Un de mes récents « commentateurs » m’a reproché mon « manque d’originalité ». Cela m’a amené à m’interroger sérieusement sur les buts que je poursuivais en créant et en alimentant ce site.

Et je me suis aperçu que je me moquais pas mal d’être ou d’apparaître « original ». La grande affaire de ma vie intellectuelle consiste à servir ma discipline du mieux que je peux de façon à la faire « reconnaître », car à travers la reconnaissance de l’anthropocosmologique c’est toute une vision du monde qui m’est chère, qui se trouve reconnue elle aussi : un monde (je résume) porteur de sens et organisé par une intelligence, un Esprit, qui parlent à chacun de nous pour peu que nous sachions les écouter. Et, pour moi, le « ciel », le ballet planétaire, sont les signes et symboles que cet Esprit a choisi pour constituer la langue par laquelle il nous aide à comprendre notre propre destinée. C’est une présentation rudimentaire de ce que je considère être la « vérité » mais nous nous en contenterons car je ne cherche pas à vous infliger un long traité sur le problème de la « vérité ». J’en traite en d’autres lieux.

Je me suis aperçu, alors, que tout ce que je publiais ou avais l’intention de publier, était guidé par le besoin de vérifier et de démontrer cette intuition de départ. Bref, mon site a une volonté purement didactique et démonstrative. Un besoin de partager ce dont je suis convaincu et qui m’émerveille avec ceux qui peuvent s’émerveiller avec moi. Que je sois à la hauteur du projet est une autre question à laquelle chacun répondra selon son sentiment. Je suis « en chemin » je ne sais pas tout et mes possibilités sont limitées comme celles de chacun d’entre nous. Mais la bonne volonté est là, ainsi que celle d’aller jusqu’au bout de cette recherche. A ma façon.

Que certains de mes choix et de mes convictions personnels transparaissent à travers mes propos, en est une autre qu’il est facile de régler puisque personne n’est obligé de fréquenter mon site et d’approuver ce que j’y écris : on passe à un autre site et le tour est joué.

Mais, cet aspect des choses mis de côté, j’espère simplement que mes lecteurs trouveront ici de quoi réfléchir, de quoi s’instruire quelquefois, de quoi avoir simplement envie de chercher et d’échanger.

Sans plus. Nous laisserons « l’originalité » aux éminents censeurs qui se gardent bien d’accompagner leurs critiques – quelquefois virulentes (mais j’ai la peau dure) – d’une quelconque démonstration. Si bien qu’en les lisant je pense à chaque fois à la fable du « Renard et des Raisins » de notre bon La Fontaine.

Voilà pour la pétition d’intention.

Maintenant passons à l’article lui-même consacré à Evariste GALOIS dont certains peut-être découvriront la tragique et courte existence grâce à cette petite étude.

L’esprit didactique y est parfaitement perceptible : je cherche à y saisir une vision synthétique de l’ensemble du thème et à développer une intuition qui donne sens et au thème et à la vie du sujet par rapport à ce que j’en sais par ses biographes.

Il y a certainement de multiples autres façons d’aborder cette carte du ciel, de comprendre Evariste Galois, de rendre compte de sa destinée et l’anthropocosmologie se prête admirablement à cette diversité d’angles de vue…à condition qu’ils reposent sur une démonstration aussi cohérente et globale que possible ayant à cœur de nous faire saisir les grandes articulations du thème et leur traduction dans le caractère, la vie, la destinée du sujet; une hiérarchisation qui évite de s’appesantir sur les détails comme le font certains qui ne voient que la Lune Noire ou les Nœuds Lunaires dans un thème….en passant à côté de l’essentiel.

J’espère avoir approché de ces exigences ici.

A vous d’en juger et de me faire part de vos observations, toujours bienvenues lorsqu’elles sont courtoises.

 


EVARISTE GALOIS, le génie et la mort : Essai d’interprétation.

Affirmons d’emblée que ce en quoi le thème d’Evariste Galois nous intéresse ici, consiste justement en ce qui est laissé de côté par ceux qui éprouvent l’intense fascination d’une pensée mathématique hors du commun. C’est sa destinée et les comportements typiquement Scorpion qui l’ont orientée qui nous pose question à nous anthropocosmologues dans le cadre de cette réflexion, et non son génie mathématique dont, pour notre part, nous serions bien incapables de rendre compte ; génie qui, à l’heure même où j’écrivais ces lignes ( automne 2003) continue à nourrir les recherches d’autres mathématiciens de très haute volée.

A notre avis (et au risque d’être contredit) il n’y a pas de thème de génie, même si on peut, dans certains cas, entrevoir dans une carte du ciel une sorte d’organisation intérieure suggérant des prédispositions très marquées, indices d’un génie possible. C’est le cas du thème de Mozart par exemple qui est fascinant à plus d’un titre tant, dans cette carte du ciel, l’âme et l’esprit du musicien semblent converger vers la représentation et l’expression de l’inexprimable. Je veux parler de l’extraordinaire valorisation de l’axe Lion/Verseau potentialisée par celle de l’axe V/X des créations et dans lesquels certaines facultés-planètes peuvent s’exprimer au maximum de leur potentiel. Je pense que je publierai un article sur le sujet dans l’avenir. Mais, dans la plupart des cas, que de chemin non parcouru entre le génie potentiel et son actualisation.

 Ici, on remarque

  • un Uranus dominant parce-que angulaire au FC, exalté (Ô combien !) en Scorpion en Maison III, maison mentale par excellence (on a aussi un Uranus en Maison III dans le thème d’Einstein, mais Einstein, à l’inverse de Galois, était un piètre mathématicien et un physicien de génie)

  • et un Saturne, symbole de concentration et de réflexion profonde, au trigone de l’Asc. Vierge, signe porté à compter et calculer, à organiser le réel dans un cadre logique et précis.

Peut-on dire pour autant que l’idée qu’on a affaire à un mathématicien – et quel mathématicien ! – s’impose d’elle même ? Pour ma part je ne saurais répondre définitivement à cette question.

Constatons par exemple que Mercure – 1èree des grandes fonctions intellectuelles avec Saturne et Uranus – ne forme aucun aspect avec ces deux symboles, archétypes de l’hyper « sec », c’est à dire très portées à la réflexion. Une réflexion qui s’appuie

–                                         sur l’expérience objective et la saisie expérimentale du réel en ce qui concerne Saturne,

–                                         sur l’intuition intellectuelle, la saisie des principes et des formes pures en ce qui concerne Uranus.

Rapports qui, s’ils existaient, évoqueraient sans conteste un esprit rigoureux, organisé, à l’étroit champ de conscience, intransigeant et dogmatique, un esprit laissant peu de place à l’appréciation affective des choses; bref un esprit scientifique. Ce qui conviendrait bien à notre génial mathématicien. Mais il n’y a pas de rapports entre Mercure, Saturne et Uranus.

En revanche, le trigone Uranus/Pluton, facteur probable de perspicacité, d’intuition et de capacité d’abstraction, est focalisé par Mars, qui se trouve quasi au mi point des deux trans-saturniennes : Mars, le symbole de la confrontation au réel, de l’expérience de l’action et du combat. Je veux bien qu’un Mars en Capricorne puisse se rencontrer assez facilement dans la grande famille des « techniciens » : ingénieurs, architectes, artilleurs, voire hommes de pouvoir  par exemple, mais chez les mathématiciens purs, je n’en suis pas sûr. Peut-être certains lecteurs de cet article pourront-ils m’éclairer sur ce point.

En revanche, il est bien certain que ce trio de facteurs planétaires peut être analysé sous une tout autre approche, mais j’évoquerai cette interprétation un peu plus loin.

Et puis voici que, derrière l’uranien/saturnien Galois (grand introverti, tendant à la psychorigidité,  devant l’Eternel) se présente aussi un Vénusien (Soleil conjoint Vénus) affronté à un Lunaire puisque la Lune formant un carré exact au Soleil (et à Vénus), les deux luminaires se valorisent l’un l’autre du même coup !

Nous voilà maintenant devant un affectif et un sentimental, à la sensibilité à vif, passionnelle et déchirée (dissonances sur fond scorpion) doué d’une forte instabilité émotionnelle (la Lune est prise dans les dissonances). Il s’agit d’un problème de fond, que le sujet ne règlera (s’il le règle) qu’à travers une grande crise fortement déstabilisante, ces planètes d’affect se situant en signes fixes, ceux qui nous mettent en relation avec le fond émotionnel ou passionnel même de la nature humaine. C’est pourquoi ces 4 signes sont représentés sur le tympan de toutes les Cathédrales romanes jusqu’au XIIIème siècle, sous la forme d’un Taureau, d’un Lion, d’un Aigle et d’un Ange entourant un Christ. On les appelle alors « les quatre veilleurs » ou « les quatre vivants » car, pour moi, ils évoquent les puissants affects de l’âme humaine (ce qu’en philosophie on appelle les « passions »), appelés à être disciplinés et transcendés à l’image et à la ressemblance du Christ.  Mais nous ne pouvons développer cet aspect des choses pour le moment.

De plus Mercure – dont nous ne devons pas oublier qu’il est le maître de l’ascendant, donc expression première de la personnalité du sujet – est en Balance, signe dont les orientations ne sont pas spécifiquement scientifiques mais bien plutôt esthétiques, morales et souvent politiques[1]. Il y a là éventuellement une piste à suivre quand on connaît l’itinéraire de Galois ; une piste qui pourrait justifier – au lieu de les contredire – à la fois ses orientations mathématiques et ses préoccupations politiques.

Voyons l’aspect esthétique des choses. « L’esthétique, territoire immense de la philosophie, est la science qui traite du beau et du sentiment qu’il fait naître en nous. Ce territoire se diversifie en deux domaines : celui de la création, d’ordre métaphysique, où l’intérêt se porte sur la mesure et l’analyse des pouvoirs de l’homme. Et celui, purement esthétique qui se présente, depuis Kant, comme une théorie de la perception, c’est à dire du « jugement de goût » ou du sentiment de plaisir. L’œuvre d’art se présente alors comme une forme d’expression plus complète peut-être, humainement plus profonde que l’expression verbale. Elle appelle, de la part du spectateur, un engagement dans l’ordre du sentiment dont certains esthéticiens modernes pensent pouvoir dégager les lois. L’analyse du sentiment esthétique pourrait être ainsi une méthode pour approfondir la connaissance de l’homme[2] ».

Mercure forme ici un seul aspect : un carré à Mars Capricorne dont je vous faisais remarquer plus haut qu’il occupe la pointe d’un triangle isocèle dont les deux autres angles s’appuient sur Uranus Scorpion et Pluton en Poissons. C’est dire que Mercure est chargé de traduire sur le mode Balance (donc esthétique, ou moral, ou politique, voire les trois), les exigences du trio Mars-Pluton-Uranus.

