologies, l’agent n’agit pas directement sur l’agi. En l’occurrence les corps célestes n’ont aucun pouvoir sur notre destinée. Ils se contentent de la refléter du fait qu’eux et nous participons d’une origine commune; ils se contentent de délivrer une information sur l’ordre des choses dans lequel cette destinée se trouve engagée pour lui donner les moyens de le comprendre et de s’orienter efficacement. En d’autres termes l’astrologie ne nous contraint à rien, elle nous révèle le plan d’une destinée à l’intérieur d’un ordre plus vaste.  Étant entendu que si nous sommes là c’est bien que nous avons une destinée à accomplir et que cette destinée est régie par cet ordre qui la dépasse et dans lequel elle peut et doit trouver sa place, toute sa place. Place dont il ne dépend que de nous de lui donner les plus hautes dimensions possibles dans l’ordre du Bien.

Il est clair que dans ce schéma, l’information reçue d’un côté et sa réception plus ou moins approfondie, consciente et lucide de l’autre, détermineront des parcours fort différents, quoique obéissant au même héritage de départ : notre thème natal. Je n’insiste pas sur ce point, je l’ai développé de multiples fois par ailleurs sur ce site ou dans d’autres publications et notamment dans mon livre cité di-dessus.

Mais ce qui doit être clair désormais c’est que « science exacte » correspond à un schéma de pensée qui ne peut et surtout ne doit absolument pas conditionner la pensée astrologique, ni sur le fond, ni sur la forme ni sur les buts, comme il ne peut s’adresser à quelque autre activité intellectuelle ayant pour but de comprendre l’Être Humain dans toutes ses dimensions. Être Humain qui n’est pas une machine dont on a déterminé le fonctionnement du moindre rouage une bonne fois pour toutes en vue d’un résultat toujours identique à lui-même. Auquel cas nous n’aurions plus affaire à des personnes mais à des robots. Ce que tend à faire de nous la technoscience et ses délires transgéniques actuellement. Car, s’il est vrai que notre existence et notre personnalité sont solidaires d’un schéma préexistant symbolisant sans doute l’histoire de notre lignée avant notre naissance et se reflétant dans notre thème natal, il n’en demeure par moins vrai que nous restons les maîtres de nos propres destinées étant donné que la nature [pour moi il s’agit de Dieu, mais je ne force personne à partager mes convictions] a fait de nous ce que Aristote appelle des substances : des êtres subsistant par eux-mêmes, centre d’intelligence, de volonté, d’initiative et de libre-arbitre. Pas des machines ou de simples animaux. Que cette liberté, en théorie in-finie, que nous octroie notre nature humaine se heurte dans son déploiement potentiel, aux circonstances dans lesquelles elle se trouve placée, cela est évident. C’est de cette double situation : libres par l’esprit, conditionnés par l’existence terrestre que sont nées l’ensemble des réflexions consacrées à la religion, à la morale, à la politique, sans oublier l’art, la littérature, etc…

Ferai-je preuve d’une optimisme outrancier en suggérant que le modèle réducteur et inhumain d’une science déterministe dont nous souffrons depuis trois siècles est en train de mourir de sa belle mort sous les coups que lui ont portés d’abord l’indéterminisme foncier de l’univers quantique… et les ravages que sa mise en œuvre, aveugle et prédatrice, ont entraînés sur notre environnement ?

En conclusion de cette première partie nous pouvons conclure, sous réserve de développements qui dépasseraient le cadre de cette réponse et que nous trouverons dans mon livre cité plus haut :

  • Que l’astrologie ne ressortit pas à l’univers déterministe et causaliste d’une science entendue comme tributaire des seuls impératifs de la physique et des mathématiques et tournant le dos à sa vocation de Sagesse ainsi qu’à la prise en considération de la destinée humaine qui dépasse de bien loin les seuls considérations mécaniques et matérielles résumées dans des équations mathématiques.

  • Que sa nature se situe du côté  d’une causalité sémantique, débouchant sur une herméneutique spécifique; une causalité non physique mais tributaire de toutes les dimensions, [de tous les degrés ontologiques dirait Borella], de l’Univers. Et que cette herméneutique peut s’apprendre et se perfectionner a proportion des dispositions et du talent du praticien car il ne faut pas oublier que l’Astrologie est un « art » avant d’être une « science » au sens traditionnel.

