© Copyright 2008 Corbis CorporationL’Histoire de la Ve République qui est née d’une manipulation de l’opinion publique assortie d’un coup d’Etat qui n’a pas osé dire son nom, est pleine d’épisodes nauséabonds et les derniers en date ne nos font pas oublier les autres survenus essentiellement sous De Gaulle et Mitterrand. J’ai déjà eu l’occasion de les évoquer succinctement dans certains de mes articles précédents, je n’y reviens pas.

Mais jamais peut-être, scandale et forfaiture ne furent plus emblématiques que celles qui nous valent, quasi dans la même journée :

–         la mise en examen d’un président du Conseil général des Bouches du Rhône, sénateur en exercice – et même secrétaire du Sénat -, ancien conseiller municipal de Marseille (2e ville de France) et ancien président de la fédération socialiste des Bouches du Rhône (une des plus importantes de France, sinon la plus importante)

–         et celle du Ministre du Budget soi-même, ancien Maire de Villeneuve/Lot et ancien député du Lot et Garonne.

–         sans oublier les mises en examen annexes tant dans la fédération socialiste et le Conseil général des Bouches du Rhône que dans celle de la fédération socialiste du Nord-Pas-de-Calais qui a, elle aussi, défrayé la chronique de la crapulerie ordinaire ces dernières années.

Il faudrait remonter à Louis XIV et à l’arrestation de Fouquet, surintendant des Finances, par d’Artagnan, pour trouver un épisode équivalent dans notre Histoire.

Rassurons nous, M. de Cahuzac ne croupira pas dans la forteresse de Pignerol, ne portera pas un masque de fer et n’inspirera pas un nouveau Dumas soucieux de « faire à l’Histoire de  beaux enfants » car je ne vois pas ce qui, dans l’itinéraire besogneux de ce rapace provincial, pourrait l’apparenter à son illustre prédécesseur, homme de culture et de goût, grand amateur d’art, grand mécène, protecteur de La Fontaine et Mme de Sévigné.

Qu’est ce qui peut pousser, d’après vous, un chirurgien cardiaque à déchoir vers la chirurgie dite esthétique, à ouvrir sa propre clinique et à y implanter des cheveux sur les crânes de narcisses friqués ?

Qu’est ce qui peut le conduire à se lancer en politique, à suivre un temps le courant d’un huluberlu tel que le candidat à la présidence Michel Rocard qu’il conseille pour les questions de santé,  puis à travailler auprès du ministre de la santé de ce même Rocard devenu grand Vizir du Pacha de la rue de Bièvre et à s’installer comme Conseiller technique pour le médicament, poste hyper-stratégique à l’interface du ministère et la direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

 Puis, fort de l’expérience acquise et des réseaux constitués, qu’est-ce-qui a bien pu lui inspirer l’idée d’ouvrir « Cahuzac Conseil » cabinet travaillant exclusivement pour l’industrie pharmaceutique et rapportant à son heureux fondateur beaucoup d’argent grâce à ses performances de « conseiller purement technique » (le « purement » est un chef d’œuvre d’humour) pour le compte de ces laboratoires (dont je connais bien les méthodes pour y avoir occupé d’importantes fonction pendant des années) qu’il avait eu à contrôler du temps où il était fonctionnaire de l’Etat ?

Au fait, aurait-il aussi « conseillé » les laboratoires Servier ? C’est ce que nous ne saurons peut-être jamais.

Qu’est ce qui l’a conduit au Grand Orient de France, tremplin quasi obligatoire pour lancer une carrière politique « à gauche » ….et même « à droite » ?

Je ne me demande même pas pourquoi un homme dont on découvre peu à peu, les étonnantes possibilités financières, a cru bon d’employer « au noir » pendant un an et demi une femme de  ménage philippine en situation irrégulière. Car je sais que pour ce genre de personnage il n’y a pas de petit bénéfice.

Mais, ce qui moi me surprend le plus – même si j’ai quelques petits éléments de réponse – c’est le cheminement qui a permis à un chirurgien cardiaque puis plasticien, puis « conseiller » pharmaceutique….à devenir un tel expert fiscaliste qu’on l’ait choisi pour devenir ministre du Budget, poste hypersensible dans un gouvernement chargé de résoudre une crise majeure de notre vie économique et, qui plus est, un gouvernement « de gauche irréprochable ».

Où, quand, comment a-t-il acquis ces compétences qui l’ont fait préférer à la foultitude d’inspecteurs des finances, d’économistes, de fiscalistes universitaires, voire de grands banquiers ou autres éminentes qualifications, qui auraient pu prétendre à ce poste ?

Mystère ? Voire. On pourrait penser que ce Monsieur a su apprendre « sur le tas », d’abord pour son propre profit, puis pour celui des laboratoires auxquels il a sans doute fait économiser beaucoup d’impôts. Ce qui l’a conduit à diriger un ministère qu’il avait contribué à flouer pendant des années de sommes importantes.

Après Fouquet, nous voila revenus au temps de Vidocq.