Trois principes qui ne font pas dans la dentelle ou le sentiment. L’exigence de lucidité et le besoin de sonder la nature secrète des choses pour en trouver la principe vital derrière la multiplicité des apparences (Pluton) – le besoin de discipliner le monde sous la rigueur d’une pensée appuyée sur des principes a priori, c’est à dire purement logiques (Uranus) celui d’entrer en contact avec le réel (Mars en Capricorne) pour mieux le dominer, sont à leur maximum. Deux planètes sur quatre sont en exaltation (Mars et Uranus) et cette dernière est la plus angulaire du thème dans l’axe de la pensée : l’axe des Maisons III/X. De plus, vous remarquez qu’Uranus en Scorpion est sous la maîtrise de Mars et Pluton, avec lesquelles elle est justement en aspect harmonique. Quelle force, quelle concentration, quelle tension aussi dans cet aspect !!! On a l’impression que cette organisation pourrait se rapporter à un outil ou à une arme de haute précision qui a peu à voir avec la modération de la Balance.

Nous y reviendrons.

On pourrait penser à un esprit orienté vers la physique (à cause de Mars/Capricorne). Mais, comme je le disais plus haut, Evariste n’est pas un physicien et ses résultats scolaires dans cette discipline seront irréguliers. Non par déficience mais par dédain car il a décidé de ne travailler que ce qui l’intéresse vraiment et de mépriser tout le reste ; y compris les maîtres à qui il a affaire et qu’il est persuadé de dominer intellectuellement de très haut. Déjà après sa réussite au Concours général, son biographe, Paul Dupuy, nous rapporte qu’il se comporta « en conquérant, à la stupeur de ses camarades et de ses maîtres ; lui même en ressentit un immense orgueil[3]… » un peu plus loin, après qu’Evariste ait dédaigné de  respecter l’accord qu’il avait accepté avec son maître de Rhétorique, pourtant très bien disposé envers lui «  …désormais le maître juge la conduite de l’élève fort mauvaise et son caractère peu ouvert, avec  un amour-propre et une affectation d’originalité insupportables[4]… » et encore : « …il y avait chez lui un dédain trop peu déguisé pour quiconque ne s’inclinait pas spontanément et immédiatement devant sa supériorité, une rébellion contre un jugement que, dans son for intérieur, il récusait par avance, et comme un plaisir maladif à égarer davantage encore ce jugement et à le retourner tout à fait contre soi ». Ce nouvel aspect de sa personnalité sera abordée plus loin.

Alors pourquoi les mathématiques, ou plutôt la géométrie puisque c’est par elle qu’il est séduit en tout premier lieu ? Nous avons peut-être une réponse dans l’extrait suivant où l’auteur, Léopold Infeld[5], physicien, ancien collaborateur d’Albert Einstein essaie de retrouver le cheminement de la pensée d’Evariste : « En lisant page après page[6], il voyait que l’édifice de la géométrie était construit avec la simplicité et la beauté d’un temple grec (c’est moi qui souligne). Par une lecture rapide, il saisissait non seulement les théorèmes pris isolément, mais aussi leurs rapports, l’architecture de l’ensemble et la splendeur de la structure. Il se surprit en train d’anticiper et de deviner ce qui allait suivre ; il voyait la construction monter sous ses yeux. Bientôt la classe, l’entourage, les camarades, les professeurs, les bruits, les odeurs cessèrent d’exister…..La lecture du livre de Legendre déchira ce voile et révéla le temple grec. Il avait l’impression qu’une main puissante et secourable le retirait de Louis-le-Grand ; il n’était plus malheureux ; Louis-le-Grand avait cessé d’exister pour lui »

Ainsi les mathématiques, et la géométrie en particulier, par leur harmonieuses constructions (ne parle-t-on pas de la poésie des mathématiques ?)  permettent à Galois d’échapper à une monde qui l’étouffe, qu’il rejette, qu’il juge laid et faux, celui du Lycée Louis Le Grand puis, plus tard, celui de l’Ecole Préparatoire (aujourd’hui Ecole Normale Supérieure) mais en définitive il s’agit de rejeter le monde tout court, si laid, et dans lequel il ne trouve pas de place, dans lequel il ne se sent ni libre (Lune entièrement dissonante en Verseau) ni intégré (la Lune est le grand facteur d’intégration et d’adaptation à la vie) et surtout dans lequel il ne se sent pas reconnu.

C’est ici le moment de pointer le grand trigone de Soleil/Vénus à Jupiter (peut-être sextile à l’Asc si Galois est né, comme je le suppose, un peu quelques minutes après 01.00 du matin) : image de grande ambition et de haute opinion de soi-même et qui, sur le plan intellectuel (surtout si Jupiter est sextile Asc Vierge comme je le soupçonne) dote le sujet d’un magnifique esprit de synthèse :…. « il saisissait non seulement les théorèmes…mais aussi leurs rapports, l’architecture de l’ensemble et la splendeur de la structure »…écrit son biographe.

Et c’est la géométrie, puis les mathématiques en général, par leur côté purement intellectuel, cérébral mais aussi esthétique, qui deviendront les outils qui lui permettent de se construire un monde idéal que l’auteur compare à un temple grec et qui, seules, pourront satisfaire l’élitisme esthétique de Galois. C’est étonnant cette image du « temple grec » qui surgit sous la plume de Léopold Infeld, car quelle meilleure application trouver pour exprimer une dissonance de Mercure/Balance (orientation  esthétique de la pensée) à Mars/Capricorne (applications techniques) que le travail d’un architecte ?

Quant au désir de reconnaissance – j’y reviens – il est manifeste à travers cet

–                                         Uranus angulaire (volonté de se distinguer, de s’illustrer, de se démarquer) dans un contexte

–                                         Soleil trigone Jupiter.

Remarquons combien Jupiter est puissant et valorisé par

–                                         son exaltation dans le signe du Cancer en Maison XI (l’environnement social)

–                                         et sa position d’anse du modèle « seau » dans la théorie des « modèles planétaires » si chère aux anthropocosmologues  anglo-saxons, que je ne peux détailler ici.

Il s’agit pour Evariste de construire un monde de perfection et de beauté absolues – le seul qui soit digne de lui. Perfection, beauté mais aussi estime et admiration des autres  :  nous pouvons retrouver certaines des aspirations les plus hautes et les plus spécifiques de la Balance et d’une harmonie Soleil/Jupiter.

Cette aspiration à un monde idéal ou plutôt idéel,  qui caractérise la démarche de Galois, n’est pas typiquement Scorpion. Mais ce signe, fort occupé chez notre mathématicien, imprime à cette aspiration une âpreté qui n’a rien d’angélique : il s’agit d’abord de refuser le monde tel qu’il est car il est forcément haïssable du simple fait qu’il est.

Comment expliquer cette haine quasi métaphysique ? Par l’absolu désespoir devant l’inexorable nature des choses qui implique la disparition de notre égo à travers la mort.  Cela est insupportable pour le Scorpion et c’est pourquoi il est le signe même de la survie, de l’instinct de conservation et de procréation cherchant à réaliser les combinaisons (génétiques, sociales, politiques, culturelles) les plus aptes à lui assurer une descendance (physique, matérielle et spirituelle) qui assure sa pérennité, son désir d’immortalité. Car la seule réponse à cette absolue certitude de la mort physique, horizon inexorable de l’existence humaine – fondement même des mécanismes scorpion – est de laisser sa propre marque individuelle sur le monde. Comment faire ? D’abord en le niant (au sens hégélien du terme) puis en le pénétrant, en le fécondant pour lui faire enfanter de nouvelles possibilités, gages de survie ; en détruire ou en reconstruire quelque chose suivant notre désir, affirme notre pouvoir de fécondation de re-production. Quel autre moyen d’échapper à la mort si on n’a pas la foi (et Galois est libre-penseur et christianophobe quasi enragé) ?

Même mettre un enfant au monde (fécondation/transformation/sexualité) implique, au fond, de percevoir le monde comme incomplet, insatisfaisant puisque privé des possibilités destructrices/créatrices offertes par cette nouvelle vie qui nous prolonge. Dans la pleine conscience de notre impossibilité absolue à créer vraiment ex nihilo, qui appartient à Dieu seul (ou à la nature ou à la vie diront les matérialistes) « castration » fondamentale particulièrement ressentie et comprise en la phase Scorpion de notre itinéraire, le seul moyen qui nous est donné de nous attribuer une fonction créatrice, victoire sur la mort, ne peut être que la destruction et la recomposition de ce qui existe, avec – pour les plus géniaux d’entre nous – la force et la volonté :

–                                         en rapport avec Mars : (volonté consciente, motivations évidentes) et

–                                         Pluton : (ce « vouloir » impersonnel qui nous dépasse nous mêmes car il exprime le « vouloir » de l’espèce, instinctif, pulsionnel, qui habite au cœur de toute vie qui cherche à se maintenir et à se propager).

Ce besoin de recomposition est le seul moyen que nous ayons de faire advenir ces formes nouvelles de vie qui correspondent à la phase Verseau, celle du renouveau, de la re-création, phase qui puise son énergie dans la phase Scorpion par aspect de « carré » si on comprend bien la fonctionnement du zodiaque. C’est ce qui explique pourquoi Uranus (nouveauté, originalité) « domicilié » en Verseau est « exalté » en Scorpion où il s’érige en contestataire, en protestataire, en empêcheur de tourner en rond. Nous nous pensons souvent créateurs ou co-créateurs alors que nous ne sommes que canal, transmetteur d’énergie et de vie, qui est un don et  non  un droit, et destiné à la mort.

Et c’est plus particulièrement le rôle de Pluton que de focaliser ces énergies premières, ce pouvoir de vie et de mort qui habite au plus profond de notre être et qui consiste à tirer le vivant (recomposition) du mort (décomposition) par une sorte de transfert énergétique. Et cela à l’infini depuis l’apparition de la vie dans notre monde. Toute mort alimente une vie nouvelle et toute vie ne conduit à la mort, ne se détache d’elle même, que pour donner naissance à une autre forme d’expression « car, si le grain ne meurt il ne peut donner du fruit » disent, je crois, les Ecritures.

Mais certains Scorpions n’en restent qu’à la première phase du processus : celle de la destruction ou de l’autodestruction, et ne connaissent jamais le dépassement dans la création et l’immortalisation. Ou alors leur création s’alimente ou compense un intense pouvoir destructeur qui les mène aux pires expériences. Galois est peut-être de ceux-là.

Evariste, probablement conscient de la charge destructrice ou auto-destructrice qu’il porte en lui (certaines de ses confidences sont explicites à ce sujet) est totalement obsédé par l’idée de laisser quelque chose qui lui survive.