  • Et enfin, que cette conception d’un univers ramené à sa seule dimension physique est une maladie moderne dont les Anciens avaient été très heureusement préservés et vers lesquels il faut se retourner – comme le font certains grands penseurs actuels : Wolfgang Smith, Étienne Klein, Bernard d’Espagnat, etc…- si on veut retrouver la voie de la Sagesse et, celle de la survie de notre Espèce.

  • Et enfin que si « exactitude » signifie déterminisme étroit, l’astrologie, elle, se révèle fondamentalement indéterministe car respectueuse de notre capacité à agir sur notre propre destinée en faisant appel à l’intelligence, la volonté, le libre-arbitre.

Reste la Voyance. Comment la définir ?

Je vous propose cette définition provisoire : il y a voyance lorsqu’il y a possibilité de dire quelque chose de vrai concernant la connaissance d’une personne jusque-là inconnue, de son passé, de ses expériences et de son avenir, hors tous moyens d’investigation fournis tant par les sciences exactes que par les sciences humaines.
Il y a certainement de meilleures définitions mais acceptons celle-là qui me paraît lui convenir à cet entretien

Autre question importante : la voyance, telle que je viens de la définir, existe-t-elle concrètement et assurément ?

Indéniablement oui.
Je vous conseille pour vous en convaincre de vous reporter à l’œuvre de Bertrand Maheust dont la thèse universitaire, publiée en 1999, a été «  éditée en deux tomes sous le titre de Somnambulisme et médiumnité. Le livre fait le point sur les controverses suscitées par la parapsychologie, mais aussi la psychologie. Il retrace l’histoire des recherches, des théories et des concepts qu’ont engendrés la question des potentiels cachés de l’être humain depuis la fin du XVIIIe siècle. Bertrand Méheust est actuellement un des principaux connaisseurs du domaine de la métapsychique en langue française… » (Wikipédia).

Je vous recommande plus particulièrement  son ouvrage : Les miracles de l’esprit : Qu’est ce que les voyants peuvent nous apprendre ? (Les Empêcheurs de Penser en Rond, La découverte, janvier 2011) où il analyse le cas de personnalités de très haut niveau de voyance. Vous serez ensuite incollable sur le sujet.

Mais ces cas sont rares. Ils participent de facultés, certes humaines, mais exceptionnelles, comme étaient exceptionnelles les facultés d’exécution de Liszt au piano ou de Paganini au violon ou de Maria Callas pour le chant. Tout le monde peut jouer du piano ou du violon (sauf les manchots, aurait sans doute ajouté ce farceur de Brassens) ou chanter (sauf les muets) mais arriver à faire de tels prodiges de ses doigts ou de sa  voix comme les personnalités que je viens de citer, voilà qui surpasse les moyens communément attribués par dame  nature au commun des mortels.

Si nous poursuivons cette métaphore, cela voudrait-il dire, en revanche, que nous sommes tous plus ou moins « voyants », comme nous avons tous dix doigts et une voix ?

Sans aucun doute, mais potentiellement seulement et exceptionnellement, dans des circonstances très précises ; dans ces situations où, sous le coup d’une intuition subite nous avons pris la bonne décision, avons tourné au bon endroit, avons choisi la bonne personne sans qu’une analyse rationnelle ait été conduite. Quand nous pensons avoir eu une « intuition » qui nous a révélé de manière ressentie comme certaine, ce qu’il convenait de faire et à quoi cela allait aboutir. Situation que nous avons tous vécue au moins une fois dans sa vie.

Il y a donc différents niveaux de voyance et différentes formes de manifestations de la voyance. Ce qui n’est étonnant que si on refuse de considérer que notre esprit ne se limite pas à nos facultés purement rationnelles et logiques mais n’est qu’un reflet de l’esprit universel et de tous ses degrés de manifestation dans lesquels temps et espace, passé et futur, perdent les limites que nous leur assignons dans l’univers physique. Je n’en dirai pas plus ici, ne voulant pas m’étendre sur un sujet qui n’est pas le mien.
Je dois dire que mon activité m’a fait rencontrer épisodiquement beaucoup de « voyants » et « voyantes » qui m’ont offert des « prédictions » mais que, à l’exception d’une seule rencontre, toutes se sont révélées tellement absurdes que, avant la lecture de Maheust, j’avais définitivement tiré un trait sur  le sujet. Songez que l’une de ces dames prétendait tenir les absurdités qu’elle me délivrait de Marie-Antoinette elle-même. L’autre, qui faisait parler les statues de saints, m’affirma que j’allais devenir Ministre de l’Intérieur et j’en passe.