Et je ne dirai rien sur le cas de M. Guérini qui porte le nom d’une illustre famille (à laquelle il prétend ne pas appartenir) qui régna superbement sur la pègre marseillaise pendant un quart de siècle, sous la benoîte et indulgente administration municipale d’un certain Gaston Deffere, avocat très « spécialisé », parfaitement « croqué » dans le fameux film « Borsalino » (avec Belmondo et Delon) il y a une quarantaine d’années (comme le temps passe….).

La concussion, la prévarication, la forfaiture, et surtout la trahison des intérêts de leur pays, auxquelles se livrent un certain nombre d’hommes politiques à toutes les époques est toujours insupportable.

Mais elle l’est plus encore quand ces hommes et ces femmes appartiennent à une famille politique (où l’on compte plus de grand(e) bourgeois(e)s et fils de bourgeois que d’ouvriers ou d’artisans) qui a fait son fond de commerce de l’indignation devant les inégalités et les injustices, de la générosité sociale, de la protection des plus faibles, de la chasse aux « nantis ». Une famille politique qui a érigé l’envie et la rancœur en arguments suprêmes, la fulmination, la dénonciation, l’accusation en méthodes politiques et chez laquelle on ne sait ce qui l’emporte de la sottise, de l’inefficacité, de l’impuissance, de l’impudence ou de la corruption morale.

Qu’on ne s’y trompe pas. Si le « socialisme » est, en lui même, intrinsèquement corrupteur parce que basé sur une vision volontairement matérialiste et triviale de la condition humaine, les autres philosophies politiques qui alternent avec lui (si on peut leur donner une si belle appellation) ne valent pas plus cher et s’avèrent parfaitement interchangeables avec lui.

Car il faut bien comprendre que notre monde politique est un « bloc » comme Clémenceau affirmait que la révolution était un « bloc ».

Le choix des affiliations, les orientations politiques, les engagements qu’on penserait liés à des choix personnels de conviction, ne sont en fait que le résultat d’arrangements, de tractations décidés dans les clubs politiques et les loges ou ces messieurs-dames s’entendent comme larrons en foire en fonction des responsabilités à prendre, des postes à pourvoir.

Puis, sortis de ces discrètes officines et apparaissant à la lumière du jour, chacun exhibe l’étiquette qui permettra au peuple souverain de vivre dans l’illusion qu’il dispose d’un éventail de choix réels.

En fait il n’en a aucun. Il a affaire à une caste aussi soudée et inamovible que l’ancienne « nomenklatura » soviétique qui lui offre un théâtre d’ombres de pantins politiques dont les ficelles sont dans les mains de quelques marionnettistes ignorés du grand public et qui tiennent les peuples sous leur férule par gouvernements et grands organismes internationaux interposés : UE – FMI – ONU – Clubs Internationaux – etc.

Nous n’avons donc rien à attendre d’un changement de gouvernement, de président, de parlement, voire de république, car, vous l’avez compris, ces changements sont semblables à ceux d’un kaléidoscope : on change de dessins mais les verres multicolores sont toujours les mêmes.

Ce qui peut nous sauver ne peut consister que dans une « conversion »‘ spirituelle et morale, un retour aux fondamentaux de la condition humaine et de la loi naturelle que les « Lumières » avaient corrompues.

Ce qui entraînera une redéfinition du politique à travers la notion essentielle de Bien Commun. Redéfinition par laquelle la nation, le peuple, les communautés naturelles de notre Patrie, pourront enfin reprendre leurs destinées en main.

En fait, il nous faudrait en politique – et en tenant compte des différences inévitables – ce que le pape François représente d’espoir pour l’Eglise : un retour aux sources réelle du vivre en commun.

Demain je me livrerai à une petite analyse du thème de Jérôme CAHUZAC et de celui de Jean-Noël GUERINI (dont j’attends l’heure de naissance demandée à la Mairie de Calenzana en Corse) et nous essaierons de voir si les dérives morales de ces deux hommes étaient si imprévisibles que cela.

4 réponses à to “Grâce à Cahuzac, Hollande peut enfin « se faire des cheveux »….”

  • Rolland:

    Vers la fin du XIIème siècle une très belle civilisation fut dévastée sous des prétextes religieux par des soudards, je veux parler des conséquences de la croisade des albigeois. Cependant perdura encore quelques siècles, grâce aux Reines de France le « JOY d’AMOR ». Je viens de réaliser qu’entre le moyen-âge et la renaissance, les chevaliers-troubadours cédèrent le pas aux courtisans, les « Dames, étoiles » aux « Mignonne, allons voir… ».Les châteaux-forts où le peuple pouvait se réfugier et qu’il contribuait à garder en état de fonctionnement,ont cédé la place aux châteaux de la Loire. Magnifiques, des bijoux d’art. Le peuple a continué à y contribuer, mais n’avait plus le droit d’y mettre le bout d’un sabot. J’ai l’impression que la chute des valeurs a commencé bien avant « Les Lumières ». Le dernier roi, à ce que je sais, à avoir été fait chevalier sur le champ de bataille a été François 1er, adoubé par Bayard,sans titre mais chevalier. Ensuite tout noble fut déclaré chevalier au berceau. Et maintenant, nous avons les chevalier d’industrie. Sad, isn’t it, comme disait l’écureuil fou de Tex Avery.