Son excellent biographe lui fait dire, dans la dernière conversation qu’il imagine avec Antoine qui sera son témoin pour son duel (et qui l’a peut-être trahi) :

– «  L’immortalité ! Quel droit ai-je à l’immortalité ? Qu’ai-je fait pour le peuple dont j’ai épousé la cause[7] ? Je ne me suis pas battu pendant les journées de juillet. La bataille s’est gagnée sans moi et sans moi elle s’est perdue. Somme toute qu’ai-je fait ?……Ai-je gagné des droits à l’immortalité dans le cœur du peuple ? Non. Je ne la mérite pas. Je suis bien jeune encore. J’aurais peut-être pu gagner le cœur des gens si l’on m’avait laissé vivre.

L’immortalité ! On l’achète parfois dans un moment d’héroïsme Jeunes ou vieux l’achètent au bon moment lorsque l’histoire s’y prête C’est avec bonheur que je l’eusse payée de ma vie Quand l’immortalité était à vendre, j’étais prisonnier dans un lycée A l’époque de Louis-Philippe, l’immortalité n’est plus à vendre.

Il y a une autre immortalité. Celle que l’on obtient non par l’esprit de sacrifice, mais par le triomphe de la pensée. C’est par là que j’ai gagné le droit de vivre dans la mémoire des savants et des mathématiciens, en France et dans le monde entier. Partout où l’on enseigne et comprend les mathématiques… Et, plus loin encore : « Si je ne peux tout finir comme je le voudrais, il y aura au moins la lettre à Auguste qui résume tout ce que j’ai à dire. La lettre doit être écrite de façon à ce que si un jour des mathématiciens redécouvrent mes résultats, ils reconnaissent à cette lettre qu’Evariste Gallois fut le premier à les découvrir. Oui, je me soucie de ce que deviendront mon nom et son  immortalité. C’est ma dernière bataille, ma bataille pour l’immortalité ; la seule peut-être que j’aurai gagnée. Je gagnerai cette bataille ultime, mais ne goûterai jamais les fruits de ma victoire.»[8]

Le cas de Galois est ambigu qui se donne pour tâche de transformer et d’unifier l’Algèbre qui lui apparaît, en ce début du XIX Siècle comme un immense chantier sans véritable organisation interne. Il pense le faire en découvrant la résolution des équations du cinquième degré, et les solutions qu’il va proposer, alors même que son œuvre reste inachevée, amèneront une totale recomposition de cette discipline pour les siècles à venir. Par quoi il obéit admirablement à la nécessité Scorpion de « déconstruire » (mot très à la mode) pour enfanter la re-naissance (Lune/Verseau) du grand édifice mathématique que les siècles ont légué à sa génération.

Mais parallèlement, la haine du monde qui l’habite, fruit d’une affectivité maladive[9] – même  si elle se recouvre des grands principes de justice, de liberté et d’amour du peuple – lui feront prendre des postures (mot très à la mode lui aussi actuellement)  politiques tellement excessives[10] que certains pensent qu’elles sont à l’origine de sa mort survenue en duel alors qu’il n’a pas vingt et un ans. Duel lié à une rencontre amoureuse (peut-être organisée pour le perdre par le pouvoir politique en place) en tout cas, rencontre aussi courte que destructrice, où se révèle tout le génie du Scorpion pour utiliser l’amour comme outil de mort (même s’il n’y avait pas le Sida à cette époque).

Avant d’en arriver à cette étape, aboutissement du génie auto-destructeur de Galois, voici un extrait du dialogue imaginé par Léopold Infeld entre Galois et son ami Auguste, qui l’invite à venir rejoindre cette famille d’esprit communautaire, profondément idéaliste et pacifique qu’est la famille Saint-Simonienne en ce début du XIXème Siècle, où se retrouvent certains fantasmes platoniciens mâtinés de christianisme idéologique. Ce dialogue qui permet à Galois d’exprimer très clairement la haine viscérale qu’il éprouve pour le monde et l’existence et où il répond à son ami Auguste qui l’accuse de se montrer « froid et logique » et « gouverné par la pensée » alors que qu’il est « gouverné par  [ses] émotions plus qu’aucun d’entre [eux] »[11] est très révélateur des dispositions intérieures du jeune homme :

– « Oui, tu as raison, Auguste. Je suis gouverné par l’émotion (Soleil/Vénus carré Lune). Mais pas par l’émotion que toi et ta famille aimez et cultivez. Mon émotion c’est la haine (souligné par moi). Oui, mon cher Auguste,  je hais, j’abhorre, je méprise (idem). Oui, je sais que tu me diras que je suis aussi capable d’amour. Je sais. Il n’y pas d’amour sans haine. Celui qui ne peut pas haïr, ne peut pas aimer…..l’idée du pur amour me répugne (idem). Elle mène tout droit à ce mysticisme fumeux qui transparaît dans tous les écrits de ta famille[12] [les saints-simoniens] ».

Vous remarquez que Galois accuse Auguste de « vivre dans les nuages, isolé du reste du monde qu’il ne connaît, ni ne comprend ». Alors que lui-même est soumis à deux obsessions (Uranus angulaire en Scorpion) :

–                                         les mathématiques et

–                                         un républicanisme radical entrevu comme accoucheur de liberté pure (Lune en Verseau), d’humanisme fraternel (la même et, peut-être aussi, Jupiter en Cancer trigone Soleil/Vénus).

Une idéologie qui ne présente tant d’attraits que parce-qu’elle lui sert d’arme contre un monde qui ne le reconnaît pas et qu’il déteste, n’en percevant, en bon Scorpion qu’il est, que les manques et les insuffisances. Bref cela aboutit, chez lui, à une sorte de vision haineuse et désespérée de la société bourgeoise et réactionnaire dans laquelle il vit et qu’il déteste sans lui reconnaître aucun point positif, alors même qu’il en est issu (division intérieure sans doute bien inscrite dans le conflit exact d’une Lune/Verseau (libertarisme, idéalisme, intellectualisme abstrait, fraternité idéologique) et d’un Soleil/Scorpion (instinct quasi animal de survie, égocentrisme radical, complexe du « seul contre tous » ?)

Et c’est là où on peut entrevoir que tout ce que Galois peut reprocher au pouvoir Louis-Philipard en place, n’est que la rationalisation d’un malaise beaucoup plus profond. Un siècle plus tôt, un siècle plus tard, placé dans des circonstances et une société tout à fait différentes, sa révolte et sa haine eussent été les mêmes, avec des justifications différentes adaptées au temps et au lieu et, de nos jours, il fût peut-être devenu un membre de d’« Action Directe », de la « Fraction armée rouge » ou un « taliban » islamiste s’il était né en Afghanistan.

Ce qui est permanent dans le scorpion c’est la négation, la remise en cause, la sélectivité, le rejet. Ce besoin de se lier de manière étroite, exclusive et passionnée (à la vie à la mort) avec les uns – ici les camarades républicains et révolutionnaires de Galois : Jupiter en Cancer ? – s’accompagne de la nécessité de rejeter les autres, tous les autres, dont la famille des saint-simoniens de son ami Auguste bien entendu, d’autant plus rejetée qu’elle est plus paisible et humaine.

Dans son Essai « Le procès de l’Europe »[13] Jean-François Mattéi [rien à voir avec l’ex ministre de la santé car il s’agit d’un de nos philosophes majeurs actuels] s’interrogeant sur ce qu’est une société ouverte, reprend l’analyse de Bergson, « sur l’obligation qui pousse les hommes à s’associer et à se conformer à une morale ou à une religion ». Et il rappelle que, pour Bergson, « les sociétés obéissent à deux principes opposés, celui de la pression et celui de l’aspiration. La première, très proche du déterminisme de la nature, et donc de l’instinct animal, se manifeste comme une force impersonnelle qui s’impose aux membres du groupe pour conserver la vie. Elle est vouée à un mouvement circulaire qui se reproduit sur place en refermant la société sur elle-même » [le second principe, celui où « s’exprime la liberté de l’homme, se présente comme une ouverture qui conduit la société à rompre ses liens circulaires pour marcher en avant à l’imitation des personnalités d’exception » mais nous laisserons cet aspect des choses ici]. Et, toujours pour Bergson, de même qu’il y a deux types de morale, deux types de religion, deux types de société, « il y a dans l’homme deux types d’âmes : celles qui relèvent de la clôture et celles qui relèvent de l’ouverture, celles qui se meuvent dans un cercle fermé et celles qui se déploient dans un espace libre »….

Vous ne serez pas étonnés que nous inscrivions l’axe fixe Taureau/Scorpion comme symbolisant le principe de la pression, de la circularité et de la conservation et l’axe Gémeaux/Sagittaire comme portant les valeurs ou les principes de l’ouverture et de la rencontre avec le monde..

Attention, il faut bien comprendre que dans l’esprit de Bergson, les deux principes ne sont pas préférables ou exclusifs l’un de l’autre, mais doivent se compléter l’un l’autre. Laissons cet aspect philosophique des choses et revenons à notre Galois/Scorpion.

Bien vécu, le signe sait faire preuve d’une certaine forme d’adaptabilité auto-conservatrice, s’appuyant sur la finesse d’analyse, l’esprit critique percutant, le sens manœuvrier, la volonté de résistance. Il sait alors manipuler les gens et les situations, utiliser les failles de l’adversaire, voire même utiliser à son profit les forces qui lui sont opposées. Pensez à Richelieu (Scorpion et Mars à l’Ascendant) Cardinal et 1er Ministre du Très Chrétien « Fils aîné de l’Eglise », s’alliant aux princes protestants d’Allemagne pour abattre la Maison d’Autriche, pourtant hyper-catholique ! Mais justement, ce qui était en cause au plus profond de cette politique, se concentrait sur l’idée essentielle de défendre, préserver assurer la pérennité du pré-carré que nos rois avaient su construire et préserver : le royaume. Tout le reste s’effaçait pour lui devant cette priorité cruciale de survie en accord à sa nature Scorpion.

Mais dans un contexte aussi perturbé et aussi immature que celui du thème de Galois (j’ai remarqué que les dissonances lunaires signalent toujours une forme ou une autre d’immaturité, d’inaboutissement psychologique et émotionnel) , on a de fortes chances de voir apparaître les manques et les défauts du signe : à savoir la propension à se mettre dans des situations inextricables, voire désespérées, à provoquer ou attirer des crises destructrices. On remarque une certaine aptitude à se retrouver le dos au mur et à laisser les situations s’envenimer (dans un contexte différent mais avec de fortes valorisations dissonantes martiennes et plutoniennes sur fond Taureau/Scorpion, nous assisterons à ce même comportement « suicidaire » de « dos au mur » dans le cas de Hitler comme l’a très bien démontré un de ses biographes[14]). Bref un comportement qu’on peut qualifier d’auto-destructeur et qui pousse à s’opposer à tout de façon stérile, simplement pour exister, à tirer vanité de ses problèmes, de ses drames ou de ses défauts.  Le néant ou l’absurde deviennent alors des buts en soi, le comportement se fait inutilement susceptible et soupçonneux, jaloux. On aime dramatiser, attaquer, insulter, calomnier et salir.