Ce qui est amusant c’est que le jour même où vous me posiez votre question, je recevais le dernier numéro de « L’Homme Nouveau » auquel je suis abonné et tombais sur l’article : « Satanisme, occultisme : le diable fait toujours bonne presse » signé par un distingué philosophe du nom de Jean-Michel Beaussant souvent bien inspiré. Cet article fera l’objet d’une Lettre Ouverte au journal, donc je ne le commenterai pas.
Mais ce qui nous intéresse ici ce sont les chiffres qu’il nous donne concernant l’activité de « voyance ». Je cite : « En quatre ans, le nombre de voyants a plus que doublé, passant de 40.000 en 2003 à 100.000 en 2007. En 2010 le fisc français estimait à trois milliards d’euros le chiffre d’affaires des professionnels de la voyance pour 15 millions de consultations déclarées (50% ne le seraient pas). Il y dix fois plus de voyants que de prêtres[3] (10.000) ou de psychiatres[4] (13.000) ». Fin de citation.

Qui peut croire qu’il y ait 100.000 « voyants » capables de prédire votre destinée à toute heure du jour (et pour certains, de nuit) 8 heures par jour et 7 jours sur 7 quand on sait combien ce phénomène, même chez les plus grands et les plus authentiques, est aléatoire ?

De nombreuses enquêtes ont été entreprises sur cette activité et certaines très éclairantes. Je me souviens par exemple qu’un dossier avait été consacré sur une grande chaine de télé, il y a quelques lustres, à l’activité florissante d’un « cabinet de voyance » qui s’appelait « Divinitel » (si mes souvenirs sont bons) et dont le propriétaire engageait des étudiants désargentés pour répondre au téléphone à une clientèle soucieuse de connaître son avenir, en inventant leurs réponses suivant leur fantaisie après avoir plus ou moins tiré les vers du nez de leur interlocuteur.

On me répondra que toute profession englobe son lot d’escrocs et de manipulateurs et pas seulement les professions de voyants ou d’astrologues. La banque, l’immobilier, les assurances, la politique, la médecine, l’industrie pharmaceutique, l’immense domaine de la « consommation » en général, sont agités de scandales énormes où il apparaît que certains profitent astucieusement de la naïveté et de la confiance de leurs compatriotes pour les dépouiller. Mais il est vrai que certaines profession s’y prêtent mieux que d’autres du fait que leur activité est beaucoup moins vérifiable et contrôlable que d’autres.

Donc ne jetons pas la pierre à la « voyance » mais à ceux des professionnels – légalement déclarés ou non – qui prétendent exploiter un don qu’ils n’ont pas au détriment de leur clientèle. Point.

Au-delà de cet aspect des choses, il convient maintenant de faire le point non plus sur la nature de la science, de l’astrologie et de la voyance dont nous avons essayé d’esquisser en quoi elles consistent, mais sur ce que nous pouvons et devons en attendre :

  • La science exacte, ne nous dit rien d’essentiel sur le monde dans lequel nous vivons, sur la nature du cosmos, sur nos origines et sur le sens de notre existence. Elle ne s’intéresse qu’aux apparences physiques pour mieux les dominer et les utiliser. Devant un tableau de Van-Gogh elle considérera son poids, son prix, les huiles et la toile qui ont été utilisées et ignorera le « sens » de l’œuvre.
    Devant un agneau elle verra rarement un symbole christique, l’Agneau pascal, mais un animal qui peut être acheté, vendu, cuisiné suivant certaines recettes et consommé pour notre plus grand profit corporel.