    • Je ne serai pas tout à fait aussi enthousiaste que vous sur la « très belle civilisation » cathare dont les arrière-plans métaphysiques et religieux qu’il n’est pas question de discuter ici, ouvraient la porte à toutes sortes de dérives rien moins que païennes. Mais passons. Quant au soudards, il faut savoir que l’épopée cathare, « l’Occitanie » et de l’Occitan, ont une forte connotation fantasmatique dont nous qui ne commence à se manifester qu’à la fin des années 60 où ces notions devaient favoriser la constitution d’une conscience collective contestataire, décentralisatrice, fédéraliste dans les régions du Sud. Et, bien entendu, quel meilleur moyen que de favoriser la constitution d’une sorte de communautarisme du Sud sinon d’en faire la victime historique des « barons du Nord » ? Tant que l’histoire du catharisme ne sera écrite presque exclusivement que par des catarophiles, il va de soi que nous ne disposerons que d’une vue partielle et partiale sur les événements historiques réels.
      Mais je suis cependant d’accord avec vous que l’apogée de notre civilisation se situe au XIIIe siècle, sous saint Louis et saint Thomas, au moment où les réalités terrestres sont encore considérées comme les manifestations iconiques des réalités célestes, celui où tous les gestes de la vie quotidienne sont encore imprégnés d’une dimension sacrée; c’est le moment où on grave encore les « quatre vivants » ou les « quatre veilleurs » (les quatre Evangélistes) au tympan des cathédrales sous leur forme astrologique, rendant ainsi hommage à la dimension métaphysique, sacrée de l’astrologie. Mais c’est aussi le moment où Aristote va remplacer Platon dans les programmes des universités et où quelque chose se perdra de cette communication entre le Ciel et la Terre. La Renaissance et les Lumières, n’ont fait qu’obscurcir un peu plus les rapports entre l’homme et le ciel. Cette « libration » de la raison coupée de l’Esprit, a permis l’évolution scientifique et surtout technologique que nous connaissons (à partir du moment où la Nature s’est trouvée désacralisée et où Terre n’était plus le lieu de l’Incarnation mais une simple « étendue » livrée à la satisfaction de nos désirs et besoins, il n’était plus question de les respecter l’une et l’autre mais de les exploiter) mais elle nous ont conduits à l’impasse que nous connaissons aujourd’hui : méconnaissant l’origine spirituelle de toutes choses et de la Vie qui anime la création, chaque « progrès », non conduit par l’Esprit, n’a constitué qu’une nouvelle étape vers notre ruine définitive et le risque de disparition de l’humanité.
      Nous y sommes. Nous verrons bien comment nous allons réagir.

      Bien à vous

      LSM

  • Rolland:

    Je n’ai évoqué le catharisme que pour signaler que cette hérésie avait été le prétexte de l’attaque des seigneurs du Nord contre ceux du Sud. Je ne pense pas que le catharisme était une civilisation: par définition, il aurait plutôt amené la fin de toute civilisation. Je voulais parler de la civilisation qui donnait voix aux femmes, pas seulement aux pairesses du royaume, qui avait gardé des romains un minimum (très minimum, c’est vrai) de démocratie avec les élections des consuls et le pouvoirs qui leur étaient conférés, sans avoir à acheter de franchises. Mais il est vrai que j’ai fait mes étude à Montpellier, en plein Occitamania!
    Au fait, pouvez me dire s’il est vrai que les templiers n’ont pas participé à cette « croisade »?

    • Chère amie,

      Vous me prêtez des connaissances historiques que je n’ai malheureusement pas. Je ne saurais donc vous dire si les Templiers (qu’on a peut-être un peu trop tendance à voir de partout) ont ou non participé à la « croisades » des barons du Nord en terres du Sud.
      En revanche votre anecdote concernant les pairesses du royaume évoquent la place qui était réservée aux femmes dans la civilisation du moyen âge. Elles pouvaient par exemple hériter d’un fief et l’administrer. D’ailleurs tout le cycle des « Rois Maudits » de Druon, tourne autour du conflit antre Robert (le neveu) et Mahaut (la tante) d’Artois pour la possession de la province éponyme. Si Mahaut, en tant que femme, n’avait eu aucun droit à cette suzeraineté, le roman n’existait plus. Les reines de France ont été couronnées, avec leur mari, jusqu’au XVIIe siècle et elles devenaient ipso facto Régentes de France à la mort de leur époux. Bref. Tout autre chose que ce qu’elles sont devenues après la tourmente révolutionnaire et le code civil « machiste » imposé aux Français par Napoléon, le dadais de sa mama….
      Bien à vous

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