Ce sera le cas de Galois dans une lettre incendiaire où il attaque publiquement de manière particulièrement insultante, méprisante…et suicidaire pour la suite de sa carrière, le propre directeur de son Ecole dans le journal de l’établissement, ce « pédant ordinaire » de M. Guiguiault chez qui « tout annonce les idées les plus étroites et la routine la plus complète »[15] sans parler d’accusations gratuites, beaucoup plus graves encore sur l’opportunisme politique et le manque de courage du dit directeur….

Vous remarquerez aussi que Auguste, décidément bon psychologue, accuse Galois d’être « gouverné par [ses] sentiments » et « de ne tromper personne » avec ses « tentatives pour ne montrer que le tranchant de la logique ». Nous touchons là un point central de la nature de Galois : l’hyper affectivité et l’instabilité émotionnelle évoquées par la valorisation des planètes affectives, Vénus sur le fond violent et passionnel du Scorpion dissonante à une Lune sur le terrain le plus sujet au « nervosisme » aux « passions de tête » à « l’originalité », au goût de la « performance » et de « l’excentrique » dans ce qu’ils peuvent présenter de plus déstabilisant, celui du Verseau. Ce signe plein d’optimisme et d’espoir, tout orienté vers l’invention d’un avenir idéal (mais souvent dédaigneux des réalités concrètes) ne fait qu’aggraver la propension de Galois à l’abstraction purement mentale, à l’exacerbation de son sens de la liberté et de l’individualité, à ressentir toute autorité comme tyrannique. De plus, ici, la Lune est entièrement dissonante comme  nous l’avons déjà remarqué. Les défauts du signe pourront alors mieux se manifester : utopie, irréalisme, imagination survoltée, comportements excessifs et incongrus, provocation, scandale, appréciation arbitraire des situations, etc…Tout cela sous couvert de logique et de rationalité : Uranus et Saturne étant associés (par conjonction et par trigone) aux angles, vous vous en souvenez[16].

En bref, nous pourrions sans doute attribuer à Galois un profil « paranoïaque[17] », la « paranoïa » étant caractérisée par un raisonnement imparable sur le plan logique mais reposant sur des prémisses fausses liée à une appréciation entièrement affective et maladive de la réalité. Où nous retrouvons le plus souvent (dans un contexte porteur, et ici il l’est) le rôle d’Uranus, habile comme pas un à dissimuler l’arbitraire affectif sous l’apparence de l’impartialité doctrinale. C’est avec ce type d’attitude intellectuelle qu’on vous mène au goulag parce-que vous n’appréciez pas le carcan soviétique, qu’on vous découpe en morceaux parce-que vous êtes Tutsi au lieu d’être Hutu, et l’inverse, qu’on vous guillotine ou qu’on vous noie dans la Loire parce-que vous ne criez pas « vive la révolution ! »…ou parce-que vous n’y mettez pas assez de cœur, qu’on vous égorge ou qu’on vous lapide au nom du culte d’Allah ou de celui de l’Oignon, etc…

Galois, dans la véritable sincérité de ses convictions, mais dans l’ignorance de ses motivations, est un mixte de Robespierre et de Saint-Just.

Et, dans le contexte, le carré de Mars, très valorisé, à Mercure, maître du thème, carré qui pousse à l’agressivité et à la provocation, n’est pas fait pour arranger les choses. Il évoque un sujet à l’esprit frondeur, agité et provocateur …. Voici ce qu’écrit un de ses maîtres[18] : … « [Galois] est original et bizarre, pas méchant, mais frondeur, singulier, aimant à contrarier et à taquiner ses camarades ». D’ailleurs ceux-ci l’accusent d’avoir « quelque chose de caché dans le caractère, ….une ambition et une originalité affectées, une bizarrerie qui le sépare entièrement de ses camarades ».  Et M. Vernier, professeur de mathématiques ajoute, « il n’y a trace dans les devoirs, quand il daigne en faire, que de bizarrerie et de négligence ;- il est toujours occupé de ce qu’il ne faut pas faire, il l’affecte même ; – il prend à tâche de fatiguer ses maîtres par une dissipation incessante »

Mais, comme beaucoup de personnes à tendance paranoïaque, de type mégalomaniaque (ce qui est son cas avec Uranus exalté/angulaire et un trigone Soleil/Jupiter qui évoque une très haute estime de soi et surtout la recherche de l’estime et de l’admiration des autres) il ne provoque les autres que de façon à se faire agresser lui même, pour se donner un rôle de « justicier », de « redresseur de tort » ; et il ne supporte pas qu’on ne rendre pas hommage à ce qu’il pense être sa supériorité intellectuelle (fort réelle au demeurant à condition de se  borner aux mathématiques) dont il arrive à faire une arme d’auto-destruction : « Galois avait l’habitude de travailler presque uniquement de tête, et, même en mathématiques, il se trouvait embarrassé dès qu’il fallait répondre au tableau Mais, en même temps … il ne cachait pas son dédain pour ses maîtres, suivait à peine leurs conférences, travaillait non pour eux, mais pour lui »[19].

Comme nous le constatons tout au long de la lecture des différentes biographies qui lui sont consacrées, nous avons affaire à un drôle de personnage où tout, qualités et défauts, étant poussé au paroxysme, il se comporte en inadapté quasi pathologique. Ce qui est normal Uranus et le Scorpion étant eux-mêmes de nature excessive, paroxystique et les dissonances lunaires, dans le contexte, incitant aux comportements infantiles. N’alla-t-il pas jusqu’à jeter un chiffon à essuyer le tableau à la tête d’un de ses professeurs à la suite d’une remarque de celui-ci ?

Vraiment, quel charmant jeune homme !

Quelques mots sur son milieu d’origine.

Lorsqu’Evariste vient au monde, le père est un « véritable haut fonctionnair, …chef d’une institution de l’Université impériale…aimable et spirituel…profondément pénétré de philosophie….chef du parti libéral au Bourg la Reine…qui arrive à se faire « renommer officiellement à la fonction qu’il n’avait cessé d’occuper » après les Cent Jours et à l’orée de la seconde Restauration ! « Scrupuleux observateur…du serment de fidélité…prêté au roi, mais assez fort de l’appui de ses administrés (il est maire de sa commune) pour résister très fermement à l’omnipotence du curé »[20]

Pépone contre don Camillo ?

Le trigone Soleil-Vénus/Jupiter, par ses qualités d’autorité, de diplomatie souriante au moins apparente (n’oublions pas la complexité et la passion du Scorpion), de loyauté et, sans doute, de popularité, semble bien désigner ce papa là.

La mère : milieu bourgeois, cultivé, intellectuel même : son père est docteur et agrégé de la Faculté de droit de l’ancienne université de Paris, toujours en activité d’ailleurs, latiniste passionné qui a donné à ses enfants une éducation classique et une solide instruction religieuse. Mais Marie-Adélaïde, mère d’Evariste est tout entière imprégnée par l’amour de l’Antiquité et, plus particulièrement de stoïcisme romain, et de grandeur antique, ce qui lui avait donné une trempe virile (une Charlotte Corday de boudoir qui se gardera pourtant bien d’assassiner quiconque). Une imagination ardente, qui exaltait encore chez elle la force du caractère et donnait à ses vertus, que ce fût le sentiment de l’honneur ou le pardon des injures, quelque chose de passionné ». Une mère qui n’entretient son fils (pourtant bien jeune) que des « luttes et [des] sacrifices pour la liberté, les conjurations contre la tyrannie[21]… ».

On commence à comprendre un peu mieux Evariste quand on sait que « jusqu’à l’âge douze ans, il n’eut pas d’autre maître » que cette femme dont les personnes qui l’ont bien connue (elle a vécu jusqu’à 84 ans) disaient garder le souvenir très précis  « de son intelligence restée vivace jusqu’au bout, de sa générosité poussée, paraît-il, jusqu’à l’imprévoyance ». Et l’auteur avoue qu’il lui est arrivé, dans son enquête, de l’entendre taxée « d’originalité et de bizarrerie » et que cela « aide à expliquer des jugements analogues portés sur son fils, qui tenait assurément d’elle les principaux traits de sa personne morale »[22].

Bien vu.

Evariste est le produit d’un « philosophe » libéral et sceptique du XVIIIème siècle, sans doute affectueux mais fort occupé pour contrebalancer l’influence d’un mère exaltée (à l’époque on devait dire « hystérique ») et d’une héroïne de roman (au moins par l’imagination et la fantaisie) qui ne consentira à ne se séparer de lui, que pour le laisser entrer en quatrième alors que cela aurait dû être fait des années plus tôt, vers l’âge de six ans, âge scolaire !

 N’oublions pas, non plus, qu’il naît la même année que Liszt, un an après Schumann et Chopin, deux ans après Mendelssohn, trois ans avant Wagner, du vivant de Beethoven et Schubert, bref en plein essor de la vague romantique, tout entière imprégnée d’exaltation imaginative, d’inflation égotique, de culte du moi.

Ces petits détours sur les origines de Galois, nous font bien remarquer que la révolte d’Evariste, ou sa haine de la vie ou de l’existence, ne paraissent liées à aucune maltraitance familiale, si on excepte le rôle sans doute excessif de la mère qui explique une bonne part de la nervosité et l’immaturité émotionnelle du fils : carré Vénus/Lune qui affecte le Soleil, principe de maturité, de virilité et de fermeté.   Evariste  n’est ni battu ni mal-aimé. Bien au contraire[23]..  Il adore et admire son père et souffrira intensément lors du suicide de celui-ci. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur ce suicide qui confirme la tendance auto-destructrice dans la famille (cf. la note 17, p.11) ; mais ceci est une autre histoire qui est du ressort de la PsychoGénéalogie que nous ne pouvons aborder ici. Nous notons qu’Evariste est essentiellement éduqué, couvé, par une mère, disons, « originale » qui tient à le garder près d’elle jusqu’à sa quasi puberté et qui fera couler en lui, avec le lait de la mamelle, les idées d’une révolte et d’une liberté sans entrave, qu’elle n’a jamais été capable de mettre en œuvre dans sa propre existence fort bourgeoise mais dont elle rêve, sous la protection de papa et du mari (retour du carré Lune/Soleil, fort explicite à ce sujet). Comme on voit elle n’a rien d’un Olympe de Gouge qui monta sur l’échafaud pour défendre la cause des femmes…. mais cela ne l’empêche pas d’entreprendre son fils sur « les luttes et les sacrifices pour la liberté, les conjurations contre la tyrannie »[24].

Il aime ses frère et sœur qui le lui rendent bien. Situation heureuse de coq en pâte qui, a contrario, lui a rendu la vie absolument impossible dans ces milieux fermés à la discipline insupportable pour lui, que sont d’abord Louis le Grand « tout hérissé de grilles et remué de passions sous son aspect de geôle » où règnent d’après Paul Dupuy : « la passion du travail et des triomphe académiques, la passion des idées libérales, la passion des souvenirs de la Révolution et de l’Empire, la haine et le mépris de la réaction légitimiste. Depuis 1815 les révoltes n’y avaient pas cessé… »[25], puis à l’Ecole Préparatoire.