     

  • La voyance – quand elle existe – ne nous dira rien non plus sur le sens de notre existence. Incertaine, fragile, souvent confuse, elle pourra éclairer certains événements de notre passé ou de notre avenir, mais à quoi cela nous avancera-t-il si nous ne pouvons en dégager une règle d’action ou une quelconque orientation spirituelle, morale, psychologique, bref une sagesse pour conduire notre existence ? De plus, si les situations perçues par la voyance sont, par définition, inéluctables – autrement elles ne seraient pas perçues par le/la voyant(e) – à quoi cela sert-il de les connaître puisque nous ne pouvons pas les changer et qu’il nous faudra les subir ?

Nota : Nous pouvons constater au passage que « science exacte » et « voyance » présentent toutes deux l’inconvénient d’un déterminisme absolu et nient presque absolument notre liberté de choix.

  •  Seule l’Astrologie, en s’efforçant d’éclairer les déterminations, tendances, qualités et tensions dont nous sommes dotés à notre naissance (n’oublions jamais que le thème est un héritage avant tout autre chose) – en balisant le chemin que nous pourrions emprunter pour orienter notre existence – en dotant notre libre-arbitre des moyens de décider, seule l’astrologie donc constitue une authentique école de Sagesse, fidèle aux préoccupations des Anciens qui cherchaient le moyen de rendre la vie bonne en l’accordant au grand ordre universel.

J’ai souvent utilisé la métaphore d’une carte de marine pour évoquer le rôle de notre thème natal : nous connaissons l’objet du voyage auquel nous ne pouvons échapper : l’existence. Nous en connaissons le terme : la mort qui donnera sens à toute notre existence et l’entrée dans la vie éternelle (pour les non-matérialistes bien sûr). Entre les deux il nous faut connaître les moyens dont nous disposons pour entreprendre le voyage de la vie et l’itinéraire que nous devons emprunter pour accéder à notre accomplissement de la meilleure façon possible.

C’est le rôle de l’Astrologie que de nous donner quelques lueurs sur les uns et sur l’autre. Ensuite c’est à nous de jouer et d’utiliser les moyens que Dieu nous a donnée : intelligence, volonté, libre-arbitre.

Il y faut un certain « don » sans doute, une prédisposition si on préfère – comme pour les mathématiques, la musique ou l’élocution par exemple – beaucoup de travail et d’expérimentations pour valider nos perceptions, et enfin beaucoup d’humilité devant l’infinitude du Réel dont l’Astrologie ne nous dévoie qu’une modeste dimension.

 En espérant avoir répondu à votre question, je vous adresse, cher Monsieur, mes bien cordiales pensées..

 LSM

 

[1] C’est à dire une philosophie qui cherche à connaître la nature des choses, leur essence constitutive, ce qui n’est pas le cas de la science moderne qui se contente de les dominer pour les utiliser.

[2] Jean Borella, La crise du symbolisme religieux, L’Âge d’Homme, Delphica, 1990, p.92.

 

[3] A qui la faute ?

[4] Ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose….

6 réponses à to “De la SCIENCE dite « EXACTE », de la VOYANCE et de l’ASTROLOGIE.”