Bref une véritable cocotte-minute peu favorable à pacifier le tempérament déjà fort nerveux et agressif de notre jeune génie mathématique.

En considérant l’itinéraire d’Evariste, de sa famille à la mort en passant par Louis le Grand et l’Ecole préparatoire (dont il a été exclu) on peut se demander si le génie mathématique chez lui, ne s’est pas épanoui grâce  d’une à une sorte d’immaturité morale et affective (qui l’a d’ailleurs empêché de déployer ce génie comme il aurait pu, comme nous le verrons plus avant) et s’il ne s’est pas identifié à des révoltes et des conflits qui ne sont pas les siens mais par « loyauté familiale » comme nous l’apprend par exemple l’œuvre d’Anne Ancelin-Schutzenberger, mère de la psychogénéalogie en France, et plus particulièrement par « loyauté maternelle » – loyauté dont il n’a jamais su s’affranchir…..

Révoltes qui ont compromis et sa vocation mathématique – qui restera inaboutie – et  sa carrière, son succès possible et sa vie même, en détournant une part de son énergie dans des actions qui se veulent politiques mais qui ne sont qu’impulsives, puériles, stériles, voire insensées et dans lesquelles on a l’impression qu’il cherche à rencontrer sa mort. Plus sûrement encore, je crois qu’en éternel enfant gâté mais « révolté » (au sens qu’on donnerait à ce mot en Analyse Transactionnelle, peut-être) il « se joue la comédie » du révolutionnaire en herbe, il joue au « petit soldat » (il s’engage dans la garde nationale où le fusil est trop lourd pour lui) sans s’apercevoir que les autres, eux, ne jouent pas et qu’ils sont prêts à lui faire payer très cher son inconséquence et ses provocations : par la prison d’abord puis (peut-être ?) par la mort.

Le plus surprenant dans cette destinée c’est le parallélisme entre les provocations politiques de plus en plus graves et violentes (au moins en paroles) et les tentatives, toutes échouées, soit pour entrer à l’Ecole Polytechnique (il échouera deux fois puis s’en fera renvoyer) soit pour présenter et faire accepter des mémoires mathématiques auprès de l’Académie des Sciences, tout aussi vainement puisque le premier Secrétaire contacté va égarer son Mémoire et que le second mourra très peu de temps après la remise, sans qu’on puisse retrouver le dit Mémoire dans ses papiers !

C’est Robert Aron, grand et honnête historien de Vichy, qui nous donne peut-être la clé qui nous manque pour comprendre une aussi invraisemblable situation[26] :

« C’est un des faits les plus bouleversants et les plus mystérieux à constater que la façon dont chaque homme fait lui même sa destinée, est l’artisan de son destin. On dirait que l’homme est comme une sorte d’aimant autour de qui les événements se rassemblent et s’ordonnent pour constituer son destin, comme font les limailles de fer au sein d’un champ magnétique. On dirait que l’homme influence autour de lui non seulement les enchaînements de faits qui, logiquement, sont indépendants de lui, mais aussi les hasards qui, logiquement, sont indépendants de lui.  Pouvoir mystérieux et  certain que chacun de nous constate pour lui même, s’il est lucide, et que des existences exceptionnelles permettent de manifester à tous.

Il en est une qui semble particulièrement révélatrice d’un tel rapport mystérieux et partiellement inexplicable entre la vie psychique interne et l’existence extérieure. Il s’agit d’un mathématicien français du début du XIXème siècle dernier, d’Evariste Galois dont Emile Picart écrit « qu’aucun ne le surpasse par l’originalité et la profondeur de ses conceptions ».

Génial adolescent qui mourut à 21 ans, ayant bouleversé les mathématiques, mais ayant toujours été empêché par le destin (souligné par l’auteur), par son destin de rien publier de son vivant.

Si Galois n’a rien publié, si sa vie fut un échec, s’il fallut attendre vingt ans après son décès pour que quelque chose apparût du génie de cet enfant, c’est qu’une inexplicable série de fatalités, ou plutôt qu’un inexplicable mélange de hasards et de faits compréhensibles logiquement, vint sans cesse le contrecarrer.

Il se présente une première fois à l’Ecole Polytechnique, où il est refusé pour une composition trop personnelle, ce qui est très explicable.

Il rédige ensuite un premier mémoire sur les fractions périodiques continues et le soumet à Cauchy[27] qui, par hasard (souligné par l’auteur), va le perdre.

Il se présente  une seconde fois à Polytechnique et est à nouveau refusé : ce qui peut encore s’expliquer.

Voulant désespérément laisser trace de sa pensée, il écrit un second mémoire à l’Académie et le soumet au Secrétaire Perpétuel, Fourier. Immédiatement Fourier meurt, et, dans les papiers qu’il laisse, on ne retrouve pas le mémoire, qui est perdu. Une fois de plus, ou plutôt deux fois de plus, le hasard a joué contre Evariste Galois.

Reçu à l’Ecole Normale, il en est exclu pour son attitude politique, ce qui, à l’époque, peut s’expliquer.

Mis en prison pour propos séditieux[28], il en sort en mars 1832. Deux mois plus tard, se battant en duel pour une intrigue amoureuse, le hasard (souligné par l’auteur) des combats le fait blesser à mort, le 30 mai 1832. Il expire le lendemain, ne laissant de tous ses travaux inexplicablement perdus qu’une lettre de quelques pages, écrite hâtivement dans la nuit qui avait précédé son duel, et qui sera recueillie seulement vingt-cinq ans plus tard.

Etrange mélange, pour constituer une destinée si tragique, d’éléments inanalysables, et d’autres compréhensibles. Galois voulut l’expliquer : « Il me manque pour être un savant de n’être que cela : le cœur en moi se révolte contre la tête ».

Explication partielle. Elle rend compte de tout ce qui, dans la destinée de Galois, dépend de son caractère. Elle n’explique par les phénomènes fortuits, qui, en apparence, sont indépendants de lui. Elle n’explique pas le désordre de Cauchy, ni la mort de Fourier et la perte de ses papiers.

Elle n’explique pas le hasard ou les hasards. Elle n’explique pas cet acharnement du sort à recréer sans cesse autour de Galois un climat de drame et d’échec. D’où vient une telle concordance entre le destin apparent du jeune mathématicien et sa destinée intérieure ? D’où provient en général, que, pour la plupart des hommes, existe un lien mystérieux et profond entre les circonstances extérieures et eux ? »

Et l’auteur donne sa réponse, dont je vous délivre un court extrait :

«  Tout se passe en certains instants comme si l’homme inspiré (mais par lui même), prédestiné (mais de son fait) appelait autour de lui les événements à se grouper, ou les êtres à se rassembler, pour créer l’atmosphère nécessaire à son épanouissement ou à son anéantissement. L’univers, en certains moments, s’ouvre ou se ferme devant nous, se laisse convaincre ou résiste, comme une femme sous l’assaut de l’homme, – selon le degré de rayonnement, de force qui émane invisiblement de notre état intérieur, de notre comportement intime. Tout réussit ou tout rate, tout sourit ou tout se renfrogne, selon que nous sommes ou non freinés par une meurtrissure dans l’âme ou un schisme dans la conscience »

Texte absolument génial,  bien à la hauteur de son sujet, et qui nous ouvre d’heureuses perspectives quant à la question fondamentale des rapports entre déterminisme (anthropocosmologique) et liberté (individuelle). Réflexion qui fera sans doute l’objet d’un futur article.

Génial aussi dans la mesure où Aron a bien compris qu’une part essentielle de la destinée de Galois est « freinée par une meurtrissure dans l’âme [et] un schisme dans la conscience ». Mais faut-il séparer ces déterminations purement individuelles de l’aspect « hasardeux » de la destinée comme le fait Aron ? Je n’en suis pas persuadé et j’aurai l’occasion de m’en expliquer.

En tout cas remarquons que Galois lui même, fait preuve d’une grande lucidité (celle du scorpion ?) lorsqu’il évoque la déchirure et la révolte qui opposent en lui le cœur à la tête (une fois de plus : Soleil/Vénus carré Lune).

Quant à l’amour. Il est intimement et inexorablement uni à la mort chez le jeune homme : Vénus (l’amour érotique et le désir) est en scorpion, conjointe au Soleil (le cœur et la volonté) maître de la M12 (les grandes épreuves, les grandes contraintes de l’existence). Elle est sous la maîtrise de Pluton (la passion irréductible et la destruction) à la pointe de la M8 (Maison analogique au Scorpion 8ème signe du Zodiaque et qui concerne les crises, dommages physiques, moraux et matériels – mort comprise). Pluton est Maître de la M IV (Analogique Cancer, 4ème signe : la fin des choses mais aussi et surtout les racines familiales.. quelles qu’elles qu’ils soient) – et sous celle de Mars (qui gouverne lui aussi cette Maison IV conjointement à Pluton, ainsi qu’une large part de la Maison VIII). Mars qui forme un carré des plus agressifs et auto-destructeurs à Mercure, représentatif du sujet lui même, puisque maître de l’Ascendant, dont j’ai déjà parlé.

Signalons aussi que les deux luminaires, symboles de vie, entretiennent tous deux une relation dissonante à Pluton : demi-carré pour la Lune, Sesqui-Carré pour le Soleil. Voilà encore des sources d’angoisse, de violence et de haine contre soi, contres les autres, contre les deux, avec probabilités de décisions et de comportements auto-destructeurs.

– « En relisant ta lettre » écrit-il à son ami Auguste, « je remarque une phrase où tu m’accuses d’être enivré par la fange putréfiée d’un monde pourri qui me souille le cœur, la tête et les mains » – (quelle épouvantable image de l’univers scorpion quand il est associé à l’analité forcenée, aux déjections, à la putréfaction, à la fange des égouts !) – « Il n’y a pas de reproches plus énergiques dans le répertoire des hommes de violence » – (il semble que Galois avec cette perspicacité tellement affûtée pour déceler les failles des hommes et des systèmes, soupçonne son ami Auguste d’une violence qu’il essaie de canaliser dans son prosélytisme saint-simonien) – « De l’ivresse ! je suis désenchanté de tout, même de l’amour de la gloire. Comment un monde que je déteste pourrait-il me souiller ? Réfléchis bien ».

Bref, Galois ne nie pas son enivrement aux émanations délétères de la « fange putréfiée » mais il considère qu’elle ne peut pas « le souiller » puisqu’il déteste le monde. Ceci me laisse songeur et me rappelle irrésistiblement les plaidoyers d’un certain nombre de grands criminels qui justifient leurs violences et leur haine derrière un sentiment de justice exacerbé et de dégoût de la société dans laquelle ils vivent. Dieu, merci les orientations les plus inquiétantes semblent ici adoucies, peut-être par l’importance du carré Vénus/Lune qui démobilise la volonté.

Il est à se demander quel héritage terrible ce garçon a reçu en naissant.

Nous y reviendrons si nous étudions un jour sur ce site, les rapports entre Astrologie et PsychoGénéalogie.

Notons aussi que les rapports Mercure/Mars, qui concernent directement l’expression première du sujet identifié à Mercure, sont très expressives de l’esprit de « duel » : polémique, joute oratoire, esprit critique, don de la répartie cinglante mais aussi, en l’occurrence, aptitude manuelle et physique bien nécessaire aux duels classiques où on laisse sa peau. Malheureusement, dans un tel contexte d’auto-destruction, l’aspect dissonant ne pouvait que se retourner contre Galois. Et cela n’a pas manqué de se produire. D’ailleurs les dissonances Mercure/Mars sont souvent la marque de dangers physiques potentiels : accidents, agressions, blessures, brûlures, voire suicides, surtout quand Mercure représente le sujet lui même. Ce qui est le cas ici comme vous le savez désormais.

Notons aussi, qu’une dissonance de Mars (ou de Saturne) envers le maître de l’Asc, l’Asc lui même, ou l’un des deux luminaires, évoque pour l’anthropocosmologie psychanalytique un « complexe de castration »[29] créant une infériorisation qui,

–                                         dans un premier temps, amène le garçon à douter de sa virilité et tout ce qu’elle implique. Soit par une surprotection trop forte de la mère, soit par la difficulté que pose un père absent  ou nié dans sa fonction par exemple, ou, au contraire trop cassant, exigeant et dur, ou tout autre raison décelable ou non (voir Freud et Adler)

–                                         dans un deuxième temps, au besoin plus ou moins violent de « surcompenser » l’infériorisation la « blessure psychique » dont nous parle Robert Aron, en multipliant les actes de provocation, à la fois pour se rassurer sur sa propre virilité mais en même temps, pour se faire punir de ses transgressions. Ce qui expliquerait bien des comportements extravagants de notre jeune génie.

Chose étrange aussi, sur le plan affectif, Galois avouera à un de ses amis (Raspail, qui a donné son nom à un célèbre boulevard parisien)

–                                         « Je n’aime pas les femmes, et il me semble que je ne pourrais aimer qu’une Tarpéia ou une Gracque, et, vous l’entendrez dire, je mourrai en duel, à l’occasion de quelque coquette de bas étage ; pourquoi pas ? puisqu’elle m’invitera à venger son honneur qu’un autre aura compromis ».

On touche là, non plus seulement à la lucidité mais à une forme de prémonition car c’est bien ainsi que Galois mourra un peu plus tard. 

Que faut-il entendre dans cette confidence ?  Qu’il était homosexuel sans même le savoir, d’où ce violent dégoût de soi qu’il manifeste à certains moments (n’oublions pas l’époque où il vit) ?

Peut-être, car plusieurs formes de perversions (dans le vocabulaire de l’époque) sont possibles avec un tel thème et Freud nous affirme que la paranoïa (elle même liée sans doute à une « castration » très violente) est toujours la conséquence d’une homosexualité refoulée. Mais je lui laisse la responsabilité de ses « intuitions ».

Alors ? qu’il méprisait les femmes et s’en méfiait ?

Etrange pour un garçon tellement aimé et choyé par sa mère !!

Mais est-ce si étonnant pour une homme tellement imprégné de féminité exacerbée et conflictuelle par une mère qui n’avait peut être pas réussi à vaincre ses démons intérieurs, qu’il en est « castré », se sent en difficulté, vivant dans une sorte de menace permanente dont j’ai parlé plus haut ?

Si on observe les deux grands symboles féminins traditionnels on constate que :

–                                         Vénus est en exil en Scorpion. « C’est vénus tout entière à sa proie attachée » dirait Racine qui en connaissait un brin en fait d’érotisme féminin exacerbé et destructeur ! (dans l’ordre Uranus/Asc/Mars/Neptune/Lune en Scorpion chez le poète dramatique – de plus : Neptune/Lune et Vénus sont en opposition à Pluton, maître du Scorpion. Qui dit mieux ?)

–                                         Quant à la Lune, autre pôle de la féminité : tendresse, douceur, sensibilité, adaptabilité, maternité, on ne peut pas dire qu’elle soit très à son aise dans un signe aussi cérébral, nerveux, « électrique », prédisposé aux amours de tête, que le Verseau.

Les rapports entre ces deux symboles nous révèlent, dans l’absolu, le conflit entre les puissances génésiques, de la bête (le scorpion) et les aspirations platoniques au détachement et à la sublimation spirituelle de l’âme qui tente d’échapper, non seulement à son propre sexe, mais au sexe tout court : l’ange  (le verseau).

Suprême orgueil, suprême illusion.

Le rapport à la féminité se présente donc bien chez Evariste comme l’affrontement irréductible entre  les besoins les plus impérieux du corps (assimilés à la fange, à un comportement d’une Gracque ou d’une Tarpéia)   et une féminité idéalisée, spiritualisée, affranchie de toute connotation sexuelle. Sans doute identifiée à « maman ».

D’où naissent généralement et effectivement les orientations homosexuelles et autres désorientations sexuelles, car, chez d’autres le conflit prend une autre direction.

Mais il en persiste souvent une rage contre soi de ne pas être à la hauteur de l’idéal caressé. D’où les provocations contre les autres afin d’arriver à ce qu’elles se retournent contre soi et qu’elles détruisent ce « moi » décidément fort haïssable. Dieu seul sait comment Evariste a été instruit et préparé à affronter une sexualité qui ne pouvait que se révéler explosive et problématique étant donné le contexte de son thème. Mais de ce point de vue, il semble que l’héritage familial n’ait pas été une réussite, si on considère le suicide du père et le quasi-suicide par personne interposée du jeune homme.

D’ailleurs il reconnaît lui même cet héritage quasi schizophrénique lorsqu’il évoque la mutilation qui chez lui oppose sa tête et son cœur.

En écrivant ces lignes il m’est revenu en mémoire un pièce de théâtre à laquelle j’avais assisté il y a fort longtemps, nommée « Sud » (un musicien américain en a d’ailleurs fait un opéra, créé à Marseille en 1965 et bien oublié depuis), pièce écrite par Julien Green (Vénus en Cancer et Lune en Verseau) et dans laquelle un jeune pasteur nordiste puritain jusqu’au bout des ongles, épris de rigueur morale, toujours habillé de noir, s’éprend follement d’un jeune officier d’origine polonaise qui séjourne dans une famille du Sud (des USA bien sûr) qui les accueille tous deux et où ils se rencontrent fortuitement. Amoureux fou mais incapable d’affronter et moins encore d’avouer sa passion, il astiquotera le jeune lieutenant de manière tellement insupportable que le duel deviendra inévitable et qu’il mourra sous le coup d’épée de celui dont il espérait une autre forme de sollicitude. Il y a mieux pour « sublimer » une passion amoureuse hétérodoxe et vouée à l’échec.

Plus étonnamment encore, il nous indique très clairement qu’il ne peut aimer « qu’une Tarpéia ou une Gracque » qui ne sont pas des femmes mais deux représentations mythologiques extrêmement négatives qui symbolisent, la  traîtrise, la cupidité, la destruction. Lorsqu’on sait, grâce à Jung, qu’Evariste ne faisait là que décrire son « anima » c’est à dire l’image-femme qu’il portait en lui et qui présiderait à ses choix amoureux, on reste vraiment perplexe. Perplexe devant une appréciation à la fois aussi destructrice mais aussi lucide de son univers intérieur et de ses choix amoureux possibles…

Car avec un instinct très sûr pour le malheur Galois va « se donner tout entier à sa première passion avec sa violence ordinaire de sentiments, et …y trouvera la même amertume dont il avait été déjà abreuvé tant de fois » nous dit son biographe[30]. Voici ce qu’il écrit à son ami Chevalier après son échec amoureux et quelques semaines avant sa mort : « Comment se consoler d’avoir épuisé en un mois la plus belle source de bonheur qui soit dans l’homme, de l’avoir épuisée sans bonheur, sans espoir, sûr qu’on est de l’avoir mise à sec pour la vie ? »

Retour du thème de la haine : « Oh ! venez après cela prêcher la paix ! venez demander aux hommes qui souffrent d’avoir pitié de ce qui est ! Pitié, jamais ! Haine, voilà tout. Qui ne la ressent pas profondément cette haine du présent, n’a pas vraiment l’amour de l’avenir »

Comme on le voit, l’échec amoureux et la souffrance n’entament pas l’âme d’Evariste qui refuse de s’ouvrir à la bienveillance, à la compassion, à la pitié.

Il a été trompé par une coquette. La belle affaire ! Si tous ceux qui ont connu des déboires amoureux devaient se mettre à haïr la terre entière, il ne resterait plus grand monde. En narcisse exacerbé et paradoxal, Galois ne trouve là qu’une raison de plus de haïr « ce qui est » au lieu de s’efforcer de trouver la voie d’un authentique amour Mais c’est le leitmotiv de tous les enragés révolutionnaires et terroristes : il faut haïr et détruire les êtres de chair et de sang, répandre la souffrance et la mort, sous prétexte de faire advenir un « homme nouveau » ou une « société nouvelle » censés réaliser enfin le paradis sur terre. Mais de tels programmes ne nous ont apporté qu’un avant goût de l’enfer.

Il est temps de conclure et de résumer ce thème qui canalisa une destinée si étrange, si dramatique et si glorieuse à long terme.

L’importance des valeurs Scorpion est écrasante :

– Soleil/Vénus/ Uranus dans le signe et Soleil dissonant Pluton, Maître du Scorpion à la pointe de la Maison VIII (analogique Scorpion).

– La Lune dissonante à Soleil/Vénus sur terrain Scorpion et dissonante elle aussi à Pluton.

 – Mercure, le Maître du thème, carré à Mars, 2ème Maître Scorpion, et, par lui, à Pluton et Uranus en Scorpion.

– Seuls : Saturne et Neptune en Sagittaire, symboles d’exigence morale et d’idéalisme politique dans le contexte, échappent à l’attraction du Scorpion. Sauf si on considère que Jupiter, leur Maître, forme lui-même un seul aspect : un trigone à Soleil/Vénus, justement en Scorpion !!!