  • Bonjour Monsieur Saint Martin,
    je vous remercie pour votre article que je trouve remarquable d’intelligence, d’instruction et de bon sens. C’est très rare de voir un bon théoricien de la valeur de l’astrologie. Cet art-science peut s’avérer très utile à nos contemporains. Le problème, c’est que le public croit qu’elle se réduit aux horoscopes des magazines. Il faudra un persévérant travail de communication pour changer cette « croyance ».
    J’étudie moi-même l’astrologie depuis 9 ans, et l’enseigne dans l’Indre (36) depuis 4 ans (je ne suis qu’une « jeune » astrologue qui a encore beaucoup à apprendre, mais je suis passionnée par ses possibilités). Je connais personnellement Bertrand Méheust car il est de ma région du Berry (son nom est bien Méheust, et non Maheust). Ses travaux sont également très intéressants. S’il est toujours bibliothécaire de l’Institut métapsychique de Paris, il a un fonds d’archives extraordinaire.
    Au sujet de la voyance, je ne pense pas qu’elle soit déterministe comme vous le dites. J’ai de nombreux voyants dans mon entourage et j’observe qu’ils peuvent annoncer de nombreuses choses qui ne se produisent pas. Ce n’est pas qu’ils se trompent, ils ont pu vraiment « voir » qu’il pouvait se passer tel ou tel type d’événement. Les gens croient que ce qui est annoncé va immanquablement se produire, mais ce n’est pas vrai. J’ai coutume de dire que le futur en soi n’existe pas. Ce n’est qu’un prolongement du présent. On pourrait dire que le futur est un éventail déployé de possibilités, certaines plus probables que d’autres en fonction du positionnement de la personne dans le présent, de ses décisions et actions. En se focalisant sur quelque chose (c’est le principe de la loi d’Attraction, très bien expliquée par Esther et Jerry Hicks, et d’autres spécialistes de développement personnel), on augmente les chances que ce « quelque chose » arrive. Si la personne se focalise sur ce que le voyant a annoncé, cela a de très fortes chances d’arriver. Mais si la personne a la force mentale et spirituelle de changer ses idées (c’est là où réside notre libre-arbitre), cela peut tout changer du déroulement des événements suivants. Je parle d’événements personnels, par des grands événements collectifs comme la 2ème Guerre mondiale, où il y a convergence de choses qui nous dépassent individuellement. D’où la grande responsabilité des voyants de ne pas annoncer brutalement des événements négatifs, enfermant les personnes dans une sorte de prison mentale (en annonçant des morts ou accidents par exemple) mais d’ouvrir les possibilités vers quelque chose de meilleur.
    C’est comme s’il y avait trois étapes pour arriver à la manifestation d’un événement : il y a d’abord une sorte d’embryon d’événement dans « l’éther », dans l’Univers, qui peut ne jamais donner naissance à quelque chose s’il n’y a pas – deuxième étape – une prise de conscience ou de non-conscience, une décision individuelle. Cette deuxième étape peut enrayer la troisième, qui est la survenue (ou non) de l’événement.
    J’utilise la même métaphore que vous en consultation : nous sommes chacun capitaine de notre navire, et il nous faut des outils de navigation pour mener notre barque. Cela ne nous évite pas de traverser des tempêtes, mais cela nous permet de les traverser plus sereinement.
    Ceci n’était qu’une modeste réflexion basée sur des observations personnelles.
    Je vous remercie encore pour la richesse de votre pensée,
    Bien à vous,
    Mireille Morga-Smith

    • Chère madame,

      Je vous remercie de l’accueil que vous avez réservé à mon article, et plus encore des développements que vous lui avez apportés que je trouve tout à fait passionnants. D’autant qu’ils rejoignent la lecture de que je suis en train de faire de l’oeuvre de Philippe Guillemant –  » La Route du Temps » – qui corrobore pleinement votre approche du passé et de l’avenir. Donc de la « voyance ».
      J’aimerais donc vous proposer de publier votre commentaire sous forme d’un nouvel article sur mon site. Soit de manière anonyme si vous le souhaitez, soit sous votre identité si vous en êtes d’accord. Et j’y adjoindrai les commentaires qu’il m’inspire.
      Merci encore de votre contribution et bien cordialement à vous

      LSM

  • ROLLAND:

    J’ai pris l’habitude quand j’étais enseignante, de préciser à mes élèves lorsque nous abordions un point scientifique,apparemment purement objectif, « en l’état actuel de nos connaissances » et je leur demandais de toujours garder ceci en tête dès qu’une information leur parvenait, de quelqu’ordre qu’elle soit.De puis que j’ai commencé mes études (collège,lycée, fac, curiosité), j’ai vu bouleversées des données « scientifiques » considérées comme sûres. Je ne comprends même plus (enfin, j’ai du mal à accepter) que les scientifiques, même dans les domaines les moins « vivants », les plus mathématiques ou physiques, par exemple, s’arque-boutent sur leur position quand une découverte nouvelle la démontre erronée. Même en restant disons « au ras du sol », il n’y a pas de science exacte, seulement des bonnes et moins bonnes compréhension de notre monde, au sens le plus large du mot.

    • Vous parlez d’or, comme toujours.
      Je suis en train de réunir quelques commentaires fort intéressants qui m’ont été adressés après la publication de mon article et je vous demande l’autorisation de citer votre texte, sous le plus rigoureux anonymat, bien entendu.
      Bien amicalement à vous.

  • ROLLAND:

    Vous avez mon autorisation, bien sûr. Amicalement.

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