On dirait que tout part du Scorpion et tout y revient chez Evariste Galois

Sur le plan affectif qui nous intéresse dans le cadre de cette question, nous avons remarqué que le Soleil (maîtrise de soi) est pris dans le conflit d’une Vénus Scorpion, particulièrement possessive et jalouse, avec une Lune en Verseau, cérébralisée et dé-sexualisée. Or c’est par la Lune que nous cherchons à réaliser en permanence notre adaptation au milieu au sens le plus général du terme, à trouver notre assise, à nous sentir un, paisible, en accord avec la vie. Visiblement une part de l’âme du sujet aspire à s’émanciper (Verseau) des violences instinctives des valeurs Scorpion, dans une sorte de quête ou d’état où le détachement de soi, la fraternité, la gratuité et la générosité des rapports humains auraient leur mot à dire. Mais ce n’est qu’une vue de l’esprit reposant sur un total aveuglement. Le conflit permanent (signes fixes) est trop puissant (puissance écrasante du Scorpion) et le sujet sera toujours  déchiré entre ses tendances contradictoires : le rêve d’une humanité fraternelle et libre (Lune Verseau) et, de l’autre côté, ce qu’il ignore de lui-même : sa haine permanente, plusieurs fois revendiquée, de la vie et des autres tels qu’ils sont, reflets de sa violence, de sa jalousie, de son orgueil, de sa propre tyrannie non interrogée.

A ce propos, une lumière nouvelle peut être apportée à l’interprétation de la présence de Mars en Capricorne au carré de Mercure (maître d’Asc.). Nous avons constaté que Mars, tellement agressif avec ce pauvre Evariste, constituait la pointe intermédiaire d’un figure triangulaire dont les deux ailes s’appuient sur Uranus (scorpion) et Pluton (poissons). Je me suis amusé à relire ce que Reinhold Ebertin, astrologue allemand féru du système qu’on appelle « les mi-points », pensait d’une telle combinaison. Voici ce qu’il écrit dans son livre « Combinaisons des influences astrales[31] » (passons sur cette notion « d’influences » qui ne fera jamais partie de mon vocabulaire) :

« Fanatisme, violence, rage de destruction, précipitation. – Plier ou rompre. – Blessure, accident. »

On ne peut pas dire que Galois ait apporté une contradiction quelconque à cette analyse lapidaire.

Toutes caractéristiques dont il aurait fallu lui faire prendre conscience très tôt de façon à l’en corriger et à développer les promesses de chaleur et de générosité signalées par le trigone Soleil/Vénus-Jupiter. Chaleur et générosité qui existent dans ses propos quand il parle par exemple « du peuple » entrevu de manière purement intellectuelle, car Evariste n’aura jamais eu le temps ni l’occasion de vivre avec ce « peuple » dont il n’est pas issu (il est fils de grands bourgeois) qu’il ne connaît absolument pas et qu’il aime d’un amour de tête et sur lequel il n’hésiterait certainement pas à tirer si, par extraordinaire, ce bon peuple prenait parti pour Louis-Philippe, l’usurpateur. Chaleur et générosité qui existaient d’ailleurs au sein de sa famille, comme nous l’avons vu plus haut.

Le problème n’est donc pas là. Il est plus profond.

Nous le savons, Evariste vit dans le sein de sa famille jusqu’à 12 ans. Et c’est un garçon adorable qui laisse un grand vide derrière lui lorsqu’il entre à Louis le Grand.

C’est précisément à ce moment là qu’il change et que les traits négatifs de son caractère – évoqués plus haut – apparaissent et s’accusent de plus en plus.

On ne peut pas ne pas mettre en parallèle la coupure d’avec la famille et surtout d’avec cette mère étouffante, et les manifestations d’une personnalité rebelle, insoumise, indisciplinée, orgueilleuse, critique, agressive, asociale qui sont les traits mêmes du Scorpion dissonant. On retrouve constamment ces mots sous la plume de ses responsables.

D’ailleurs on s’aperçoit qu’en 1823, l’année où Evariste entre à Louis le Grand, Saturne, la grande planète qui nous fait grandir à travers sevrages, mises à l’épreuve et renoncements acceptés pour grandir, transitant le Taureau, passe à l’opposé de toutes les planètes en Scorpion, et au carré de la Lune. Les principales fonctions affectives sont touchées. Evariste supporte très mal un « sevrage » affectif qui aurait dû intervenir beaucoup plus tôt.

On peut penser que, pour garder le contact avec une mère « qui vit en lui » (comme dirait Chantal Rialand qui a écrit « Ces parents qui vivent en nous ») et pour lui être fidèle, Evariste va exacerber les positions et les idées qu’elle lui a transmises. Il sera son « double » masculin n’ayant jamais pu se détacher du lien problématique qui l’unit à elle et dont le carré Lune/Vénus rend si bien compte.

Au contraire, au lieu de l’affranchir et de le libérer, cette attitude ne fera que renforcer ce lien fusionnel qu’elle a établi avec lui. Ce qui peut largement expliquer :

1/ son mépris et sa méfiance envers les femmes.

2/ sa propension (lucide, même si incomprise) à ne pouvoir aimer qu’une Gracque ou une Tarpéia. Car, lorsqu’on aime un peu trop une mère comme la sienne, parée de toutes les vertus et les noblesses de l’âme et de l’esprit, éprise d’héroïsme et sans doute de stoïcisme sur le modèle antique tellement prisé par les révolutionnaires de 89, mais plus dominée par la cérébralité que par la tendresse, on ne peut concevoir l’amour comme expression de la sexualité car il est placé trop haut.

L’amour et la sexualité, les plus puissants et les plus fondamentaux des instincts de vie, arbitrairement et excessivement dissociés pour préserver cette relation fusionnelle à la mère, sont alors probablement ressentis comme avilissants, et, comme tels, profondément refoulés, ils ne peuvent attirer que des malheurs et la dégradation physique et morale. Ce qui ne manqua pas d’arriver à ce pauvre Evariste.

Beau conflit idéal/instinct que le thème de Galois. Du côté de l’idéal : la science et la politique – du côté des instincts méprisés et refoulés, les comportements d’échec, d’autodestruction jusqu’à attirer à soi la femme et la situation où le sujet rencontrera sa propre destruction.

En anthropocosmologie les valeurs d’idéal, celles qui nous élèvent au-dessus de nous mêmes et nous permettent d’intégrer notre moi animal, sont représentées, à des titres différents, par le Soleil, Uranus et Saturne (je ne m’étends pas sur leur rôle respectif). Les valeurs d’instinct, essentiellement par Mars, Pluton, Vénus. Or, ici le Soleil et Uranus accompagnés de Vénus (ce qui n’arrange rien) sont sous la domination radicale et définitive des valeurs martiennes et plutoniennes. Ils ne peuvent donc contrôler et élaborer les tendances qu’elles représentent ; ils ne peuvent que les libérer sur un mode régressif et anarchique conduisant aux pires conséquences.

Car c’est toujours à la mort (affective, sociale, psychique, professionnelle voire physique) que conduit la non intégration d’instincts puissants (comme ceux de Galois) non disciplinés, non canalisés, non élaborés. En accord avec les comportements « suicidaires » qu’on attribue à l’animal scorpion, mais qui sont démentis par les spécialistes.

Et qu’on soit un génie mathématique ne change rien à l’affaire.  Evariste est une « fantaisie » de la nature humaine qui montre bien que l’Esprit souffle là ou Il veut. Il a bien fait de cet assassin et voleur de Benvenuto Cellini un magnifique graveur, orfèvre et sculpteur de la Renaissance ! Vous comprendrez mieux quand vous saurez que le dit Benvenuto était Scorpion avec un quadruple conjonction Vénus/Mars/Soleil/Pluton dans le signe…

Les mathématiques, dans cette histoire, sont sans doute l’expression de cette hyper-intuition intellectuelle dans lesquelles ont pu s’exprimer toutes ces forces instinctives  inemployées. Car il y a des rapports profonds et étroits entre l’instinct et l’intuition, que nous expliciterons en temps voulu. Mais, elles n’ont pas suffi, et, comme il le dit lui-même  «  pour être un savant, il aurait fallu que je ne sois que cela » et le conflit résumé par le carré Lune/Soleil/Vénus (composante difficile à intégrer, « facteur de frivolité, de goûts féminins, voire d’inversion » affirme André Barbault dans son fameux « Traité Pratique ») ne lui a certainement pas permis de trouver cette unité intérieure, cette assise émotionnelle, cette focalisation vers un projet et un seul qui aurait assuré son succès, car, toujours d’après lui, «  son cœur (Vénus/Lune) était en conflit permanent avec sa tête » (Soleil).

Remarquons aussi que tout le conflit part de et revient à la Maison 3.

Quant à Mercure qui supporte la dissonance au trio très violent déjà évoqué, maître analogique du 3ème Signe, les Gémeaux, et maître de la Vierge Asc d’Evariste, et il est placé à l’entrée même de la Maison 3 ce qui ne peut manquer d’attirer l’attention sur un intellect exceptionnel et qui constitue l’outil dont Galois avait été doté pour se réaliser, s’exprimer, se rendre heureux autant que faire se peut.

Mais cette maison III évoque aussi les rapports avec les frères et sœurs. Galois les aime et il semble payé de retour ; d’ailleurs son frère Alfred fera beaucoup pour faire reconnaître son œuvre après sa mort.

Mais je ne peux m’empêcher de penser à la frustration terrible qu’a dû ressentir ce petit Scorpion de 12 ans, objet quasi exclusif de l’attention maternelle quand il a dû laisser la place à sa fratrie pour être enfermé au Lycée. Quelle douleur, quelle rage n’a-t-il pas dû éprouver ? Et quelle jalousie terrible et inconsciente, terrible parce-qu’inconsciente envers les deux cadets. Et, peut-être, plus profondément, quelle colère et quel ressentiment envers cette mère qui venait de le « lâcher »….

N’oublions pas que c’est de son entrée au Lycée que date l’apparition de la face sombre de son caractère. Et le suicide de son père, deux ans plus tard, le grand rival dans le cœur de sa mère, n’a pas dû arranger les choses en associant la culpabilité à la frustration et à la jalousie.

Je parle bien de « l’apparition » ou de l’éclosion de cette face sombre et non de sa « naissance » car elle était là et bien là, bien avant cette entrée au collège, dès sa venue au monde. La séparation d’avec la famille, l’enfermement dans cette sombre institution de Louis le Grand, le suicide de son père (harcelé par l’opposition cléricale en sa commune de Bourg la Reine) n’ont fait que cristalliser le potentiel révolté et destructeur de l’adolescent. Elle ne lui ont pas donné naissance, ne l’ont pas provoqué.

Pour conclure, je dirais que :

1/ Le thème de Galois laisse présager une histoire familiale très lourde que malheureusement nous ignorons presque totalement. Le peu que nous en connaissons laisse apparaître des rapports familiaux très harmonieux et affectueux, mais on a comme l’impression d’une sorte d’apparence cachant une réalité généalogique beaucoup plus dramatique..

2/ Ce thème attirait tout de suite l’attention sur une affectivité très vive, une sensibilité maladive et des conflits violents entre la chair et l’esprit, la tendresse et la sexualité, l’amour et les instincts. Toute maladresse dans l’éducation de Galois était à éviter avec lui plus qu’avec quiconque à cause du caractère excessif, totalitaire des orientations psychiques et émotionnelles du thème.

En particulier éviter, soit d’encourager sa possessivité et sa jalousie par des rapports trop fusionnels (Soleil/Vénus Scorpion) soit de le blesser par des attitudes trop froides ou trop distantes (attitudes Lune/Verseau).

Or il a vécu l’une et l’autre situation avant et après son entrée au Lycée dont il ne s’est jamais remis.

Il fallait lui apprendre à aimer et respecter les autres vraiment. Pas seulement ceux qui pensaient comme lui ou comme sa famille et son clan ou encore ceux qui le reconnaissaient comme supérieur. Mais tous les autres. Le but étant de désarmer cette sélectivité passionnelle qui en fit plus tard une sorte de fanatique.

Il fallait donner un exutoire à sa violence : lui faire faire du sport, de l’escrime par exemple qui demande force, agilité, souplesse, souffle, endurance. Alors que Galois a passé son temps entre spéculations politiques violentes, rêveries maussades et concentrations mathématiques. On a l’impression que son esprit n’a jamais pu s’aérer et jouir des joies simples de la vie, comme il était normal à son âge.

3/ Sur le plan intellectuel, il fallait encourager son évident esprit de justice (Mercure en Balance) mais en atténuant l’intransigeance, le côté sec et cassant, voire agressif, indiqué par le carré à Mars et, au-delà, au trio explosif, Mars/Pluton/Uranus en encourageant les valeurs de pondération, de bienveillance, de sociabilité de la Balance, la bienveillance de Jupiter en Cancer. Et en lui apprenant l’humour aussi, cette distance avec soi-même dont il a si cruellement manqué si on remarque combien il s’est pris au sérieux.

 4/ De même fallait-il développer les dispositions humaines et sociales généreuses héritées de son père : trigone Soleil/Vénus à Jupiter en Cancer et en Maison XI. C’était là le côté du thème sur lequel, me semble-t-il, il fallait le plus s’appuyer au lieu de valoriser l’aspect intellectuel et cérébral, les chimères philosophiques, les théories idéologiques,  comme il semble qu’on ait fait. C’est par ce trigone qu’on aurait pu sans doute atténuer, la partialité d’un esprit certes exceptionnel mais par trop intransigeant et, en définitive, arbitraire, fanatique et cruel.

Mais peut-être aurait-on empêché  le mathématicien d’éclore ?

Personne ne pourra nous dire si Galois, la science et nous aurions perdu au change.

Louis SAINT MARTIN


[1] Je faisais récemment remarquer à une de mes collègues, le nombre incroyable de personnages politiques de première importance qui, sous la IVème et et Vème république avaient un Asc « Balance ». Nul doute qu’on en trouverait tout autant sous la IIIème…

[2] C’est, à peu près, la définition qu’en donne le « Dictionnaire de la Philosophie » des éditions Larousse.

[3] Paul Dupuy, « La vie d’Evariste Galois », Editions Jacques Gabay, oct. 1992, p.22

[4] Op. cité, p.24.

[5] Léopold Infeld – « Le roman d’Evariste Galois » – Editions la farandole – p.65

[6] Il s’agit des « Eléments de Géométrie » du mathématicien Adrien Marie Legendre, qui représentent une découverte bouleversante pour lui et « qu’il lut d’un bout à l’autre, comme un autre eût fait d’un roman….et lorsqu’il eut fini, toute la longue série de théorèmes demeura fixée dans son esprit, aussi complète et aussi claire qu’au bout de deux années d’étude appliquée pour n’importe quel autre élève » ( Paul Dupuy « La vie d’Evariste Gallois » – Ed. Jacques Gabay – p. 21/22.

[7] Peuple qu’il n’a quasiment jamais rencontré (sauf en prison peut-être), dont il n’a jamais partagé les peines et les joies, puisque il est né dans une famille aisée, bourgeoise, quasi aristocratique, qu’il n’a quittée que pour être enfermé dans des établissements scolaires dont il n’avait pas le droit de sortir.

[8] Léopold Infeld, Op.cité, p340/341 et 344 

[9] Son professeur, M. Thillaye […] « persistait à à juger que c’était là une bizarrerie voulue, affectée….C’étaient de brusques et perpétuels soubresauts entre les périodes d’application où il s’absorbait à fond dans son travail, et du même coup, devenait raisonnable, et les périodes de détente où les reproches exaspéraient son esprit frondeur, où la discipline retombait de tout son poids sur ses épaules prêtes à la révolte ».

Paul Dupuy, op. cité, p.27

[10] Gallois avait appelé publiquement et ostentatoirement au meurtre de Louis Philippe dans un grand banquet républicain et y sema un beau désarroi qui se termina par l’intervention de la police louis-philipparde.

[11] Il s’agit de la famille des saint-simoniens dont Auguste fait partie et qui cherche à y attirer Gallois.

[12] Léopold Infeld, op. cité, p.292/293.

[13] Jean-François Mattéi– Institut universitaire de France – « Le procés de l’Europe, Grandeur et misère de la culture européenne – P.U.F, mars 2011, p.26.

[14] Joachim C. Fest « Les derniers jours de Hitler ») – Perrin, janvier 2005)

[15]Léopold Infeld, op. cité, p.186.

[16] Deux symboles planétaires aux angles, agissent souvent comme une conjonction. Mal intégrée chez un sujet déjà perturbé et divisé, l’association Saturne/Uranus est probablement l’une des plus intransigeantes, fermées et fanatiques qui soient. Elle tend à indiquer une tendance au comportement paranoïaque. D’autant qu’ici, le sujet se sentant sous la menace permanente de Mars (carré Mercure, maître du thème)  aura besoin de réagir à un profond sentiment d’insécurité : plus j’ai peur, plus je me montre dur, intransigeant, cassant. Certes Saturne n’est pas angulaire comme Uranus mais simplement au trigone de l’Asc. On se demande ce que cette conjonction aurait donné quand on constate que l’inadaptation violente, mortelle, suggérée par le thème a conduit Galois à mourir de mort violente par duel (et quel duel ! après avoir été laissé seul, abandonné, agonisant plus d’une nuit sans aucun secours et récupéré, au petit matin, par un paysan qui le mit sur sa charrette et le conduisit à l’hôpital…) à moins de 21 ans !!!

[17] Cette tendance paranoïaque est soulignée à plusieurs reprises par son biographe Paul Dupuy.

D’abord chez le père :  un opposant ayant monté une cabale contre luj pour s’emparer de sa mairie « la nature bienveillante de M. Galois ne put résister  à cette attaque : il faut pris du délire de persécution, et, le 2 juillet 1829, profitant d’une absence de sa femme, il s’asphyxia dans l’appartement qu’il avait à Paris » p.28.

Pour Evariste on se doute que cette catastrophe eut de graves  répercussions : « Il haïssait l’injustice d’autant plus énergiquement qu’il s’en croyait déjà la victime ; la mort et l’enterrement de son père exaspérèrent encore cette haine pour tout ce qui était injuste et bas, et en même temps sa tendance à voir partout injustice et bassesse. Ce fut en persécuté et en désespéré, comme son père, […} qu’il se retourna vers l’Ecole préparatoire. » p.29

Déjà, après son premier échec aux examens de Polytechnique, l’auteur écrit : « Cet échec lui fut amer et lui parut le premier des dénis de justice, qui, réels ou imaginaires, finirent par empoisonner son existence ». p.24

[18] Paul Dupuy, op. cité, p 22-23.

[19] Paul  Dupuy, op. cité, p.33/34.

[20] op. cité, p.14

[21] op. cité, p.19

[22] op. cité p.14 sq.

[23] On peut d’ailleurs rapprocher son cas (le génie mathématique en moins) d’un « héros » moderne, tout aussi béni par les dieux lors de sa naissance, mais qui prit fait et cause pour la « révolution » afin de satisfaire ses très nettes tendances de serial-killer ; je veux parler de « Che Guevara » qui prenait un tel plaisir à loger une balle dans la tête de ses adversaires politiques – comme il l’avouait benoîtement – dans une lettre à son cher papa. Sans doute  une façon d’exprimer sa conjonction Uranus/Mars Bélier à la conjonction Mercure/Pluton en Cancer et en Maison III : charmant jeune homme…

[24] op. cité, p.19.

[25] op. cité p.17

[26] Robert Aron, « Ce que je crois », Grasset, 3ème trim. 1955, p.96 et sq.

[27] Cauchy est le secrétaire de l’Académie des Sciences.

[28] Il ne s’agit de rien moins que d’appeler publiquement à assassiner le « tyran » Louis-Philippe…ce que la police du dit,  n’a pas très apprécié …

[29] Selon la THEORIE CLASSIQUE, tous les hommes et les enfants mâles sont susceptibles de souffrir d’angoisse  de castration, quoiqu’il y ait force controverses sur la nature précise de cette crainte, et qu’on en ait beaucoup disserté.

Il se rapporte plus fréquemment……..à la démoralisation à l’égard du rôle MASCULIN.

Le « CASTRATEUR » est un terme qui se rapporte à des individus qui ont l’habitude de saper chez les autres toute confiance en soi…….s’applique aux pères qui sapent leur fils, mais par extension ce terme peut même être utilisé pour des hommes qui ont l’habitude de susciter chez les femmes l’impression qu’elles sont sans attrait, ou incompétentes avec leurs enfants. – Charles Rycroft – « Dictionnaire de la Psychanalyse » – Marabout – 1982.

[30] Voici en gros ce qu’on sait de cette première, unique et probablement « chaste » rencontre amoureuse de Galois. Au moment de l’épidémie de choléra en 1832 (évoquée par Jean Giono, dans son « Hussard sur le toit »)  Galois, en mauvaise santé, bénéficie d’une mesure de faveur. On l’envoie dans un établissement de santé pour le protéger de la contagion. Il y fera la connaissance et s’éprendra follement « d’une coquette de bas étage » nous dit Paul Dupuy. Léopold Infeld est beaucoup plus sévère qui y voit un véritable complot utilisant une prostituée manipulée par la police. La belle au bout de quelques semaines d’un amour quasi platonique, avoue à Evariste qu’elle s’est bien amusée grâce à lui (cadeaux, déjeuners, etc) en attendant le retour de son amant et lui signifie la rupture. Evariste, fou de douleur, l’insulte publiquement. L’amant le provoque en duel et le blesse mortellement. Lui et la belle disparaîtront ensuite comme s’ils n’avaient jamais existé. Chose inouïe, personne ne portera secours à Evariste – notamment son propre témoin, comme il est d’usage en pareil cas – après qu’il soit blessé et on le laisse  agoniser pendant une nuit avant qu’un paysan ne le découvre et l’amène sur sa carriole à l’hôpital. Bien trop tard pour le sauver, si tant est que ce fût possible.

[31] Reinhold Ebertin – « Combinaison des influences astrales » – Editions du Rocher, coll. « Gnose », sept. 1983 :


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